CG6-12908.md

identifiantCG6-12908.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/09/12 00:00
titreNapoléon à Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 12908. - </b>À Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 12 septembre 1806</h2><p>Monsieur mon frère, j’ai reçu la lettre de Votre Majesté<sup>[^1]</sup>. Les assurances qu’elle me donne de ses sentiments me sont d’autant plus agréables que tout ce qui se passe depuis quinze jours me donnait lieu d’en douter. </p><p>Si je suis contraint à prendre les armes pour me défendre, ce sera avec le plus grand regret que je les emploierai contre les troupes de Votre Majesté. Je considérerai cette guerre comme une guerre civile, tant les intérêts de nos États sont liés. Je ne veux rien d’elle ; je ne lui ai rien demandé. Toutes les fois que les ennemis du continent ont fait courir de faux bruits, je lui ai fait donner les assurances les plus positives de ma constance à persister dans les liens de notre alliance. C’est à elle à voir si elle n’a pas donné trop légèrement confiance au parti qui dans sa Cour a été si prompt et si chaud à seconder les desseins de nos ennemis communs. J’ai une telle opinion de sa justice, que je m’en rapporte à elle pour savoir qui a tort, dans cette circonstance, de la Prusse ou de la France. Tous les renseignements qu’on lui a donnés sont faux. Cela seul, dont elle est à présent convaincue, doit lui prouver que je suis à l’abri de tout reproche. Si Votre Majesté m’eût dit que les troupes que j’ai en Westphalie <i>lui donnaient de l’inquiétude</i><sup><i>[^2]</i></sup>, je les eusse retirées <i>pour lui plaire</i><sup><i>[^3]</i></sup>. Je suis ami ou ennemi franchement. Ceux de ses ministres qui ont traité ses affaires et que j’ai admis à mon audience peuvent le lui témoigner. Je tiens plus que par le cœur à Votre Majesté, je tiens à elle par la raison. </p><p>Toutefois je viens de faire aussi des dispositions pour me mettre en mesure contre ses troupes, qui menacent d’attaquer mon armée d’Allemagne. Je l’ai fait, parce que j’aurais été coupable envers mon peuple si je ne m’étais pas prémuni contre les préparatifs formidables qu’elle fait ; préparatifs qui sont si avancés, que les troupes de sa capitale sont parties, même après la lettre qu’elle m’a écrite. </p><p>Je dois le dire à Votre Majesté, jamais la guerre ne sera de mon fait, parce que, si cela était, je me considérerais comme criminel : c’est ainsi que j’appelle un souverain qui fait une guerre de fantaisie qui n’est pas justifiée par la politique de ses États. Je reste inébranlable dans mes liens d’alliance avec elle. Que, par sa réponse, elle me fasse connaître qu’elle les repousse, qu’elle ne veut mettre sa confiance que dans la force de ses armes, je serai obligé de recevoir la guerre qu’elle m’aura déclarée ; mais je resterai le même, au milieu, des combats, après des victoires, si la justice de ma cause m’en fait obtenir. Je demanderai la paix, regardant cette guerre comme une guerre sacrilège, puisqu’elle n’est propre qu’à faire triompher et sourire nos ennemis. Que Votre Majesté me réponde au contraire qu’elle a contremandé ses dispositions, et je contremanderai les miennes de grand cœur ; nos ennemis seront déjoués, et, j’ose le dire, ma conduite froide et impassible<i> dans cette circonstance</i> sera pour elle et pour ses ministres une garantie de la confiance qu’elle doit mettre dans mes dispositions, qui ne seront jamais influencées <i>ni</i> par l’intrigue <i>et</i> les instigations étrangères, <i>ni par la chaleur des sentiments effervescents</i>, mais qui seront uniquement dirigées par la saine politique et l’intérêt de mes peuples.<sup>[^4]</sup></p> [^1]: En date du 23 août. [^2]: Napoléon a biffé : « déplaisaient ». [^3]: Napoléon a biffé : « sur-le-champ ». [^4]: Minute, Archives nationales, AF IV 870, septembre 1806, n° 69.</body>