| identifiant | CG1-0285.md |
|---|---|
| fait partie de | correspondance |
| est validé | oui |
| date | 1795/02/12 00:00 |
| titre | Napoléon à Désirée Clary |
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 285. - </b>À Désirée Clary</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Toulon, 24 pluviôse an III [12 février 1795]</h2><p style="margin-top: 0cm">Si vous étiez témoin, mademoiselle, des sentiments que m’a inspirés votre lettre, vous seriez convaincue de l’injustice de vos reproches. Si je vous faisais l’histoire journalière de mes pensées, vous vous persuaderiez davantage encore, que pour cette fois, la bonne Eugénie[^1] a bien tort. J’ai eu lieu de désirer souvent que vos sentiments correspondent à la force des miens. Il n’est pas un plaisir auquel je ne désire vous associer. Il n’est pas un rêve que vous ne soyez de moitié. Soyez donc bien sûre que "la plus sensible des femmes aime le plus froid des hommes" est une phrase inique de méchanceté et d’injustice que vous n’avez pas crue en écrivant. Votre cœur la désavouait lorsque votre main l’écrivait.</p><p style="margin-top: 0cm">Je ne crois pas que de vous écrire par la poste restante soit bien sûr pour vous et bien commode pour vous. Vous m’aviez dit que Julie[^2] s’était chargée de vous remettre mes lettres. C’est le moyen le plus simple. Je vous prie de me prévenir si je puis désormais m’en servir. Je vous écrirai souvent et longuement. Je n’ai pas de plus douce occupation ni de plaisir, de besoin plus impératif pour mon âme.</p><p style="margin-top: 0cm">Saliceti est rappelé à Paris ; un autre représentant le remplace[^3]. Il est probable que cela retardera l’expédition de quelques jours. Alors, je ne manquerai pas de me rendre à Marseille[^4]. Joseph a écrit à Julie de venir au Port la Montagne. Je pense que vous l’accompagnerez. Joseph a chez lui du logement pour vous, tout arrangé, et je crois que vous serez satisfaite de ce petit voyage[^5]. L’escadre mérite d’être vue.</p><p style="margin-top: 0cm">Adressez-moi vos lettres comme vous l’avez fait, mais il faut avoir soin de les numéroter, enfin d’être sûr qu’il n’y en ait pas de perdues et qu’elles se soient égarées.</p><p style="margin-top: 0cm">Je vous écrirai demain une note pour la musique que vous devez vous procurer afin de hâter vos progrès. Je vais vous abonner à un journal de clavecin qui s’imprime à Paris[^6], de sorte que vous recevrez toutes les décades un cahier de musique avec les airs les plus nouveaux. Je ne sais si votre maître est aussi bon que je le désirerais. Il vous fait sans doute chanter tout comme il a dû commencer par vous apprendre à solfier.</p><p style="margin-top: 0cm">Accoutumez-vous à chanter la gamme par une note quelconque. Cela exige quelque exercice et habitude à écouter et à maîtriser la voix. Par exemple, vous chantez tout seul ut ré mi fa sol la si ut qui est la gamme dont nous faisons usage. Si vous commencez par ré et chantez ré mi fa sol la si ut ré savez-vous ce qui arrive ordinairement ? Que l’on prononce bien ré mais qu’on lui donne une même valeur que l’ut, c’est-à-dire un ton de différence. Ensuite fa, un demi-ton, et la, un ton. Après cela, il faut chanter mi fa sol la si ut ré mi, c’est-à-dire passer du premier son de voix au second par un intervalle de demi-ton[^7]. Vous finissez enfin par chanter si ut ré mi fa sol la si qui était la gamme des anciens. Consultez votre maître sur ce que je vous dis là. D’ailleurs, il suffit de s’accoutumer à suivre le forte piano[^8].</p><p style="margin-top: 0cm">Adieu, ma bonne, belle et tendre amie.</p><p style="margin-top: 0cm">Souvenir, gaieté et santé.[^9]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p> [^1]: Second prénom de Désirée. [^2]: <span></span>Marie Julie Clary, épouse de Joseph Bonaparte depuis le 1<sup>er</sup>août 1794, se charge de transmettre à Désirée la correspondance de Napoléon. [^3]: Saliceti et Jeanbon Saint-André sont rappelés depuis le 26 janvier mais Saliceti restera jusque mi-février et Jeanbon un mois de plus. Ils sont remplacés par Letourneur, Poultier et Beffroy. [^4]: Il ne s’y rendra qu’une fois l’expédition de Corse rendue impossible par l’échec de la flotte française au cap Noli, le 19 mars 1795. [^5]: Désirée se rendra à Marseille en compagnie de sa sœur en mars 1795. [^6]: <span></span><i>Journal de clavecin par les meilleurs maîtres</i>ou<i>Journal de pièces de clavecin par différents auteurs.</i> [^7]: En effet fa et mi ne sont séparés que d’un demi-ton contrairement aux autres notes. [^8]: Cette lettre est un exemple rare d’un propos touchant à la technique musicale de Napoléon. [^9]: Copie d’expédition, Archives d’État de Suède, fonds Bernadotte.</body> |