CG1-0333.md

identifiantCG1-0333.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1795/08/31 00:00
titreNapoléon à Désirée Clary
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 333. - </b>À Désirée Clary</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" lang="en-GB" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 14 fructidor an III [31 août 1795]</h2><p lang="en-GB" style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">J’ai reçu ta charmante lettre, ma bonne amie, elle me fait le plaisir que m’inspire toujours ton souvenir. Souvent au milieu des bruyants plaisirs de cette immense commune, je pense à mon aimable Eugénie. Mon idée franchit les mers, brave les tourments attachés à la distance et court se reposer auprès de toi.</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai appris avec intérêt que tu avais des amies à Gênes et que tu vois souvent la société non pas de ces tristes et maussades Seigneuries mais de quelques aimables Lyonnaises, tu y trouveras sans doute quelque aimable Lyonnais. Ils sont ordinairement bien faits.</p><p style="margin-top: 0cm">Si tu avais voulu venir avec moi, tu vois que tu n’eusses pas été à la guerre comme tu le pensais. Je suis toujours à Paris occupé auprès du Comité du salut public pour la direction des armées[^1]. Cela m’occupe depuis deux heures après midi à quatre heures et depuis une heure après minuit à deux heures, sans cependant me gêner. J’eusse eu tout le temps de faire voir les raretés de cette superbe ville et les sociétés de charmantes Parisiennes à mon amie. Mais elle a voulu passer en Italie, préférer Gênes à Paris, un frère à un amant. Cela s’appelle de la sagesse, de la raison, oui de la raison. Que devient devant-elle les tendres sentiments, l’émotion de l’âme, l’élan de l’amour ? Fi ! mauvaise, tu as préféré l’amitié à l’amour!</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai dîner avant-hier chez Madame T. [Tallien]. Elle est toujours aussi aimable, mais je ne sais par quelle fatalité, des charmes se sont effacés à mes yeux. Elle a un peu vieilli[^2]. Elle t’aimerait si elle te connaissait. J’ai remarqué dans le dîner une coterie d’une vingtaine de femmes. Je ne vois jamais chez elles que des femmes plus laides et plus âgées. Il y a ici, ma bonne amie, un peu de mouvement dans les têtes[^3] mais tout est du reste fort tranquille. Il faut espérer que cela ira bien. L’abondance est revenue, la gaieté brille et les plaisirs planent sur cet indéfinissable peuple. Quant à moi, je t’assure, si je pouvais être heureux loin de toi je le serais. J’ai des amis, beaucoup de considération, des fêtes, des parties, mais loin de ma tendre Eugénie il peut exister pour moi quelque plaisir, quelques jouissances, mais pas de bonheur. Jouissons donc bien vite ma bonne amie hâtons-nous d’être heureux, le temps vole, les saisons se renouvellent et la vieillesse arrive.</p><p style="margin-top: 0cm">Je t’embrasse un million de fois, ton cher ami pour la vie.[^4]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm; "> <br/> </p> [^1]: Au Bureau topographique du Comité du salut public. [^2]: Elle a 22 ans. [^3]: <span></span>À comparer avec la lettre du 1<sup>er</sup>septembre à Joseph : « Il y a ici, comme partout, un peu de mouvement dans les têtes à cause du renouvellement de la Convention » (n° 333). [^4]: Copie d’expédition, Archives d’État de Suède, fonds Bernadotte.</body>
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