CG1-0095.md

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titreNapoléon à Chauvet, commissaire ordonnateur
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 95. - </b>À Chauvet[^1], commissaire ordonnateur</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">[Ollioules] [mi-octobre 1793][^2]</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Il y a deux attelages bien distincts dans le service de l’armée ; celui des vivres et celui de l’artillerie. Ces attelages, étant confiés à des directeurs différents, n’ont rien de commun entre eux, et ne peuvent jamais former sujet à une sérieuse discussion. </p><p style="margin-top: 0cm">Mais il est un troisième attelage qui, étant mi-parti, est dans ce moment-ci le sujet d’une discussion, et, de la part des directeurs, un sujet de calculs erronés. </p><p style="margin-top: 0cm">L’attelage des transports militaires voiture des blés et des poudres, des farines et des bombes. </p><p style="margin-top: 0cm">Les convois chargés de farine et de blé, voiturés par les transports militaires, sont sous la direction et doivent entrer dans les calculs des préposés aux vivres; c’est-à-dire qu’un convoi, venant d’Avignon chargé de blé, peut changer de direction en route à la simple réquisition du régisseur des vivres. Si donc l’artillerie calculait sur ses voitures pour les employer au moment du déchargement, tel que le porterait la lettre de voiture, l’artillerie aurait tort et ne pourrait point se plaindre des régisseurs des vivres qui auraient disposé de ces voitures de toute autre manière. Cela me paraît si évident, si clair que l’entêtement seul le moins pardonnable peut vouloir s’y refuser. </p><p style="margin-top: 0cm">Pourquoi donc les régisseurs des vivres calculent-ils sur la partie de l’attelage du transport militaire occupée momentanément au service de l’artillerie? Et pourquoi, avant que des voitures n’aient même déchargé leurs bombes et la poudre, les directeurs des vivres sont-ils assez simples pour me faire des réquisitions de mettre à leur disposition, sous peine de responsabilité, des voitures chargées à Avignon par les transports militaires pour le compte de l’artillerie? Pensent-ils donc que, s’ils requéraient l’attelage de l’artillerie, je sois obligé de pourvoir à leur défaut de prévoyance et de faire souffrir la partie de l’artillerie dont je suis chargé ?</p><p style="margin-top: 0cm">Ils requièrent des voitures attachées aux transports militaires et occupées pour le voyage au service de l’artillerie, et, si je n’y acquiesce pas, ils veulent m’en rendre responsable !</p><p style="margin-top: 0cm">N’aurais-je pas le même droit de requérir la portion de l’attelage des transports militaires attachée momentanément au service des vivres, et en cas qu’il n’obtempère pas à ma demande, de le rendre responsable des entraves qu’éprouverait le service de l’artillerie? </p><p style="margin-top: 0cm">Je sais le nombre de voitures dont j’ai besoin pour une expédition quelconque. Je connais les voitures existantes au parc. Je sais par ma correspondance avec le directeur des transports militaires et les officiers chargés des différents dépôts le nombre de voitures qui doit m’arriver par jour, chargées de bombes, d’échelles ou de poudre. De ces deux résultats, je calcule le nombre de voitures que j’aurai d’existantes à tel jour sans que personne puisse s’en plaindre ; les seuls transports militaires peuvent se trouver dans le cas de ralentir les convois destinés à l’artillerie, vu que la partie aliquote de l’attelage des transports militaires destinée à l’artillerie se trouverait retenue. </p><p style="margin-top: 0cm">Si l’on me nie la vérité de ces calculs, et si les vivres croient devoir calculer sur des voitures employées au service de l’artillerie sans savoir seulement le jour, l’endroit où elles seront congédiées, vous m’avouerez que l’approvisionnement des armées n’est plus qu’un hasard, [et] la combinaison des convois et des expéditions, impossible. </p><p style="margin-top: 0cm">Vous avez trop d’analyse pour ne pas éclairer sur ces différents objets les régisseurs des vivres, afin qu’ils soient un peu plus circonspects à hasarder des réquisitions qui sont toujours sérieuses, lorsqu’elles tiennent de si près à la chose publique, mais qui par leur multiplicité et leur absurdité évidente font perdre le crédit pour des réquisitions plus fondées. </p><p style="margin-top: 0cm">Je vous ai dû cette longue explication, malgré les fatigues du moment, parce qu’il ne faut pas à des maux réels joindre des imaginaires et qu’il ne faut point qu’un homme juste permette que dans des matières aussi sérieuses il y ait la moindre équivoque et que l’on veuille se jeter la balle réciproquement, et jeter son défaut de calcul, son imprévoyance sur un autre.[^3]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p> [^1]: Félix Joseph Antoine Chauvet(1769-1796), commissaire des guerres à Valence (1793) attaché à l'armée contre les rebelles de la Lozère et enfin à l'armée de Carteaux devant Toulon, commissaire ordonnateur de l’armée d’Italie (1796), il meurt au début de la campagne (le 5 avril 1796) [^2]: Cette lettre est sans date. Voir ci-dessus, n° 93, note 1. [^3]: <span></span>Arthur Chuquet,<i>La jeunesse de Napoléon</i>, Armand Colin, 1899, t. III, p. 316.</body>