CS_Hinard_49.md

identifiantCS_Hinard_49.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1807/01/28 00:00
titreSous-lieutenant François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 49 - </b> François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> [Varsovie, 25-28 janvier 1807][^1]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Dans une de tes lettres tu m’engages à avancer douze francs au Vée[^2] et que son père te les rendra ; je suis fâché, chère amie, que la circonstance me prive de pouvoir t’en donner plus, mais il n’y a point d’argent en caisse que pour la nourriture du soldat, qui est obligé de faire ordinaire ici, et on ne paye point. Tout ce qui m’était dû de chez le colonel[^3] avec ma masse qui de compagnie m’a seulement été payé et ce qui m’a servi pour m’acheter des bottes, une épée, des épaulettes, un hausse-col dragonnes etc., car on ne donne rien. Et je me trouve n’avoir que 4 ans de service et par conséquent je n’ai pas droit à la gratification de 500 francs que tout officier touche lorsqu’il a 5 ans de service révolu dans le même corps. Il est possible et on nous fait espérer que nous aurons peut-être la gratification de campagne qu’ont eu les officiers à leur entrée en campagne et qui est de 100 écus[^4], alors tu aurais part ma bonne amie. J’ai bien encore une cinquantaine de francs, mais à peine me suffiront-ils pour vivre pendant le reste du mois, car nous sommes obligés de nous nourrir, et il en coûte pour une soupe et le bouilli et une bouteille de bière un thaler qui vaut 3 F. 15 sols, ainsi juge ; mais ce n’est qu’une avance que nous faisons parce que l’empereur a arrêté que l’officier ni le soldat ne vivraient pas chez l’habitant, mais que l’officier toucherait à la fin de chaque mois 100 francs pour sa table, ce qui le mettrait à même de ne rien exiger dans les logements, et par là ménager les ressources du pays. Ainsi compte qu’à la fin du mois je donnerai à Levée 18 à 20 francs et son père t’en tiendra compte, je le ferai signer sur ma lettre comme il les aura reçus. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je t’engage à m’écrire souvent, et comme je vais suivre l’armée je serai à même de t’écrire, n’ayant aucune occupation qui me détourne de ce doux passe-temps. Crois-moi je te prie aussi sincère que je te le dis bien, d’ailleurs tu dois voir que si j’avais quelque chose et que j’en fis mauvais usage, je n’aurais pas attiré l’attention de mes chefs comme je l’ai fait. À mon arrivée à Varsovie j’ai trouvé Levée cassé des grenadiers, il a fui ma présence jusqu’au moment où nous avons marché le régiment ensemble, et qu’il est venu me prier de m’intéresser pour lui pour le faire passer caporal, me faisant mille protestations, et ce que le colonel m’a accordé à ma prière. Je t’embrasse tendrement, à la fin du mois.</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon adresse : M. Hinard, officier au 40<sup>e</sup> régiment de ligne, 1<sup>er</sup> bataillon, 6<sup>e</sup> compagnie, division du général Suchet, 5<sup>e</sup> corps d'armée à Varsovie en Pologne ou à la suite.[^5]</p> [^1]: Cette lettre est non datée. Le 28 janvier, le 5<sup>e</sup> corps commandé par Lannes (malade, il passe le commandement quelques jours plus à tard à Suchet puis Savary) entre en campagne et quitte ses cantonnements. Cette lettre est la dernière conservée avant la mort de maladie du sous-lieutenant Hinard le 11 février 1807. [^2]: Pierre Levée (1783), conscrit de l'an X, il ne sera caporal qu'en 1808. Il est mis à la retraite en 1810 (SHD/GR, 21YC 350). [^3]: Thomas Jean Chassereaux (1763-1840) colonel du 40<sup>e</sup> de ligne à compter du 16 mai 1806. [^4]: Soit 500 francs. [^5]: Collection Martin Jaillet.</body>