CG6-11416.md

identifiantCG6-11416.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/02/07 00:00
titreNapoléon au général Junot, gouverneur général des états de Parme et Plaisance
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11416. - </b>Au général Junot, gouverneur général des états de Parme et Plaisance</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 7 février 1806</h2><p>Je reçois votre lettre de Parme, du 30 janvier, et celle de Plaisance, du 1<sup>er</sup> février. Je ne suis pas satisfait de l’esprit qui y règne. Je veux que M. Moreau<sup>[^1]</sup> ait mal administré, et vous verrez que je l’ai rappelé et remplacé par un préfet ; mais cela ne justifie point la rébellion. Le rapport du major du 42<sup>e</sup><sup>[^2]</sup><sup> </sup>est d’un homme qui ne connaît pas les Italiens, qui sont faux. Séditieux sous un gouvernement faible, ils ne redoutent et ne respectent qu’un gouvernement fort et vigoureux. Mon intention est que le village qui s’est insurgé pour se rendre à Bobbio soit brûlé, que le prêtre qui est entre les mains de l’évêque à Plaisance soit fusillé, et que trois ou quatre cents des coupables soient envoyés aux galères. Je n’ai pas les mêmes idées que vous de la clémence. Vous ne sauriez être clément qu’en étant sévère, sans quoi ce malheureux pays et le Piémont sont perdus, et il faudra des flots de sang pour assurer la tranquillité de l’Italie. On a connu la rébellion ; il faut qu’on connaisse la vengeance et la punition. </p><p>Je réitère l’ordre au prince Eugène de faire partir le 3<sup>e</sup> régiment d’infanterie légère et le 67<sup>e</sup> de ligne. Faites partir pour Naples le bataillon suisse. Dirigez les dépôts de tous les corps sur Mantoue ; j’ai ordonné au prince de les envoyer à leurs corps. J’ai fait de l’État de Parme un État à part, dans l’indépendance la plus absolue de la 27<sup>e</sup> et de la 28<sup>e</sup> division militaire<sup>[^3]</sup>, et j’ai ordonné qu’un ordonnateur et un payeur vous fussent envoyés. Pour les contributions, ne vous éloignez pas du système établi pour les chefs de ce service qui correspondent avec le Trésor. Vous n’avez rien à faire avec l’architrésorier<sup>[^4]</sup>.<sup>[^5]</sup></p><p>Du reste, je ne partage point votre opinion sur l’innocence des paysans de Parme. Ce sont de grands coquins, qui se sont portés aux plus grands excès ; et je m’étonne qu’un de mes plus anciens soldats trouve que ce soit un médiocre délit que de résister à mes armes, de méconnaître le respect dû à mes drapeaux. Ma volonté est qu’ils soient révérés avec des sentiments religieux. Marchez vous-même dans tous les villages ; soyez toujours à cheval, et apprenez-moi chaque jour ce que vous aurez vu et ce que vous aurez fait. Je ne désapprouverai point les récompenses que vous donnerez, mais que les punitions soient nombreuses et sévères ; n’épargnez personne. Ne croupissez pas dans les villes. </p><p>Ne parlez qu’à moi des abus de l’administration. Tous les abus, les excès de tyrannie même de mes agents, seraient-ils aussi nombreux que ceux de Carrier<sup>[^6]</sup>, sont excusés à mes yeux le jour où les rebelles, comme ceux de Parme, courent aux armes et se font justice eux-mêmes. Croyez à ma vieille expérience des Italiens. Votre conduite, d’ici à un mois, influera beaucoup sur le respect de mes peuples d’Italie pour mon gouvernement. Brûlez un ou deux gros villages ; qu’il n’en reste point de traces. Dites que c’est par mon ordre. Quand on a de grands États, on ne les maintient que par des actes de sévérité. Rien n’absout les habitants des États de Parme. Secondez la gendarmerie et purgez le pays de ces brigands.<sup>[^7]</sup></p> [^1]: Moreau de Saint-Méry, qui administrait Parme depuis 1802, vient d’être révoqué. [^2]:  Penant. [^3]: Turin et Gênes. [^4]: Lebrun, gouverneur de la Ligurie. [^5]: Une phrase biffée par Napoléon : « Votre ordonnateur dépendra de l’armée d’Italie, de manière qu’il sera sous votre &lt;…&gt; Prince Eugène ». [^6]: À Nantes en 1794. [^7]: Minute, Archives nationales, AF IV 868, février 1806, n° 39.</body>