| identifiant | CG1-0321.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1795/08/10 00:00 |
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| titre | Napoléon à Désirée Clary |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 321. - </b>À Désirée Clary</h1><p style="text-align: center; margin-top: 0cm"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" lang="en-GB" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 23 thermidor an III [10 août
1795]</h2><p lang="en-GB" style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-top: 0cm">Je n’ai reçu
qu’aujourd’hui, Mademoiselle votre lettre du 18 messidor[^1],
elle me fait le même plaisir que paraissent vous avoir fait les
lettres que vous avez reçues. Je n’ai pas été surpris des
sentiments qui y sont peints ; j’en juge par moi, et je savais
d’ailleurs que ce changement ne pouvait être l’effet de deux
mois d’éloignement. Quand vous m’écrivez ou que vous pensez à
moi, vous devez vous souvenir que vous vous entretenez avec votre
meilleur ami ; celui qui s’intéresse le plus à votre bonheur.
Vous lui devez dès lors entière confidence des dispositions de
votre âme. Jeune encore, vous ne pouvez pas croire votre sort lié,
ni arrêté sans appel. Ainsi si l’amitié d’abord, l’intérêt
et l’amour vous unissaient à quelques-uns uns de vos camarades, si
elle est digne de ce choix, dès qu’elle vous rend heureuse, vous
ne devez point me regarder comme un juge qui voudrait vous demander
compte de vos premiers serments ; nous ne pouvons pas ma bonne amie,
rien exiger de l’avenir, tout du présent, c’est le bon moyen de
ne pas avoir des regrets, en ne faisant pas des réflexions tristes
et incompatibles avec votre nature. Le temps renverse les empires,
détruit le monde, change toutes nos affections. Il est donc bien
nécessaire de vouloir anticiper et de préjuger l’avenir. Tout ce
que nous devons dire est de jurer du présent et le sort décide de
l’avenir.</p><p style="margin-top: 0cm">Tu dois cependant être
bien tranquille sur mon compte. Tu ne doutes pas que je t’aime, ou
tu serais à la fois injuste envers moi et envers toi-même. Mais je
ne veux pas absolument que tu contraignes ton âme, que tu t’imposes
de devoirs, que tu te dises dans ton cœur : "Je ne suis
pas à moi, j’ai promis d’aimer". Non, ma bonne amie,
livres-toi à l’instinct du sentiment, à la douceur d’aimer ce
qui t’environne. S’il se rencontre quelqu’un pour qui ton cœur
s’ouvre, à la vue de qui ton esprit se trouble, et ta raison
fléchisse, ne t’en fais pas une contrainte, aime et sois heureuse.
Tu sais que c’est au hasard des combats, la gloire ou la mort sont
ma destinée <...>[^2]
à chaque instant. Mon cœur en a pris les empreintes, mon âme les
mouvements violents, et que si la bonne Eugénie y règne, cependant
ce ne doit pas être qu’autant qu’une autre plus neuve, plus
douce, plus jeune ne lui rendrait point la vie plus chère et le
bonheur plus aimable.
</p><p style="margin-top: 0cm">Ce pays-ci est celui des
illusions et des personnes de ton sexe, elles y sont aussi belles que
dans les romans <...> aussi instruites que des savants <...>
La toilette, les beaux-arts et les plaisirs partagent tous leurs
moments. L’on est à Paris, philosophe, amant, courtisan et
artiste. Mais ce qui caractérisent toutes ces femmes aussi légères
c’est un amour étonnant de la gloire et de la bravoure, c’est
vraiment elles qui donnent à la nations ces <...> de courage
qui la rend <...> pour conquérir l’Europe. Chaque femme ici
est glorieuse de la bravoure de son chevalier, elles joignent à
cela, pour la plupart, un violent penchant pour le royalisme, et leur
travail et leurs plaisirs est de gagner de braves gens à leur cause.
Tu dois bien voir que ce tableau est celui de la vérité et non pas
celui que je pratique. Il n’y a pour moi qu’une Eugénie. Pensez
à vos amis, écrivez-moi à Paris comme à Marseille, comme à
Gênes. Tout à vous. Peut-être avant un mois, y aura-t-il 250
lieues de moins entre nous, peut-être serons-nous si près qu’il
n’y aura pas 8 lieues. [^3]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p>
[^1]: Lettre du 6 juillet où Désirée appelle Napoléon son "bien-aimé"
et lui réitère son serment d’amour éternel.
[^2]: Les lacunes correspondent à des mots que le copiste n’a pu
déchiffrer.
[^3]: Copie d’expédition, Archives d’État de Suède, fonds
Bernadotte.</body> |
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