CG6-13359.md

identifiantCG6-13359.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/10/27 00:00
titreNapoléon au général Chasseloup, commandant en chef du génie de la Grande Armée
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 13359. - </b>Au général Chasseloup, commandant en chef du génie de la Grande Armée</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Charlottenburg, 27 octobre 1806<sup>[^1]</sup></h2><p>Monsieur le général Chasseloup, Erfurt, Wittemberg et Spandau, voilà les trois places qu’il faut mettre en état. J’ai déjà fait connaître mes intentions sur Wittemberg. Voici ce que j’entends qu’il soit fait pour Spandau.</p><p>Il faut que, dans trois jours d’ici, il y ait des pont-levis, ou du moins des ponts sur chevalets, à toutes les portes de la ville ; que toutes les maisons qui sont sur la muraille qui ferme la place du côté de la rivière soient abattues ; que deux ou trois points soient choisis sur cette rivière pour trois petites flèches palissadées qui flanquent les murs et contiennent du canon pour s’opposer à une surprise par des bateaux ; que toutes les demi-lunes soient palissadées, et que l’on travaille à creuser les fossés de manière à donner plus d’escarpe aux talus et rendre l’escalade plus difficile. Le projet général que vous me remettrez me fera connaître s’il convient d’approfondir tous ces fossés ou de chercher leur défense dans les manœuvres d’eaux.</p><p>Mon intention est qu’on travaille à fraiser toute la place, à palissader tous les chemins couverts, et à établir une grosse palissade au milieu de tous les fossés ; car les eaux, dans la saison où nous allons entrer, peuvent disparaître par la gelée, et, comme la Spree n’est point rapide, la place ne pourra se trouver à l’abri d’un coup de main qu’en mettant en bon état le mur qui ferme la place du côté de la rivière et les trois flèches ci-dessus ordonnées. Je donne ordre à l’artillerie de construire sur-le-champ les batteries. Les terres que vous retirerez de la cunette<sup>[^2]</sup> ordonnée dans les fossés serviront à relever d’autant les parapets.</p><p>Toutes les maisons qui masquent la citadelle seront abattues dans l’espace de trois jours ; les moulins seuls resteront, mais se trouveront par-là très isolés.</p><p>Il sera aussi établi pour le canon de campagne, ou au moins pour les hommes à pied, une communication entre la citadelle et la place, le long de l’estacade qui existe ; il est même nécessaire que le passage qu’on y établira, soit en sacs à terre ou en gros morceaux de bois, soit à l’abri de la mitraille. Cette première défense est indispensable, mais ne sera pas suffisante. On travaillera donc à palissader sur les démolitions ordonnées, sur lesquelles on fera un tracé qu’on palissadera. Ces deux moyens me paraissent suffisants sous le feu de la citadelle, dans le cas où le lac disparaîtrait par une forte gelée ; car, sans cette circonstance, la première défense serait suffisante.</p><p>Vous désignerez sans délai, dans l’intérieur du fort, l’emplacement pour les fours nécessaires à la confection de 60 000 rations de pain par jour. Vous désignerez les souterrains capables de contenir un million de poudre et quatre millions de cartouches, un emplacement où l’on puisse établir un hôpital pour 1 200 blessés. Vous désignerez dans la ville sept locaux pour les dépôts de sept corps de la Grande Armée, devant chacun contenir 200 hommes convalescents de chacun des corps d’armée. Vous aiderez l’artillerie à relever les parapets des bastions par de bons épaulements en gabions ou saucissons.</p><p>Mon intention est qu’avant huit ou dix jours tout ce que je viens de prescrire soit terminé.</p><p>J’attends le rapport que vous me ferez pour adopter un plus grand plan relativement au système des eaux, et à un système de redoutes qui embrasserait le local et qui ferait que 8 à 10 000 hommes puissent résister à toute une armée, en supposant les eaux non gelées.</p><p>Par toutes ces flèches et redoutes, je n’entends point de simples redoutes de campagne, auxquelles je n’accorde aucune confiance, mais de bonnes redoutes revêtues en bois, ayant aussi des contrescarpes en bois. Il est prouvé qu’une pièce de bois de 8 pouces de diamètre n’est point brisée par un obus ni un coup de canon. La manière de les placer, en conciliant l’économie du temps avec la plus grande solidité, est absolument du ressort des officiers du génie. Si leurs idées ne sont point assises, il sera peut-être convenable que, dans les différentes redoutes, ils essayent de différentes méthodes. Vous ne manquerez point de renfermer dans la citadelle une grande quantité de bois, de manière que la garnison, en cas d’attaque, ait le moyen de se blinder rapidement le long des talus intérieurs. On pourrait même, sous ces blindages, mettre à couvert la farine et autres objets qui ne seraient plus en sûreté dans le magasin.</p><p>Il est convenable qu’il y ait au moins quatre officiers du génie chargés de cette place, dont un chargé du détail, et un commandant le génie, seront destinés à défendre Spandau. Vous soumettrez à ma signature l’ordre qui les placera dans Spandau, afin que, sous aucun prétexte, même celui de maladie, ils ne puissent sortir de la place. Le commandant doit avoir au moins le grade de colonel.<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: La minute est datée du 26 octobre, le soir. [^2]: Petit canal d’écoulement au fond d’un fossé. [^3]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 11096, d’après l’expédition communiquée par M. Auguste Prost, de Metz (en minute, Archives nationales, AF IV 871, octobre 1806, n° 186).</body>