CG6-11586.md

identifiantCG6-11586.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/03/02 00:00
titreNapoléon à Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11586. - </b>À Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef l’armée de Naples</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 2 mars 1806</h2><p>Mon frère, Tascher<sup>[^1]</sup> m’apporte votre lettre du 18 février. Si les galériens vous gênent, vous pouvez très bien me les envoyer en France. Les jésuites, commencez par les renvoyer tous chez eux ; il doit y en avoir très peu de Napolitains. Je ne reconnais point cet ordre.</p><p>Miot<sup>[^2]</sup> doit, à l’heure qu’il est être arrivé. Je vous ai envoyé cinq ou six auditeurs, jeunes gens d’une grande probité, qui ont suivi le Conseil d’État depuis un an et qui ont du talent. </p><p>Le capitaine de vaisseau Jacob, officier distingué que je vous ai envoyé, doit aussi vous être arrivé. </p><p>Chassez Sibille qui est un voleur<sup>[^3]</sup>. </p><p>Je charge le général Radet qui est à Milan de se rendre près de vous pour organiser et commander votre gendarmerie. </p><p>Berthier<sup>[^4]</sup>, Saligny<sup>[^5]</sup> ne valent pas mieux que le chef d’état-major que vous avez<sup>[^6]</sup>. Selon mon opinion, vous vous formez des idées un peu fausses ; il faut voir les hommes de près pour savoir ce qu’ils valent. </p><p>J’espère que vous occupez tous les forts, et que vous les avez fait approvisionner. </p><p>Soyez inflexible pour les voleurs. Masséna est haï de toute l’armée. Vous devez bien vous convaincre aujourd’hui de ce que je vous ai dit plusieurs fois ; que cet homme n’a point l’élévation nécessaire pour conduire des Français.</p><p>Arcambal<sup>[^7]</sup> doit être arrivé. Je viens de donner l’ordre à Dubreton<sup>[^8]</sup> de se rendre à Naples. Toutes les fois que vous aurez un chef d’état-major qui vous plaira mieux, vous êtes le maître de le prendre. J’ai donné ordre qu’on fasse partir le colonel Gentili<sup>[^9]</sup> pour Naples. J’espère que vous serez content de Radet<sup>[^10]</sup>. </p><p>Quant au pavillon, que vous voulez-vous que je vous dise ? Vous savez quels animaux sont les Turcs<sup>[^11]</sup>. Je leur ai fait reconnaître le royaume d’Italie, vous pouvez assurer les Napolitains que leur pavillon sera respecté un peu plus tôt, un peu plus tard. Essayez de leur donner mon pavillon. Les officiers de marine que vous avez savent comment cela se fait. Je fais écrire à Alger et à Tunis.</p><p>Je vous envoie Forfait pour préfet maritime<sup>[^12]</sup>. Employez-le de la manière que vous jugerez la plus convenable. </p><p>J’approuve fort tous les choix que vous avez faits. J’ai ordonné que tous les Napolitains qui sont dans le royaume d’Italie vous fussent envoyés. </p><p>Masséna a tout pris. Il faudrait lui faire conseiller de rendre les trois millions qu’il a pris. Vous pourriez employer à cela Saliceti. Dites-lui qu’il le voie, qu’il le prévienne que Solignac a déclaré officiellement qu’il avait reçu en dons 3 millions, qu’il faut qu’il les rende, sans quoi dans le compte que je publierai au mois de mai de la levée des contributions de l’armée, il y sera porté tout au long, comme ayant reçu cette somme avec la pièce justificative ; que je nommerai une commission de sept officiers pour le faire condamner à la rendre. Cela est extrêmement sérieux.<sup>[^13]</sup></p><p>Vous êtes trop circonspect. Naples peut fort bien vous donner quatre ou cinq millions.</p><p>Je fais demain l’ouverture du Corps législatif. Annoncez mon arrivée prochaine à Naples. Naples est si loin que je n’ose vous promettre de venir jusque-là, mais il n’y a pas de mal à l’annoncer, tant pour l’armée que pour les peuples du Pays. </p><p>Le général Dumas<sup>[^14]</sup> avait d’abord l’ordre de se rendre en Dalmatie ; l’ordre que je lui ai envoyé d’aller à Naples ne l’a pas rencontré. Je viens de le lui faire réitérer. Sebastiani n’est pas guéri de sa blessure<sup>[^15]</sup>. </p><p>Les embarras dans lesquels vous vous trouvez arrivent toujours. Je vous recommande de ne pas marcher sans gardes. Pour cela, composez votre Garde de quatre régiments de chasseurs et