CG6-11829.md

identifiantCG6-11829.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/04/04 00:00
titreNapoléon à Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11829. - </b>À Frédéric-Guillaume III, roi de Prusse</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Malmaison, 4 avril 1806</h2><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Monsieur mon frère, j’ai fait connaître à M. le comte de Haugwitz<sup>[^1]</sup>, dans deux longues conférences, le fond de toutes mes pensées.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Je n’ai pas pu lui dissimuler la peine que j’ai éprouvée du peu d’accueil qui a été fait à Berlin à la convention de Vienne<sup>[^2]</sup>. Votre Majesté plus que personne sait qu’un traité est le concours de deux volontés, et qu’en le ratifiant on ne peut pas faire à une des parties un plus grand manquement que d’en changer ou interpréter les stipulations autrement qu’elles ne sont exprimées. Mais enfin la convention de Paris a mis un terme à cette trop longue incertitude pour mon cœur.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Sire, que Votre Majesté me permette de le lui dire : encore depuis le traité de Paris, dans la proclamation adressée à Neuchâtel, il a été dit, au nom de Votre Majesté, qu’il valait mieux qu’elle eût cédé cette principauté à la France que si la France l’eût conquise. Ah ! Sire, il n’a jamais été dans mon intention de faire la guerre à Votre Majesté, et, je l’eusse voulu, si j’eusse pu un moment oublier les principes de la politique de ma Couronne et les sentiments que j’ai voués à la personne de Votre Majesté, si je m’étais laissé influencer par les insultes de son ministre et par cette espèce d’exaltation factice que l’on avait donnée à ses peuples contre la France, je le dis avec un noble orgueil, j’eusse pu la leur faire payer bien cher.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Mais je réclame ici la loyauté de Votre Majesté : je ne me suis jamais présenté à elle comme lui offrant la guerre ou les conditions du traité de Vienne ou de Paris. La guerre contre la Prusse n’a jamais pu être possible de ma part. J’ai offert à Votre Majesté de tout rétablir dans la même situation où étaient les choses avant le traité de Vienne, avant la guerre avec l’Autriche, en renvoyant le corps du maréchal Bernadotte en Hanovre ; ou, si Votre Majesté voulait conserver la province de Hanovre, la lui laisser contre l’échange de quelques provinces. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> C’est donc injustement que l’on présente à Berlin la convention de Vienne et de Paris comme une convention imposée par la France ; et, si j’ose le dire, ceux qui présentent ainsi Votre Majesté aux yeux de l’Europe, ne la présentent pas avec la dignité qui convient à un des plus puissants souverains et qui commande à une des plus fortes et des plus belles armées. Quoi qu’il en soit, je regarde tous ces événements passés comme le résultat des intrigues multipliées que les Anglais ont l’art de susciter dans tous les cabinets.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Je ne me souviens plus désormais que des clauses du traité de Paris qui nous lie, me flattant de mon côté que Votre Majesté rendra justice aux sentiments que je lui porte. M. le comte de Haugwitz ne saura jamais trop lui répéter combien mes intentions sont droites, franches et décidées. Je ne serai jamais, lorsqu’il s’agira de lui plaire, incertain, douteux, et n’aurai recours à aucun <i>mezzo termine.</i> Votre Majesté aura vu les communications faites au parlement d’Angleterre ; elle aura reconnu là toute la duplicité de l’Autriche et de la Russie, et elle se sera convaincue que cette dernière avait mis dans ses calculs de forcer la main à Votre Majesté pour la faire déclarer contre moi.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Enfin je m’en rapporte à ce que lui dira le comte de Haugwitz sur notre situation actuelle, et je serai heureux de penser que Votre Majesté est persuadée que, dans cette dernière circonstance, j’ai été au-dessus de toutes les petites passions, et que je me suis toujours conduit par les sentiments d’amitié que je lui porte et la considération des vrais intérêts de la France, qui, à mes yeux, ne peuvent jamais être considérés comme séparés de ceux de la Prusse.<sup>[^3]</sup></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; font-variant: small-caps; line-height: 100%"> <br/> </p> [^1]: Venu à Paris pour renégocier le traité de Vienne du 15 décembre 1805, il est resté après la signature du traité d’alliance du 15 février. [^2]: Le traité du 15 décembre 1805, non ratifié par le roi de Prusse. [^3]: <span></span><i>Correspondance de Napoléon I</i><sup><i>er</i></sup><i> publiée par ordre de l’Empereur Napoléon III</i>, n° 10051, d’après les Archives de l’Empire.</body>