CS_Hinard_47.md

identifiantCS_Hinard_47.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1806/09/30 00:00
titreSergent François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 47 - </b>Sergent François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Rothenbourg[^1], le 30 septembre 1806 au soir </h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Rosalie, il serait plus doux à mon cœur de fêter réellement l'anniversaire de la naissance de celle que j'aime. Mais quoiqu'éloigné, tu n'es pas moins présente à ma pensée et toutes les époques mémorables ne s’oublieront jamais chez moi en te consacrant les derniers moments de cette journée. Je me mets au lit avec le désir d'enfanter les plus doux songes qui nous réunissent de pensée..</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis fâché que tu aies voulu m'éveiller à cet égard, en me prévenant de l'envie que tu avais que je t'envoyasse de mes cheveux, si tu eus su que je les couperais : peu de jours auparavant, on avait adopté une mode dans le régiment qui ne laissait que trois pouces de cheveux pour ne pas abîmer les collets. Je m'y étais conformé, et au moment où le colonel me permit de les couper, et que je vis que ça lui ferait plaisir, ils n’étaient plus propres à rien, étant trop courts. Mes souhaits ne se réalisent pas vite ; notre rentrée en France ne paraît pas encore certaine, et pourtant, chaque jour les journaux de France et d'Allemagne en parlent, puis parlent de la guerre[^2].</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chaque jour, j'obtiens plus de confiance et d'attachement de mon chef. C'est ces jours qu'il doit m'assigner un traitement ; l'officier payeur m'en parla hier, et il lui en avait dit quelque chose. Je t'en ferai part aussitôt.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Nos enfants augmentent de jour en jour, me dis-tu, en douceur et en agréments. C'est à tes soins, ma bonne amie, que je dois tant d'avantages ; crois que je ferai en sorte de mériter, dans l'état que je suis, de quoi te payer de tant de bontés. Nos mères, m’as-tu dit, ne m’oublient pas, et la mienne cherche à nous conserver ce qui peut nous revenir. Qu’elle soit sûre de mon entier souvenir et qu’elles croient à mon attachement.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Passelais t’a plaisantée ; tu peux être sûre de mon amitié, tout doit, dans le poste que j’occupe, me donner à penser et ne rien faire qui pourrait m’en éloigner. Tu me parles de la musique bourgeoise qui reprend de nouveau et qui va porter l’aigle au pan des habits. Tout cela est fort beau, mais quand on le porte à si peu de frais, il n’a pas grand mérite : c’est en Moravie qu’o[n le] gagne, et pas encore tout le monde.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La situation de ces pays devient de plus en plus affligeante : nos derniers cantonnements sont infiniment meilleurs et je puis dire être à la table des dieux. Je n’ai pas encore reçu de réponse à ma dernière de Carron ; j’en attends sous peu de jours et des nouvelles de Paris, car on annonce que l’Empereur doit former un camp près de la capitale de cent cinquante mille hommes. J’aime à croire que nous en ferions partie, et que ce serait pour les fêtes qui doivent avoir lieu.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle époux,</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’attends, chère Rosalie, au plus tôt de tes nouvelles, et ne manque pas de m’écrire souvent. Embrasse nos mères, frères et sœurs et nos enfants, ainsi que Passelais et son épouse et leur petit Jules, et reçois mille et millions de baisers de ton fidèle et sincère époux,</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard, sergent</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon adresse : M. Hinard secrétaire de M. le colonel[^3] du 40<sup>e</sup> régiment, division du général Suchet, 5<sup>e</sup> corps d’armée, à Rothenbourg en Franconie.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Si par ma dernière je ne t’ai pas fait connaître combien j’avais ressenti de peine de la perte de notre cher Passelais, c’est, ma bonne amie, que je ne voulais pas rouvrir vos plaies ou entretenir la douleur par des mots qui ne tendent qu’à en faire d’autres. D’ailleurs tu dois savoir combien je l’estimais, nous étions liés d’amitié ensemble, et que je n’ai pas appris la chose sans un intérêt particulier. [^4]</p> [^1]: Rothenbürg ob der Tauber, dans l’arrondissement d’Ansbach, à 55 km au nord de Wassertründingen.. [^2]: Cette incertitude sur la tenue de la guerre, aussi bien dans l’esprit des soldats que dans les correspondances de Napoléon en septembre 1806, débouche progressivement sur la formation de la 4<sup>e</sup> coalition le 1<sup>er</sup> octobre, au lendemain de la présente lettre. À cette occasion, une nouvelle fois, le Royaume-Uni, l’Empire russe, les royaumes de Suède et de Prusse s’allient. Pour la Prusse, le prétexte de la guerre est multiple : le refus de la création de la Confédération du Rhin – un ensemble d’États satellites de l’ancien Saint-Empire romain germanique – par Napoléon en juillet 1806, mais aussi plus généralement l’extension de la puissance française menaçant ses frontières. Le 9 août, le roi de Prusse, Frédéric-Guillaume III, mobilise ses troupes. Le 25 septembre, après avoir regroupé ses armées sur le Rhin, Napoléon part pour la Prusse. La première confrontation d’importance entre les troupes françaises et prussiennes a lieu à Saalfeld le 10 octobre. Hinard l’évoque dans la lettre n° 48. [^3]: Thomas Jean Chassereaux (1763-1840). [^4]: Collection Martin Jaillet.</body>