CG6-11268.md

identifiantCG6-11268.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1806/01/07 00:00
titreNapoléon au pape Pie VII
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG6</i> - 11268. - </b>Au pape Pie VII</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Munich, 7 janvier 1806</h2><p>Très Saint Père, je reçois une lettre de Votre Sainteté, sous la date du 13 novembre. Je n’ai pu qu’être vivement affecté de ce que, quand toutes les puissances à la solde de l’Angleterre s’étaient coalisées pour me faire une guerre injuste, Votre Sainteté ait prêté l’oreille aux mauvais conseils et se soit portée à m’écrire une lettre si peu ménagée<sup>[^1]</sup>. Elle est parfaitement maîtresse de garder mon ministre à Rome<sup>[^2]</sup> ou de le renvoyer. L’occupation d’Ancône est une suite immédiate et nécessaire de la mauvaise organisation de l’état militaire du Saint-Siège. Votre Sainteté avait intérêt à voir cette forteresse plutôt dans mes mains que dans celles des Russes, des Anglais ou des Turcs. </p><p>Votre Sainteté se plaint que, depuis son retour de Paris, elle n’a eu que des sujets de peine ; la raison en est que, depuis lors, ceux qui craignaient mon pouvoir et me témoignaient de l’amitié ont changé de sentiments, s’y croyant autorisés par la force de la coalition, et que, depuis le retour de Votre Sainteté à Rome, je n’ai éprouvé que des refus de sa part sur tous les objets, même sur ceux qui étaient d’un intérêt de premier ordre pour la religion, comme, par exemple, lorsqu’il s’agissait d’empêcher le protestantisme d’élever la tête en France. Je me suis considéré comme le protecteur du Saint-Siège, et, à ce titre, j’ai occupé Ancône. Je me suis considéré, ainsi que mes prédécesseurs de la seconde et de la troisième race, comme le fils aîné de l’Église, comme ayant seul l’épée pour la protéger et la mettre à l’abri d’être souillée par les Grecs<sup>[^3]</sup> et les Musulmans. </p><p>Je protégerai constamment le Saint-Siège, malgré les fausses démarches, l’ingratitude et les mauvaises dispositions des hommes qui se sont démasqués pendant ces trois mois. Ils me croyaient perdu : Dieu a fait éclater, par le succès dont il a favorisé mes armes, la protection qu’il a accordée à ma cause. Je serai l’ami de Votre Sainteté toutes les fois qu’elle ne consultera que son cœur et les vrais amis de la religion. Je le répète, si Votre Sainteté veut renvoyer mon ministre, elle est libre de le faire ; elle est libre d’accueillir de préférence et les Russes et le calife de Constantinople ; mais, ne voulant pas exposer le cardinal Fesch<sup>[^4]</sup> à ces avanies, je le ferai remplacer par un séculier. Aussi bien la haine que lui porte le cardinal Consalvi<sup>[^5]</sup> est telle, qu’il n’a constamment éprouvé que des refus, tandis que les préférences étaient pour les Anglais et les Russes. Dieu est juge qui a le plus fait pour la religion, de tous les princes qui règnent.</p><p>Sur ce, je prie Dieu, Très saint Père, qu’il vous conserve longues années au régime et gouvernement de notre mère la sainte Église.</p><p>Votre dévot fils, l’Empereur des Français, Roi d’Italie,<sup>[^6]</sup></p><h3 class="style-titre-4-western" data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Napoléon</h3> [^1]: Napoléon avait vu dans la protestation du pape au lendemain de Trafalgar un véritable coup de poignard dans le dos. Cet échange ouvrait une querelle qui n’allait plus cesser de s’envenimer. [^2]: Fesch. [^3]: Les orthodoxes. [^4]: Ministre de France auprès du Saint-siège. [^5]: Secrétaire d’État. [^6]: Expédition, Archivio di Stato di Macerata, Priorale di Macerata, cartecei di grandi n° 29.</body>
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