CG1-0096.md

identifiantCG1-0096.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1793/10/16 00:00
titreNapoléon aux Représentants du peuple
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 96. - </b>Aux Représentants du peuple[^1]</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Marseille, 25 vendémiaire an II [16 octobre 1793]</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Représentants, j’ai trouvé dans l’arsenal de Marseille le plus grand désordre ; j’ai, autant qu’il a été possible, remis en train les différents ateliers ; mais vous sentez que cela ne peut pas être l’opération d’une demi-journée, et les opérations militaires me rappellent au camp.</p><p style="margin-top: 0cm">Je laisse le commandement de l’arsenal au citoyen Perrier, capitaine d’artillerie. Mais, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire hier, il est peu d’officier aujourd’hui dans l’artillerie dans le cas de former un équipage de siège. Le citoyen Gassendi pouvait seul, avec votre assistance et celle des sans-culottes de Marseille, soutirer de cette ville tous les matériaux qui nous sont nécessaires. Il vous eût indiqué les choses qui étaient nécessaires, l’endroit où elles se trouvaient, et vous les eussiez fait fournir en les payant aux propriétaires. Presque seul pour diriger l’attaque de Toulon, il est difficile que je puisse m’absenter un seul instant. Cependant, s’il n’y a pas moyen de faire revenir le citoyen Gassendi[^2], il faudra bien que je me partage entre l’armée et l’arsenal.</p><p style="margin-top: 0cm">L’arsenal de Marseille est dans un état d’inactivité tel qu’il ne peut pas même fournir aux réparations et aux objets nécessaires au mince équipage provisionnel que nous avons actuellement. Jugez de son insuffisance pour l’équipage complet.</p><p style="margin-top: 0cm">Je joins la note de plusieurs objets qu’il me serait indispensable d’avoir dans la journée. La municipalité seule peut nous les procurer en les mettant en réquisition chez les particuliers et les artisans.</p><p style="margin-top: 0cm">Désormais, il faut partir du principe qu’en payant, tout est à la République, et du moment que nous en agirons en conséquence, Marseille nous offrira des ressources immenses.</p><p style="margin-top: 0cm">Les gardes-magasins et les agents de l’artillerie à Marseille, par faiblesse ou par ignorance de leur état, obéissant aux différentes réquisitions des agents militaires ou des autorités civiles ordinaires. De là, naissaient la confusion et le gaspillage. Je leur ai réitéré la défense que fait la loi, de ne rien livrer de leurs magasins sans mon ordre ou, pour les affaires d’urgences, sans celui du commandant que je leur laisse à Marseille.</p><p style="margin-top: 0cm">Tous les objets relatifs aux armes, aux approvisionnements militaires de l’armée regardent l’artillerie. Toutes les fois que les généraux voudront entre eux s’en faire l’envoi et s’en mêler d’aucune manière, j’en instruirai le ministre et vous, afin de m’en ôter la responsabilité. L’on est aussi coupable lorsqu’on laisse faire des bévues que de les faire. Je vous prie, représentants, de tenir la main à ce qu’aucune arme ne sorte de ses fonctions. L’on ne peut pas savoir faire ce que l’on n’a pas appris et ce que l’on n’a jamais fait : l’on entreprend cependant de le faire, et de là naît la confusion et le gaspillage.</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai encore à vous parler d’un objet intéressant. C’est celui des chevaux.</p><p style="margin-top: 0cm">Les chevaux, pour le service de l’artillerie, ne sont pas employés seulement au transport des objets qui nous sont nécessaires, mais sont toujours obligés d’aller au feu, soit dans l’approvisionnement des batteries, soit dans le transport des pièces, soit dans l’attelage des équipages de campagne. De là naît la nécessité absolue d’avoir les meilleurs chevaux et mulets. L’on doit nous donner le choix sur toutes les réquisitions des vivres et autres transports militaires.</p><p style="margin-top: 0cm">Une fois que les chevaux sont attachés à l’artillerie, personne n’a plus le droit d’en disposer, et ce serait se former une fausse idée que de croire que l’on pût dans des besoins prendre nos chevaux pour une autre partie, sauf à les remplacer par d’autres chevaux. Les nôtres seuls peuvent nous servir, parce qu’il faut une éducation pour accoutumer les chevaux et plus encore les charretiers au feu. En général, les charretiers sont très poltrons. Nous sommes obligés de les traiter avec une grande sévérité. Sur vingt expéditions manquées, dix le sont par la faute des retards des caissons ou des pièces. L’on peut rester vingt-quatre, s’il le faut même, trente six heures sans manger ; mais l’on ne peut rester trois minutes sans poudre, et des canons, arrivant trois minutes plus tard, n’arrivent plus à temps. Cette grande précision qui nous oblige à une grande sévérité, n’est pas propre à nous faire aimer des charretiers. Tous ne demandent pas mieux que de nous quitter, et s’ils le peuvent, passer de l’artillerie dans les vivres.</p><p style="margin-top: 0cm">Je vous prie donc, Représentants, de défendre aux directeurs des subsistances militaires et autres transports de jamais recevoir dans leurs attelages des chevaux d’artillerie sous les plus grandes peines. J’aimerais mieux que l’on me débauchât des canonniers que des charretiers d’artillerie. Vous savez que la loi condamne à mort tous ceux qui débauchent nos soldats du camp ou empêchent par leurs instigations le recrutement ; et le vrai attelage militaire, c’est celui de l’artillerie.[^3]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Le commandant de l’artillerie de l’armée du Midi</h3><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Buonaparte</h3><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p> [^1]: Saliceti, Albitte, Escudier et Gasparin. [^2]: Suspecté de sentiments contre-révolutionnaires, Gassendi a été écarté. [^3]: <span></span>Arthur Chuquet, <i>La jeunesse de Napoléon</i>, Armand Colin, 1899, t. 3 Toulon, pp. 315-316.</body>