CG6-11415.md

identifiantCG6-11415.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/02/07 00:00
titreNapoléon à Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef de l’armée de Naples
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11415. - </b>À Joseph, lieutenant de l’Empereur, commandant en chef de l’armée de Naples</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 7 février 1806</h2><p>Mon frère, je reçois votre lettre du 28 janvier. J’approuve fort la réponse que vous avez faite au prince royal de Naples<sup>[^1]</sup> : ce sont de mauvaises plaisanteries qu’il faut enfin finir.</p><p>Tous les mandats que vous tirez sur Paris seront exactement payés.</p><p>Je suis surpris du mauvais état de votre artillerie et de la pénurie de vos services. Voilà le résultat de la conduite de généraux qui ne pensent qu’à voler. Tenez-y bien la main. Je ne vous demande qu’une chose : soyez bien le maître.</p><p>Il me tarde d’apprendre que vous êtes à Naples. J’approuve votre retard de quelques jours ; il faut le tenir à tout, et je suis fort de votre opinion qu’il vaut mieux commencer quelques jours plus tard, et aller droit but. Marchez hardiment.</p><p>Tout ce que vous ferez pour améliorer les services de votre armée, jusqu’à votre entrée à Naples, sera dans mon sens. Envoyez-moi l’état des emprunts que vous avez faits et des traites que vous avez tirées, en distinguant ce qui est emprunt particulier de ce qui est traite, afin que je fasse payer les unes par ma caisse et les autres par le Trésor public.</p><p>Vous ne sauriez avoir trop d’officiers d’état-major.</p><p>À votre entrée à Naples, faites une proclamation pour déclarer que vous ne souffrirez qu’aucune contribution particulière soit levée, que l’armée en général sera récompensée, et qu’il n’est point juste que quelques individus s’enrichissent des travaux de tous.</p><p>Je ne vois pas que vous ayez encore choisi des aides de camp d’un mérite sûr. Prenez un officier d’artillerie et un du génie.</p><p>Fox est aux Relations extérieures ; Grenville à l’Intérieur ; Spencer à l’Amirauté ; Addington à l’Échiquier ; Hawkesbury à la Trésorerie ; Windham à la Guerre ; Sheridan receveur. Vous connaissez assez bien l’Angleterre pour pouvoir vous former une idée de ce que cela peut produire.</p><p>Je suis fort content de mes affaires ici. Il m’a fallu beaucoup de peine pour les arranger, et pour faire rendre gorge à une dizaine de fripons, à la tête desquels est Ouvrard et qui ont dupé Barbé-Marbois<sup>[^2]</sup> à peu près comme le cardinal de Rohan l’a été dans l’affaire du Collier, avec cette différence qu’ici il ne s’agissait pas moins que de 90 millions. J’étais bien résolu à les faire fusiller dans ma cour sans procès ; grâce à Dieu, je suis remboursé, cela n’a pas laissé que de me donner de l’humeur. Je vous dis cela pour vous faire voir combien les hommes sont coquins. Vous avez besoin de savoir cela, vous qui êtes à la tête d’une grande Armée et bientôt d’une grande administration. Les malheurs de la France sont toujours venus de ces misérables.</p><p>J’ai ici M. d’Haugwitz ; nous ne sommes pas encore arrangés ensemble<sup>[^3]</sup>. Cette cour de Prusse est bien fausse, et bien bête. Toute mon armée est encore en Allemagne. Si cela est possible, je serais fort aise d’apprendre votre entrée à Naples avant mars, tant parce que c’est l’époque où j’ouvre le Corps législatif que parce que c’est le temps où nos troupes passent l’Inn. Ce sera déjà une vieille affaire. Il n’y a pas de tergiversation, pas d’hésitation à avoir. Les Bourbons ont cessé de régner à Naples. Ce qui est dit dans ma proclamation est immuable.</p><p>Envoyez-moi des états de situation de tout ce qui compose vos corps.</p><p>Schimmelpenninck<sup>[^4]</sup> ne voit plus clair ; il a perdu entièrement la vue.</p><p>Ayez soin dans tout ce que vous direz de Naples de vous souvenir que la maison d’Espagne est la même maison que celle de Naples<sup>[^5]</sup>, et de ne rien dire qui puisse l’offenser. Je prends le plus grand intérêt à votre prospérité, et surtout à votre gloire : c’est dans votre position le premier besoin. Sans elle, la vie ne peut avoir aucune douceur.</p><p>J’avais primitivement envoyé Mathieu Dumas dans la Dalmatie. J’espère qu’il vous aura rejoint<sup>[^6]</sup>. Je ne crois pas du reste qu’il vous soit aussi utile que vous le penser. Il n’a pas l’expérience de la guerre. Cependant, j’apprendrai avec plaisir qu’il vous est arrivé. Le marquis de Gallo<sup>[^7]</sup> partira dans peu de jours pour se rendre près de vous, et le premier vous prêtera serment d’obéissance.</p><p>Votre affectionné frère,<sup> [^8]</sup></p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3><p><br/> </p> [^1]: Il a refusé la négociation proposée par le prince François de Bourbon-Sicile, qui insinuait que son père, le roi Ferdinand IV, aurait pu abdiquer en sa faveur et laisser aux Français plusieurs forteresses en gage. [^2]: Ministre du Trésor. [^3]: Il s’agit de la renégociation demandée par la Prusse du traité signé le 15 décembre 1805. [^4]: Grand Pensionnaire de Hollande. [^5]: Ferdinand IV est le frère puîné du roi d’Espagne Charles IV. [^6]: Voir CG6-11278. [^7]: Précédemment ambassadeur du roi de Naples à Paris. [^8]: Expédition, Archives nationales, 400 AP 10.</body>