CG6-13495.md

identifiantCG6-13495.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/11/07 00:00
titreNapoléon au maréchal Davout
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 13495. - </b>Au maréchal Davout</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Berlin, 7 novembre 1806, 3 heures après midi</h2><p>Mon cousin, voici les renseignements positifs que je reçois sur les Russes. Le général Bennigsen commande en chef l’armée russe. Elle est composée de quatre colonnes ; chaque colonne, infanterie, cavalerie et artillerie comprises, est de 14 000 hommes, ce qui fait en tout 56 000 hommes, qui probablement se réduiront à 50 000, car cette armée a mis vingt jours pour arriver sur ses frontières, et elle en mettra bien vingt autres pour arriver au point de rendez-vous. Le général Bennigsen est arrivé en courrier à Grodno le 18 octobre ; il y a conféré avec les généraux prussiens envoyés pour conduire les colonnes.</p><p>Le 22, les quatre colonnes doivent se réunir, l’une dans le nord de la Pologne, à Georgenburg, la seconde à Olita, la troisième à Grodno et la quatrième à Jalowka. Il ne paraît pas que la tête d’aucune de ces colonnes fût arrivée le 22 octobre. En faisant la supposition la plus favorable à l’ennemi, que la tête des colonnes arrivât le 23, on savait que la queue était à dix jours en arrière, c’est-à-dire ne pouvait arriver que le 2 novembre.</p><p>Le général prussien<sup>[^1]</sup> avait obtenu du général Bennigsen, qui cependant n’avait pas reçu les instructions de son maître, qu’il ferait entrer les colonnes par 5 000 hommes, à mesure qu’elles arriveraient. En supposant que la nouvelle de la bataille n’ait point changé ces dispositions, comme tout porte à le penser, on peut supposer que les cinq premières colonnes de 5 000 hommes seraient entrées le 23. Il leur faut quinze jours pour arriver à Thorn ; elles arriveraient donc le 7 ou le 8 novembre dans cette ville, et les autres colonnes, si elles avaient continué leur mouvement, y arriveraient le 18 ou le 20 novembre. Voici la disposition des choses. Je vous ai fait mettre sur un croquis les positions que prennent les colonnes russes, afin que, par les renseignements que vous aurez, vous puissiez être instruit de leurs mouvements. Ce que je vous dis là est sûr. C’était le projet arrêté à Grodno entre les deux commissaires le 18 octobre.</p><p>Si la nouvelle de la bataille du 14<sup>[^2]</sup> n’a point changé les dispositions des Russes, et qu’ils n’aient point retardé leur mouvement, mon intention n’est pas de dépasser Posen. Il faut donc m’établir là des magasins, choisir une belle position, en faire lever le croquis par les ingénieurs géographes et tracer un plan tel que je puisse me retirer sur Stettin ou sur Küstrin<sup>[^3]</sup> à volonté, c’est-à-dire sur la rive droite ou sur la rive gauche de la Warta. Faites bien reconnaître tous les ponts de cette rivière. Je ne suppose pas que, dans la position de Posen, l’ennemi vienne m’attaquer avant le 18. Il y a donc plus de huit jours pour faire ses dispositions et s’établir bien convenablement. Je réunirai là, avant ce temps, les corps des maréchaux Lannes et Augereau avec le vôtre, les alliés que commande le prince Jérôme, ma Garde et les divisions Klein et Nansouty<sup>[^4]</sup>.</p><p>J’imagine que vous aurez fait passer les 3 000 fusils que vous avez pour armer 3 000 Polonais.</p><p>Le grand-duc de Berg<sup>[^5]</sup> et les maréchaux Bernadotte et Soult s’éloignent tous les jours. Le général Blücher, qui a pris le commandement de la colonne du duc de Weimar, paraît avoir 15 000 hommes, dont 2 ou 3 000 de cavalerie. Le 3, il battait en retraite ; son arrière-garde a été culbutée. Il a été le 3 à Schwerin, le 4 à Lübeck ; mais le 4 le grand-duc de Berg était arrivé à l’avant-garde avec <i>6</i> 000<sup>[^6]</sup> hommes de cavalerie. Le défaut de cavalerie avait empêché le maréchal Bernadotte de profiter de ses avantages ; mais je compte que, le 6 ou le 7, je serai défait de cette colonne-là ; mais il faudra toujours dix jours à ces corps pour retourner à Berlin. Vous sentez que la raison qui m’empêche de m’éloigner davantage est que j’espère les avoir à Posen vers le 20 novembre. Si les Russes, au contraire, avaient retardé leur mouvement, les choses seraient différentes, et je me résoudrais à un autre parti. Faites-moi faire, par l’officier du génie qui a suivi votre marche, un croquis de la route de Francfort <i>et</i> Küstrin à Posen. Faites faire aussi un croquis de la route de Posen à Glogau et de Posen à Thorn, avec une bonne reconnaissance de la Warta depuis Posen jusqu’à l’Oder.<sup>[^7]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"><i>Napoléon</i></h3> [^1]: Lestoq. [^2]: Iéna, le 14 octobre. [^3]: Biffé : « faites bien reconnaître » [^4]: Dragons et cuirassiers. [^5]: Murat. [^6]: Napoléon a surchargé : 4 000. [^7]: Expédition, collection comte Charles-André Walewski. Note sur la minute, Archives nationales, AF IV 871, novembre 1806, n° 99) : « Portée par l’aide de camp du général Mouton. »</body>
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