CG6-11811.md

identifiantCG6-11811.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/03/31 00:00
titreNapoléon à Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11811. - </b>À Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 31 mars 1806</h2><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Mon frère, le général Dumas doit vous être arrivé à l’heure qu’il est. Je désire qu’il puisse satisfaire les espérances que vous en concevez. Il a du talent. Voyant que vous n’avez personne à mettre à la tête de Naples, je vous ai envoyé le maréchal Jourdan, homme d’un grade supérieur. Il sera uniquement destiné au gouvernement de Naples. Lucotte<sup>[^1]</sup> ne peut en imposer ni aux maréchaux ni même aux habitants ; il pourra remplir sous lui les fonctions de commandant d’armes.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> J’ai reçu votre lettre du 13 mars. Voilà près d’un mois que vous êtes maître de Naples. Je n’entends pas encore que vous soyez à Tarente. J’espère qu’à l’heure qu’il est vos troupes sont arrivées à Reggio. Je vous ai déjà dit que j’ai réuni vos dépôts dans la Romagne et le Bolonais ; je vais y envoyer un commandant. Vous avez quatorze régiments ; avec les Italiens, cela vous fera un corps beaucoup trop considérable. Vous n’avez pas besoin de 25 000 hommes pour prendre la Sicile ; un corps de 15 000 est plus que suffisant. Toute cette canaille, Napolitains et Siciliens, sont bien peu de chose. Les Corses étaient bien autre chose, et ils n’ont jamais résisté seulement à huit bataillons.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Les Russes se sont emparés des Bouches de Cattaro, que les Autrichiens leur ont indignement livrées. Cela les attire de ce côté, ce qui les intéresse beaucoup plus que les affaires de Naples. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Je vous ai envoyé en or. J’ai fait payer les 500 000 francs que vous avez passés sur moi. Je ferai encore payer 2 500 000 francs de lettres de change ; mais ne comptez pas sur davantage. J’ai des dépenses immenses. Mon armée doit être maintenue sur un pied respectable, car tout peut ne pas être fini. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> J’ai pris possession de Wesel, qui est une des plus fortes places du Rhin. Je lui cède le Hanovre. Le prince Murat a été reconnu duc de Clèves et de Berg, ce qui lui donne 400 000 âmes de population. J’ai écrit en Hollande, et, sous peu de jours, le prince Louis sera fait stathouder héréditaire de Hollande.</p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Je désirerais avoir un rapport de vos places fortes. Ne serait-il pas convenable de raser Capoue ? Faites-moi faire, par le général du génie<sup>[^2]</sup>, un rapport général, afin que je fasse connaître mon opinion. Maîtres comme nous le sommes, les places fortes ne peuvent que retarder la marche d’une armée. S’il en faut, il en faudrait une seule pour servir de grande place de dépôt, où l’on pourrait réunir ses dépôts et établissements, dans le cas où il faudrait concentrer ses forces pour défendre l’Adige. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Vous sentez que je parle pour les dix premières années ; car, dans ce terme, vous aurez assez de crédit parmi cette population pour avoir une armée vraiment napolitaine. L’armée napolitaine n’est rien, n’a jamais rien été, ne peut devenir une armée que par une suite de soins et de temps. Bien loin d’exiger que le royaume de Naples me nourrisse une trop grande Armée, je voudrais y laisser le moins de troupes possible. Je voudrais n’avoir à Naples que six régiments à quatre bataillons chacun, toujours au grand complet de guerre, ce qui ferait 16 000 hommes ; dix compagnies d’artillerie au complet de guerre, ce qui ferait 1 000 hommes ; deux régiments de chasseurs, formant 1 600 hommes et 1 400 chevaux ; deux compagnies d’artillerie légère et un bataillon du train ; deux généraux de division ; un général de cavalerie, un d’artillerie, six généraux de brigade. Tout le reste des officiers, si vous en avez besoin, vous les prendriez à votre service. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Cette armée, je voudrais qu’elle eût son quartier général, ses dépôts, son parc, réunis dans un seul point, qui serait la place forte. Vous pourrez avoir à votre solde un régiment allemand, un ou deux régiments suisses, et je vous céderais celui que j’ai, de quatre bataillons, et composé d’hommes attachés, extrêmement opposés aux Anglais. Je ne pense pas que vous deviez tenir à Naples quatre régiments de trois bataillons chaque, car que sert d’avoir une nombreuse canaille, qui coûtera beaucoup et s’enfuira au premier coup de canon ? Les officiers qui vous viennent du royaume d’Italie sont, en général, des gens attachés. Si, ce que je ne crois pas, le peuple napolitain aimait la guerre, avec trois ou quatre régiments tous les goûts militaires doivent être satisfaits. S’il en était autrement, je préférerais avoir trois ou quatre régiments qui serviraient en France, à ma solde, que je mettrais dans le nord, qui purgeraient le pays et franciseraient aisément l’armée napolitaine. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Il faut que vous réfléchissiez qu’il n’y a qu’un seul moyen de vous maintenir à Naples, c’est de faire la fortune d’un grand nombre d’officiers français, qui s’y établiront, et, étant riches, se marieront. Cela est facile, en leur distribuant une quarantaine de millions de domaines nationaux. </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> Ainsi donc, avant d’atteindre les grandes chaleurs, vous pouvez renvoyer en France tous les dragons qui ont besoin de se former, qui ne peuvent vous servir en Sicile et vous sont superflus à Naples. Je crois que 3 000 chevaux vous suffiraient. Et, enfin, il faut tenir vos troupes réunies pour les exercer, les tenir en bon état, et, à tout événement, se porter sur le haut et sur le bas de l’Italie.<sup>[^3]</sup></p><p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 100%; "> <br/> </p><p style="text-indent: 1.25cm; margin-bottom: 0cm; line-height: 100%"> <br/> </p> [^1]: Commandant une brigade du corps Reynier, il avait été nommé un mois plus tôt commandant de la place de Naples. [^2]: Campredon. [^3]: Minute, Archives nationales, AF IV 868, mars 1806, n° 216.</body>