CG1-0236.md

identifiantCG1-0236.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1794/08/12 00:00
titreNapoléon aux Représentants du peuple
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 236. - </b>Aux Représentants du peuple[^1]</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="text-align: center; margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">[Antibes ou Nice ?], 25 thermidor an II [12 août 1794]</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Vous m’avez suspendu de mes fonctions, arrêté et déclaré suspect. Me voilà flétri sans avoir été jugé, ou bien jugé sans avoir été entendu. Dans un état révolutionnaire, il y a deux classes, les suspects et les patriotes. Lorsque les premiers sont accusés, ils sont traités par forme de sûreté, de mesures générales. L’oppression de la seconde classe est l’ébranlement de la liberté publique. Le magistrat ne peut condamner qu’après les plus mûres informations, et que par une succession de faits, celui qui ne laisse rien à l’arbitraire. Déclarer un patriote suspect, c’est un jugement qui lui arrache ce qu’il a de plus précieux, la confiance et l’estime. Dans quelle classe veut-on me placer ? Depuis l’origine de la révolution, n’ais je pas été toujours attaché aux principes ? Ne m’a-t-on pas toujours vu dans la lutte, soit contre les ennemis internes, soit, comme militaire, contre les étrangers ? J’ai sacrifié le séjour de mon département, j’ai abandonné mes biens j’ai tout perdu pour la République[^2]. Depuis, j’ai servi sous Toulon avec quelque distinction, et j’ai mérité à l’armée d’Italie la part de lauriers qu’elle a acquise à la prise de Saorgio, d’Oneille et de Tanaro[^3]. À la découverte de la conspiration de Robespierre, ma conduite a été celle d’un homme accoutumé à ne voir que les principes. L’on ne peut donc pas me contester le titre de patriote. Pourquoi donc me déclare t’on suspect, et l’on met les scellés sur mes papiers. L’on doit faire l’inverse : l’on devait mettre les scellés sur mes papiers, m’entendre, me demander des éclaircissements, et ensuite me déclarer suspect s’il y avait lieu. L’on veut que j’aille à Paris avec un arrêté qui me déclare suspect. L’on doit supposer que les représentants ne l’on fait qu’en conséquence d’une information, et l’on ne me jugera qu’avec intérêt que mérite un homme de cette classe. Innocent, patriote, calomnié, quelles que soient les mesures que prenne le Comité je ne pourrai pas me plaindre de lui. Si trois hommes déclaraient que j’ai commis un délit, je ne pourrai me plaindre du jury qui me condamnerait. Saliceti, tu me connais, as-tu rien vu, dans ma conduite de cinq ans qui soit suspect à la révolution ? Albitte[^4] tu ne me connais point. L’on n’a pu te prouver aucun fait ; tu ne m’as pas entendu ; tu connais cependant avec quelle adresse quelquefois la calomnie siffle. Dois-je donc être confondu avec les ennemis de la patrie ; et des patriotes doivent ils inconsidérément perdre un général qui n’a point été inutile à la république ? Des représentants doivent ils mettre le gouvernement dans la nécessité d’être injuste et impolitique. Entendez-moi, détruisez l’oppression qui m’environne, et restituez-moi l’estime des patriotes. Une heure après, si les méchants veulent ma vie, je l’estime si peu, je l’ai si souvent méprisée ! Oui, la seule idée qu’elle peut être encore utile à la patrie me fait en soutenir le fardeau avec courage.[^5]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p> [^1]: Albitte, Ricord et Saliceti. [^2]: Allusion à la fuite de Corse. [^3]: Bonaparte n’a pas participé à ces opérations. Le Tanaro est un cours d’eau et non une localité. [^4]: <span></span>Antoine Louis Albitte (1761-1812), député à l'assemblée législative puis à la Convention, envoyé d’abord à Toulon, par le Comité de salut public, il est redirigé sur Lyon le 28 octobre 1793 où il rejoint, pour une féroce répression, Collot d’Herbois, Fouché et Laporte. Il se retire de la vie publique nationale quelques temps après Thermidor. [^5]: <span></span><i>Mémoire de M. Bourrienne, ministre d’État sur Napoléon, le Directoire, le Consulat l’Empire et la Restauration</i>, Ladvocat, 1830, t. I, p. 61. Bien que reprise par Coston et Iung, cette lettre dont il n’existe à notre connaissance ni copie, ni minute, ni expédition est d’une authenticité douteuse, comme le sont en général les Mémoires de Bourrienne qui, à cette époque, n’était pas encore secrétaire de son ancien condisciple de Brienne.</body>