CG6-11500.md

identifiantCG6-11500.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/02/18 00:00
titreNapoléon au général Junot, commandant militaire de Parme et de Plaisance
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11500. - </b>Au général Junot, commandant militaire de Parme et de Plaisance</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 18 février 1806</h2><p>Je ne suis point content de votre extrême indulgence. Sans un exemple sévère, les peuples d’Italie seront toujours prêts à se révolter. Vous me parlez toujours de leurs plaintes, mais d’une manière vague, et jamais de qui ni de quoi ils se plaignent. Comment pouvez-vous me dire qu’il n’y a dans l’État de Parme que six coupables, quand plusieurs milliers d’hommes ont été sous les armes pendant deux mois, ont pendant deux mois constamment sonné le tocsin et résisté à mes troupes ? Vos dépêches ne sont pas assez précises. Votre indulgence est mollesse. Faites-moi la chasse à 5 ou 600 brigands qui sont dans ce pays, et envoyez-en plusieurs centaines aux galères. Ne les cajolez point trop.</p><p>Faites-moi connaître la conduite qu’a tenue Moreau de Saint-Méry<sup>[^1]</sup> et les charges qu’il y a contre lui.</p><p>Vous dites qu’il n’y a point eu de blessés, et l’on m’assure qu’il y a eu des gendarmes de tués. Certainement je n’ai point d’inquiétudes pour l’État de Parme ; mais j’en ai pour les suites que cela peut avoir en Italie, si je réprimais aussi mollement une aussi grande et sérieuse rébellion. Je n’adopte point votre distinction. Quand on se révolte contre mes agents, on se révolte contre moi. Vous ne connaissez pas ces gens-ci. Vous me parlez du rétablissement de l’ordre moral comme d’une chose difficile. Que vous faut-il pour réprimer le désordre qui existe ? Les pouvoirs ? Vous les avez. Vous avez un administrateur qui vous est subordonné et qui est capable de faire le bien. L’idée de concentrer tous les pouvoirs dans les mains d’un gouverneur général à Gênes est une idée qui n’est pas bonne. La marche de l’administration est une ; une administration particulière ne peut qu’y apporter du désordre. Cela est bon pour la police seulement, et, dans ce sens, le général Menou<sup>[^2]</sup> à Turin et l’architrésorier<sup>[^3]</sup> à Gênes ont des pouvoirs convenables.</p><p>Voilà plus d’un mois que vous êtes dans le pays, et je n’ai encore reçu de vous aucun mémoire qui me fasse connaître en détail la véritable situation des choses et les dispositions à prendre. Je ne suis pas plus avancé après la lecture de votre correspondance qu’avant.</p><p>Faites arrêter Duplan et Platestanes, et envoyez-moi-les sous bonne et sûre garde à Paris, avec toutes les charges que vous avez contre eux ; mais, avant, soyez bien sûr qu’ils sont coupables. Envoyez-moi les originaux des ordres que l’administrateur général a donnés à l’hôpital de Parme d’acheter les biens que ces messieurs se sont fait adjuger à 4% de perte au-dessous de l’estimation ; mais, prenez garde ; ne vous livrez pas aux hommes qui en veulent toujours à ceux qui, les premiers, nous ont servis.</p><p>Je m’occupe de Parme comme des autres pays. Vous ne m’éclairez pas suffisamment sur ce qu’il y a à faire.</p><p>Toutes les pensions civiles et militaires sont liquidées, ainsi que le travail de M. Bérenger<sup>[^4]</sup>.</p><p>Vous avez, encore une fois, des pleins pouvoirs. Ne laissez que les affaires d’argent dans les mains du préfet ; vous avez des pleins pouvoirs pour tout le reste. Il est inutile de faire des modifications aux lois françaises.</p><p>J’ai ordonné que le directeur de l’enregistrement qui était à Parme<sup>[^5]</sup> partît demain pour s’y rendre. On m’en dit beaucoup de bien. Faites-moi connaître le nom des sous-préfets. J’ai envoyé un commissaire général pour administrer les tribunaux, lequel ne tardera pas à arriver ; c’est un homme capable. Mais ne gâtez pas ce peuple. Je veux qu’il fournisse sa conscription, et qu’il soit tranquille.</p><p>J’ai ordonné qu’on ne laissât à Parme que le 3<sup>e</sup> d’infanterie légère ; ayez soin de ce régiment : disciplinez-le, et tenez-le en bon état.<sup>[^6]</sup></p><p><br/> </p> [^1]: Administrateur général des États de Parme depuis 1802, il avait été révoqué le 28 janvier. [^2]: Commandant les départements au-delà des Alpes. [^3]: Lebrun. [^4]: Directeur de la Caisse d’amortissement. [^5]:  Beauregard. [^6]: Minute, Archives nationales, AF IV 868, février 1806, n° 103.</body>