d’hussards ; formez-vous aussi deux bataillons de grenadiers tirés de grenadiers de l’armée, et une compagnie d’artillerie légère. Mettez bien ceci dans vos calculs que quinze jours plutôt ou plus tard vous aurez une insurrection. C’est un événement qui arrive constamment en pays conquis. </p><p>Je ne sais si vous ne pourriez pas vous aider d’Alquier ou de David qui sont à Rome<sup>[^16]</sup>. Faites-leur dire de vous joindre. </p><p>Il y a plusieurs consuls de Sicile dans les États de Naples ; vous pouvez vous en servir. </p><p>Vous n’avez pas besoin du ministre de la Marine pour renvoyer Bavastro<sup>[^17]</sup> et Sibille. Faites-leur notifier par le capitaine Jacob que je leur donne l’ordre de se rendre en France.</p><p>Quelque chose que vous fassiez, vous ne vous soutiendrez jamais dans une ville comme Naples par l’opinion. Pourvoyez à ce qu’il y ait des mortiers dans les forts et des réserves pour punir promptement l’insurrection qui éclaterait. Arrivez promptement à un désarmement. </p><p>Le général Saint-Cyr<sup>[^18]</sup> doit être arrivé. C’est un homme qui ne laisse pas d’avoir de l’expérience et qui vous sera utile. </p><p>Je vous ai envoyé les généraux Donzelot et Lamarque ; ce sont deux officiers distingués. Donzelot pourrait être un assez bon chef d’état-major. Je ne sais pas jusqu’à quel point il serait meilleur que César Berthier mais vous devez être plus certain de l’attachement de Berthier. </p><p>J’imagine que vous avez du canon dans vos palais, et que vous avez pris toutes les mesures pour votre sûreté. Vous ne pouvez trop veiller sur tout votre monde. Les Français sont d’un contraire et d’une légèreté sans exemple. Gallo doit vous avoir joint. Il proteste un dévouement sans bornes<sup>[^19]</sup>. </p><p>Cette lettre vous sera postée par un officier de gendarmerie que vous pourrez garder. C’est un homme adroit et qui pourra vous servir pour la police. Tous les embarras que vous éprouvez dans ce moment, on les éprouve toujours dans des circonstances pareilles aux vôtres. Désarmez, désarmez. Mettez de l’ordre dans cette immense ville. Tenez vos parcs dans des positions où la canaille ne puisse pas prendre vos canons. Calculez que vous aurez une émeute ou une petite insurrection. Je désirerais beaucoup pouvoir vous aider de mon expérience dans de pareilles matières. J’ai su cependant, par le peu que Tascher m’a dit, que vous vous en tiriez bien.<sup> [^20]</sup></p><p>Votre affectionné frère,</p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Jean Henri Tacscher de la Pagerie, parent de l’impératrice, il est lieutenant à l’armée de Naples. [^2]: Conseiller d’État. [^3]:  Capitaine du port de Naples. [^4]: César Berthier. [^5]: <span></span> Voir n<sup>os</sup> 11581 et 11582. [^6]:  Franceschi. [^7]:  Commissaire ordonnateur. [^8]:  Commissaire ordonnateur. [^9]: <span></span> Colonel du 5<sup>e</sup> léger. [^10]: Voir CG6-11584. [^11]: Joseph demandait s’il pouvait annoncer « que le pavillon napolitain sera respecté par les Turcs ». [^12]: Il est alors à Gênes, mais sera révoqué avant de partir pour Naples. [^13]: <span></span> Voir n<sup>os</sup> 11702, 11732, 11784. [^14]: Mathieu Dumas. [^15]: Reçue à Austerlitz. [^16]:  Alquier, ambassadeur à Naples, s’était replié à Rome à l’ouverture des hostilités en novembre 1805 ; il devait assurer bientôt l’intérim du cardinal Fesch comme chargé d’affaires près le Saint-Siège. David est chargé d’affaires auprès de l’ordre de Malte. [^17]: Corsaire niçois lié à Masséna. [^18]: Le général Gouvion Saint-Cyr a commandé l’armée d’occupation de Naples de 1803 à 1805. Nommé à la tête de l’armée d’invasion en décembre 1805, il a été remplacé par Masséna dès janvier 1806, et de colère est rentré sans ordre à Paris. Napoléon lui a ordonné de retourner incontinent à Naples, et Joseph lui a confié le corps d’armée opérant dans les Pouilles et les Abruzzes. [^19]: Ambassadeur du royaume de Naples à Paris, il a œuvré pour un rapprochement avec la France et signé le traité de neutralité du 21 septembre 1805. Il a été l’un des premiers à se rallier au nouveau régime. [^20]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 10.</body>