CG6-11445.md

identifiantCG6-11445.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/02/13 00:00
titreNapoléon au pape Pie VII
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11445. - </b>Au pape Pie VII</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 13 février 1806</h2><p>Très saint Père, j’ai reçu la lettre de Votre Sainteté, du 29 janvier. Je partage toute sa peine ; je conçois qu’elle doit avoir des embarras. Elle peut tout éviter en marchant dans une route droite, et en n’entrant point dans le dédale de la politique et des considérations pour des puissances qui, sous le point de vue de la religion, sont hérétiques et hors de l’Église, et, sous celui de la politique, sont éloignées de ses États, sont incapables de la protéger, et ne peuvent lui faire que du mal<sup>[^1]</sup>.</p><p>Toute l’Italie sera soumise sous ma loi. Je ne toucherai en rien à l’indépendance de l’Église ; je lui ferai même payer les dépenses que lui occasionnera le mouvement de mon armée ; mais nos conditions doivent être que Votre Sainteté aura pour moi, dans le temporel, les mêmes égards que je lui porte pour le spirituel, et qu’elle cessera des ménagements inutiles envers des hérétiques ennemis de l’Église, et des puissances qui ne peuvent lui faire aucun bien.</p><p>Votre Sainteté est souveraine de Rome, ses relations avec moi sont les mêmes que celles de ses prédécesseurs avec Charlemagne<sup>[^2]</sup>; elle est souveraine de Rome mais j’en suis l’Empereur. Mes ennemis doivent être les siens. Il n’est donc pas convenable qu’aucun agent du roi de Sardaigne, aucun Anglais, Russe ni Suédois réside dans ses États, ni qu’aucun bâtiment appartenant à ces puissances entre dans ses ports.</p><p>Comme chef de notre religion, j’aurai toujours pour Votre Sainteté la déférence filiale que je lui ai montrée dans toutes les circonstances ; mais je suis comptable envers Dieu, qui a bien voulu se servir de mon bras pour rétablir cette religion. Et comment puis-je, sans gémir, la voir compromise par les lenteurs de la cour de Rome ?</p><p>On ne finit rien, et pour des intérêts mondains, de vaines prérogatives de la tiare, on laisse périr des âmes, le vrai fondement de la religion.</p><p>Ils en répondront devant Dieu, ceux qui laissent l’Allemagne dans l’anarchie. Ils en répondront devant Dieu ceux qui mettent tant de zèle à protéger des mariages protestants et veulent m’obliger à lier ma famille avec des princes protestants<sup>[^3]</sup>. Ils en répondront devant Dieu, ceux qui retardent l’expédition des bulles de mes évêques et qui laissent mes diocèses à l’anarchie. Il faut six mois pour que les évêques puissent entrer en exercice, quand cela peut être fait en un jour.</p><p>Quant aux affaires de mon royaume d’Italie, j’ai tout fait pour les évêques ; j’ai consolidé les affaires de l’Église ; je n’ai touché en rien au spirituel. Ce que j’ai fait à Milan, je le ferai à Naples, et partout où mon pouvoir s’étendra. Je ne refuse point d’accepter le concours d’hommes doués d’un vrai zèle pour la religion et de m’entendre avec eux ; mais si, à Rome, on passe les journées à ne rien faire et dans une coupable inertie, moi que Dieu a commis, après de si grands bouleversements, pour veiller au maintien de la religion, je ne puis dormir ou rester indifférent à tout ce qui peut nuire au bien et au salut de mes peuples.</p><p>Très saint Père, je sais que Votre Sainteté veut le bien ; mais elle est environnée d’hommes qui ne le veulent pas, qui ont de mauvais principes, et qui, au lieu de travailler dans ces moments critiques à remédier aux maux qui se sont introduits, ne travaillent qu’à les aggraver. Si Votre Sainteté voulait se souvenir de ce que je lui ai dit à Paris, la religion de l’Allemagne serait organisée et non dans le mauvais état où elle est dans ce pays et en Italie ; tout se serait fait de concert avec Elle et convenablement. Mais je ne puis laisser languir un an ce qui peut être fait en quinze jours.</p><p>Ce n’est pas en dormant que j’ai porté si haut l’état du clergé, la publicité du culte et que j’ai réorganisé la religion en France, de telle sorte qu’il n’y a point de pays où elle fasse tant de bien, où elle soit plus respectée et où elle jouisse de plus de considération. Ceux qui parlent à Votre Sainteté un autre langage la trompent, et sont ennemis du Saint-Siège ; car ils s’attireront des malheurs qui finiront par leur être funestes.</p><p>Sur ce, je prie Dieu, Très Saint Père, qu’il vous conserve, longues années au régime du gouvernement de notre mère la Sainte Église.</p><p>Votre dévot fils,<sup>[^4]</sup></p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p><br/> </p><p style="margin-bottom: 0cm; line-height: 100%; "> <br/> </p> [^1]: Comprendre : l’Angleterre et la Russie. [^2]: <span></span> Cette phrase est absente de la <i>Correspondance</i> (n° 9805). [^3]: <span></span> Phrase absente de la <i>Correspondance</i>. [^4]: <span></span><span lang="it-IT"> Expédition, Archivio di Stato di Roma, Miscelanea Famiglie, busta 180, fascicolo 4, n. 3. </span>Extrait [catalogue de vente], Jacques Arnna et Dominique Vincent, <i>Autographes</i>, Drouot, 26 janvier 1967, n° 110.</body>
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