DM_414_B

identifiantDM_414_B
est validéoui
titreVue de l'hôtel Thélusson, rue de Provence à Paris
coteBibliothèque Thiers, fonds Masson, DM 414 B
date1804
détails techniquesPierre noire, plume, encre noire et lavis gris sur papier verger blanc 11,6 x 17,8 cm
contexte (markdownL'hôtel Thélusson est une des plus célèbres demeures construites à Paris dans les années 1770. Elle a généré une importante production d'images, puisque de nombreux dessins et estampes la représentent. Cette habitation est aussi exemplaire des transformations de l'architecture privée parisienne qui s'observent à la fin du XVIIIe siècle. Au-delà de la ceinture des grands boulevards, les anciens faubourgs sont progressivement urbanisés par des particuliers, en premier lieu des financiers et hauts dignitaires qui laissent ensuite place sous la Révolution et l'Empire, à d'autres entrepreneurs, lotisseurs et spéculateurs. Cet hôtel a été érigé dans les années 1770 sur une immense parcelle, entre la rue de Provence et la rue Chantereine, par Claude Nicolas Ledoux (1736-1806). La commanditaire – veuve du banquier Georges Tobie de Thélusson – fait débuter les travaux de son hôtel en 1778, sur un terrain acheté au financier Jean Joseph de Laborde (ou Delaborde, ou de la Borde). La construction se fit en parallèle du percement des nouvelles rues Saint-Georges et Chauchat qui permirent de relier entre-elles les rues Chantereine et de Provence, et ainsi de centrer l’hôtel au cœur d’un nouvel îlot, uniquement occupé par cette demeure isolée. Les abords des grandes demeures à l'image de l'hôtel Thélusson se couvrent de nouvelles habitations dont les propriétaires sont attirés par le luxueux voisinage. De nombreuses publications entreprises entre la fin du XVIIIe et le début du XIXe siècle font état de ce renouvellement de l'architecture domestique. Le recueil de Jean Charles Krafft, d'où a été copié ce dessin, contient les gravures de plus d’une soixantaine de maisons annoncées comme les « plus jolies » de Paris. Chaque édifice comprend des élévations – qui s’apparentent à des vues pittoresques par leur mise en scène animée et végétalisée – des plans, des coupes et détails, et s’adresse à un public de professionnels, mais aussi d’amateurs éclairés. L'hôtel Thélusson, à l'image d'autres habitations qui y figurent, atteste de l'importance des perspectives visuelles, de l'originalité, de la composition des façades ou de la multiplication des toitures-terrasses et des espaces verts dans les programmes d'architecture domestique. À travers ce « beau livre », l’auteur offre le témoignage pérenne d’un mouvement culturel qui se développe en même temps dans les rues et dans la culture parisienne : l’habitat est un sujet central. Si l'hôtel Thélusson est intégré au recueil de Krafft, trente-deux ans après sa construction, c'est qu'il est toujours considéré comme représentatif des récentes évolutions en matière d'architecture domestique par les auteurs. Cette prolifération d'images et les commentaires dont elles sont l’objet permettent de saisir la place qu’occupaient ces demeures non plus dans la ville, mais dans les mentalités.
analyse et description (markdown)Ce dessin est une copie de la gravure publiée dans par Charles Paul Landon dans, Annales du musée et de l'école moderne des beaux-arts : Recueil de gravures au trait, contenant la collection complète des peintures et sculptures du Musées Napoléon, volume 6, Paris, 1804, planche 6. Une gravure qui pourrait avoir été reprise de celle du recueil d'architecture domestique publié par Jean-Charles Krafft et Nicolas Ransonnette sous le Consulat, Plans coupes et élévations des plus jolies maisons de Paris et dans les environs, Paris, l’auteur, 1801-1802. La planche 72 y représente le "Plan et élévation de l'hôtel de Madame Thélusson, rue de Provence, par Le Doux, architecte", et fait partie d'une suite de gravures complémentaires consacrées à ce bâtiment. Bien connu des historiens, cet hôtel affiche un parti pittoresque en lien étroit avec son environnement. La scénographie originale composée par l’architecte, l’ingéniosité déployée dans son aménagement, et enfin l’intérêt suscité par l’édifice à peine achevé, en font une des demeures les plus célèbres de la fin du XVIIIe siècle. Constitué d’un jardin côté rue – échelonné sur plusieurs niveaux et enrobé d’artifices (grottes, arcades ou aménagements paysagers) – le bâtiment se dresse derrière une arche monumentale élevée dans la perspective de la rue d’Artois. Parachevée en 1781, cette demeure, insérée dans un luxueux écrin, formait visuellement l’aboutissement d’une rue habitée d’une succession d’hôtels particuliers de même standing. Les abords de cet hôtel bien situé ont été lotis à la fin des années 1780, ainsi ce dessin donne-t-il l'impression trompeuse que l'édifice est totalement isolé et uniquement entouré de verdure. L'hôtel, ayant un temps appartenu à Joachim Murat et à Napoléon Bonaparte, est démoli dans les années 1820 lors du prolongement de la rue Lafitte.
fait partie dearchitecture