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CG6-11610.md| identifiant | CG6-11610.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1806/03/06 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11610. - </b>À Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 6 mars 1806</h2><p>Mon
frère, je reçois votre lettre du 22 février.
</p><p>Faites
fusiller impitoyablement les <i>lazzaroni</i> qui donnent des coups
de stylet. Ce n’est que par une salutaire terreur que vous en
imposerez à la population italienne.
</p><p>Le
moindre avantage que puisse procurer la conquête de Naples, c’est
d’entretenir votre armée de 40 000 hommes. Frappez une
contribution de trente millions sur tout le royaume. Votre marche est
trop incertaine. Il faut que vos soldats, vos généraux soient dans
l’abondance. Trente millions ne sont rien pour le royaume de
Naples. Vous avez sans doute fait réunir les prêtres de la ville et
vous les avez rendus responsables du moindre désordre. Les <i>lazzaroni</i>
doivent avoir des chefs. Au premier mouvement, chassez-en douze ou
quinze mille de Naples. S’ils ont des chefs, il faut qu’ils
répondent de tout. Quelque chose que vous fassiez, sachez que vous
aurez une insurrection. Désarmez-les.
</p><p>Vous
ne me parlez point des forts. S’il est nécessaire, faites établir
trois ou quatre batteries, comme j’avais fait au Caire, qui
puissent jeter des bombes dans les différents quartiers de Naples.
Vous ne vous servirez jamais de ces instruments meurtriers, mais leur
existence en imposera à la ville.
</p><p>Le
royaume de Naples n’est point épuisé. Vous avez de l’or
partout, puisque partout vous avez des fiefs, des impositions
aliénées. Gardez-vous de confirmer les abus de l’ancien régime ;
il faut que dans quinze ou vingt jours, par un décret de vous ou de
moi, tout soit rapporté, et que toute aliénation de domaines et
même d’impositions, quand même elles auraient lieu de temps
immémorial, soit auscultée, et qu’un système d’imposition égal
et sévère soit établi. Naples doit vous rendre une centaine de
millions sans compter la Sicile ; il ne les rend pas parce qu’on
y a suivi l’ancien système des rois d’Espagne, lorsqu’ils
administraient ce pays par des vice-rois.</p><p>Je
vous ai envoyé des officiers de marine ; je vous ai envoyé
autant de bâtiments que j’ai pu ; ils n’arriveront pas
aussi vite qu’il le faudrait peut-être, mais ils arriveront. J’ai
ordonné qu’on vous envoyât de Toulon douze cent mille rations de
biscuit. Vous n’avez point d’argent, mais vous avez une bonne
armée et un bon pays qui doit vous en fournir.</p><p>Faites
faire les préparatifs du siège de Gaète.
</p><p>Vous
me parlez de l’insuffisance de vos moyens militaires. Avec deux
régiments de cavalerie, deux bataillons d’infanterie légère et
une compagnie d’artillerie, il y a de quoi mettre en désarroi
toute la canaille de Naples. Mais la première de toutes les choses
est de ne point manquer d’argent ; vous ne pouvez en avoir que
de Naples. Une contribution de guerre de trente millions arrangera
tout et vous mettra à votre aise.
</p><p>Parlez-moi
un peu des forts. J’imagine qu’ils dominent la ville, et que vous
y avez nommé des commandants <i>ad hoc.</i> Il faudra bientôt vous
occuper d’organiser une gendarmerie.</p><p>Votre
affectionné frère,</p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><br/>
</p><p>Les
sentiments qui vous naissent à votre entrée à Naples naissent
toujours à la première entrée en pays conquis. Naples est plus
riche que Vienne, et n’est pas aussi épuisée. Milan même,
lorsque j’y suis entré n’avait pas un sol. Encore une fois,
n’attendez pas d’argent de moi. Les 500 000 francs en or que
je vous ai envoyés est la dernière somme que j’enverrai à
Naples. C’est moins encore par le cas que je fais de 3 ou 4
millions que j’en agis ainsi que pour le principe. Levez 30
millions ; soldez votre armée ; traitez bien vos chefs de
corps et vos généraux, et organisez votre matériel.<sup>[^1]</sup></p><p><br/>
</p>
[^1]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 10.</body> |
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