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CG6-11288.md| identifiant | CG6-11288.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1806/01/16 00:00 |
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| titre | Napoléon à Louis X, landgrave de Hesse-Darmstadt |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11288. - </b>À Louis X, landgrave de Hesse-Darmstadt</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Munich, 16 janvier 1806</h2><p>Mon
cousin, vous avez prévu avec raison que j’avais beaucoup à me
plaindre de la conduite que vous avez tenue dans ces circonstances<sup>[^1]</sup>.
Vous avez laissé influencer votre politique par la fantaisie des
femmes ; vous êtes sur le point d’éprouver ce qu’ont
éprouvé tous les princes qui se sont laissés mener par elles. Vos
États sont dévorés par deux armées<sup>[^2]</sup>.
Si vous aviez voulu cependant lire l’histoire de votre Maison et
marcher sur les traces de vos ancêtres, vous vous trouveriez non
seulement avec la qualité d’électeur que vous avez paru
ambitionner, mais avec un accroissement de puissance tel que celui
que j’ai fait obtenir aux rois de Bavière et de Wurtemberg et à
l’électeur de Bade.</p><p>En
montant sur le trône de France après l’expulsion de la troisième
dynastie, je m’étais regardé comme solidaire de tous ses
engagements, et je vous en ai donné une preuve bien spéciale dans
les arrangements qui ont suivi la paix de Lunéville. Vous avez donc
un tort peut-être plus grave encore que ceux que peut vous reprocher
la politique, celui d’avoir manqué à la reconnaissance. Ceux de
vos sujets connus par leur attachement au vrai système de votre
Maison, c’est-à-dire à son union avec moi, vous les avez
éloignés ; et aujourd’hui vos affaires sont conduites par un
Hollandais<sup>[^3]</sup>,
qui dirige tout chez vous par l’influence qu’il s’est acquise
sur la landgrave.</p><p>Au
milieu de tous ces torts graves et réels, ne croyez pas, mon cousin,
que je ne sache pas distinguer ce qui vous est propre de ce qui est
l’effet d’une influence dont vous n’avez pas su vous défendre.
Le sang de vos ancêtres, qui coule dans vos veines, vous a toujours
maintenu intérieurement, malgré toutes les intrigues qui vous
entourent, ami de la France. J’aime donc à m’arrêter à cette
idée, et je n’ai pu me défendre de quelque satisfaction de tout
ce que m’a dit de votre part votre adjudant Moranville. Rappelez
vos bons serviteurs<sup>[^4]</sup>,
chassez surtout ce misérable Hollandais, et replacez-vous, d’une
manière simple et nette, dans votre vraie situation politique ;
et vous me trouverez encore disposé à oublier le passé et à être
pour vous ce qu’ont toujours été les souverains de la France<sup>[^5]</sup>.<sup>[^6]</sup></p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3>
[^1]: Le landgrave n’avait pas osé sortir de sa neutralité, à la différence des autres protégés de la France, Bade, Bavière et Wurtemberg. Son épouse le conjurait de ne pas entrer en guerre contre le chef de l’Empire germanique. D’autre part, une partie de ses États se trouvait dans l’ancienne zone de neutralité garantie par la Prusse, et plusieurs détachements prussiens les traversèrent en un moment où l’attitude du cabinet de Berlin semblait plus que douteuse à l’égard de la France.
[^2]: Française et prussienne.
[^3]: Van Oyen.
[^4]: Et notamment Barkhaus.
[^5]: Il existe en copie au Hessisches Staatsarchiv (Darmstadt) (D 4 625/1) une lettre non datée qui reprend en des termes différents les idées exposées dans cette lettre sans que nous ayons la certitude de son authenticité : « Votre aide de camp, M. de Moranville m’a remis la lettre que vous m’avez adressée en date du [...]. Si dans la circonstance qui a eu lieu vous eussiez reporté votre attention vers l’histoire de vos ancêtres, elle vous eût tracé la conduite que vous deviez tenir à l’égard de la France. Si enfin vous eussiez suivi les conseils que je vous avais donnés, il n’y a que peu de semaines. Vous ne seriez pas réduit à l’extrémité où vous vous trouvez aujourd’hui. Cependant je suis loin de vous attribuer personnellement les torts que vous avez eus sachant bien que vos affaires sont conduites par un certain Hollandais, qui vous dirige vous-même par l’influence qu’il exerce sur votre femme. Remettez-vous donc d’une manière franche et nette dans votre vraie position politique, c’est-à-dire dans des rapports d’une parfaite intimité avec la France, chassez ce misérable Hollandais et vous me verrez toujours disposé à oublier le passé et vous prouver que je ne cesserai pas d’être Votre bon cousin. Napoléon. »
[^6]: Expédition, Hessisches Staatsarchiv (Darmstadt), D 12 35/19.</body> |
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