CG6-12163.md

identifiantCG6-12163.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/05/24 00:00
titreNapoléon à Élisa, princesse de Lucques et de Piombino
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 12163. - </b>À Élisa, princesse de Lucques et de Piombino</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Saint-Cloud, 24 mai 1806</h2><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Ma sœur, je reçois votre lettre. Le bref du Pape n’est rien, tant qu’il restera secret dans vos mains. Ne perdez pas un moment, une heure, pour réunir tous les biens des couvents au domaine. Chargez mon ministre<sup>[^1]</sup> de se rendre chez l’archevêque<sup>[^2]</sup> : il lui dira que je suis instruit de ce qui se passe ; que ce ne sera pas le concordat de mon royaume d’Italie, mais celui de France, que je ferai publier dans la principauté de Lucques ; que non seulement on s’emparera des biens des moines, mais encore de ceux du clergé séculier, et qu’on le mettra à la pension. Si l’on ne se prête pas de bonne grâce, et s’il y a le moindre désordre, je ferai avancer une division française. N’exigez aucun serment des prêtres. Ne vous mêlez dans aucun dogme. Emparez-vous des biens des moines, c’est là le principal ; laissez courir le reste. Faites agir mon ministre secrètement, comme vous l’entendrez. Je prends le parti d’écrire à l’archevêque ; vous chargerez mon ministre de lui porter ma lettre.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Vous répondrez en votre nom la lettre ci-jointe au pape.<sup>[^3]</sup></p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napol</h3><p><br/> </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <i>P.S.</i> Tout bien pensé, je n’enverrai pas aujourd’hui la lettre à l’archevêque ; faites-lui parler.</p><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> Annexe</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%; background: #ffffff"> <br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%; background: #ffffff"> Au Pape</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Très Saint Père, j’ai reçu la lettre de Votre Sainteté. Je l’ai envoyée à l’Empereur, mon auguste frère et souverain. Je prie Votre Sainteté de s’entendre avec lui. Il ne m’appartient pas de remarquer qu’il y a dans le bref de Votre Sainteté des choses contraires à l’autorité des princes. Tout ce qui est spirituel lui est soumis ; mais elle ne veut pas attaquer le temporel. Je la supplie de ne rien faire qui tende à prêcher la révolte et la sédition à mes sujets. Cet exemple, Elle ne le trouvera pas dans la vie de Notre Seigneur Jésus-Christ ni des saints apôtres ; et, s’il arrivait du désordre dans mes États et que le sang humain y fût répandu, le cœur paternel de Votre Sainteté en gémirait. L’Église prêche la paix et non la guerre, la soumission et non la révolte. J’obéis aux décrets de <i>mon Empereur</i> comme j’obéirai à tous ceux qu’il me dictera. Que Votre Sainteté veuille s’adresser à lui et ne doute jamais de mes sentiments respectueux.<sup>[^4]</sup></p><p><br/> </p><p><br/> </p><p style="text-align: left; margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> Annexe</p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> <br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> À l’archevêque de Lucques</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> J’ai pris connaissance du bref de Sa Sainteté. Il me paraît qu’on veut susciter des troubles dans la principauté de Lucques et exciter les peuples à la mutinerie et à la révolte contre l’autorité légitime. Mais l’État de Lucques est sous ma protection immédiate. Massa-Carrara, qui fait partie de cet État, est soumis au Concordat, et les lois de notre sainte religion, qui font que les habitants de Massa-Carrara sont soumis au Concordat, ne peuvent faire que la principauté de Lucques n’y soit pas soumise. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Monsieur l’Archevêque, des insensés ennemis de votre patrie peuvent vouloir y semer le trouble et la division ; mais souvenez-vous que notre sainte religion veut qu’on obéisse aux souverains ; que la révolte est le premier des crimes, et que la mutinerie ou l’esprit de vertige qui conduirait la population à des excès retomberait sur ceux qui auraient méconnu l’esprit de leur état et transgressé ce premier principe de notre religion consacré par la conduite constante de notre Sauveur et des saints apôtres. Pourquoi la cour de Rome, si elle a des remontrances à faire, ne s’adresse-t-elle pas à moi ? </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Je le répète, le clergé séculier est nécessaire pour administrer les sacrements institués par Notre Seigneur Jésus-Christ. Les moines sont de trop ; leur suppression est devenue nécessaire au bien de l’État, <i>dont ils possèdent une trop grande partie de territoire</i>. Ce que j’ai fait pour mon royaume d’Italie, pour Gênes, pour Venise, doit être fait aussi pour Lucques. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Je connais vos vertus ; j’attends de votre sagesse que vous n’écoutiez point la voix des intrigants qui voudraient susciter des désordres dans votre patrie, et que, dans cette circonstance, vous serez le premier à donner l’exemple de l’obéissance. S’il en était autrement, vous m’obligeriez à envoyer une division française à Lucques, à incorporer cette principauté à mon royaume d’Italie et à la traiter en pays conquis, à en rappeler ma sœur, et à y établir non le concordat de mon royaume d’Italie, mais le concordat de France. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Le prince de Lucques ne se refusera à aucun des moyens qui peuvent concilier les principes généraux de mon empire avec le respect qui est dû au Saint Siège ; mais le Saint Siège doit aussi respecter l’autorité qui a été établie par Dieu. Il doit, à l’exemple des plus saints prélats, marcher de concert avec les princes de la chrétienté, ne point se laisser séduire par les intrigues des hérétiques et des Anglais, et ne point méconnaître le bien que j’ai fait à la religion, en prenant à tâche de contrarier toutes mes vues. Je sais que le Saint Père est un saint homme. Il veut le bien ; mais il est entouré d’hommes qui se réjouiraient de voir le sang couler, et pour lesquels les séditions et les malheurs qui arriveraient dans votre patrie seraient un spectacle bien doux. Les insensés ! Ils ne veulent pas voir que le sang qu’ils feraient couler retomberait sur eux. Conduisez-vous de manière à ne mériter aucun reproche de ma part<sup>[^5]</sup>.<sup>[^6]</sup></p><p><br/> </p><p><br/> </p> [^1]: Derville-Maléchard. [^2]: Mgr Sardi, archevêque de Lucques. [^3]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 15. [^4]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 15. [^5]: Cette lettre ne fut pas envoyée. [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 869, mai 1806, n° 128.</body>