| identifiant | CS_Hinard_46.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1806/09/27 00:00 |
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| titre | Sergent François Hinard à son épouse Rosalie Passelais |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 46 - </b> Sergent François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Rothenbourg, le 27 septembre 1806</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma bonne amie, ma dernière est loin de t'avoir plu par les reproches que je te faisais et auxquels tu avais donné lieu lorsque tu ne devais pas t'occuper d'affaires qui ne nous regardent pas et que je te confiais à toi seule, puisque mon unique plaisir est de te faire connaître mes plus petites actions. Mais comme ces choses ne nous intéressent nullement, nos cœurs sont dans le même état. Levée est revenu me prier de vouloir bien écrire pour lui à son père et lui parler avantageusement à son égard, et ce par rapport à l'argent qu'il lui demande. Je l'ai fait d'une manière non équivoque : peut-être as-tu vu ma lettre. Je t'en ai dit assez sur ce point, occupons-nous de ce qui peut nous intéresser.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Dans une de mes lettres, je te disais que le Rhin était difficile à repasser : ce n'est que trop vrai ! Et tout nous assure que nous ne le repasserons pas sitôt. Le traité conclu entre la France et la Russie n'a point été ratifié par l'Empereur Alexandre ; c'est de cet arrangement que dépendait la paix de l'Europe. Mais de nouveaux changements dans le Ministère en Russie et de nouvelles coalitions avec l'Angleterre sont cause de la reprise des hostilités. Les préparatifs de guerre que fait la Prusse, le mouvement de ses armées sur la frontière, le séjour des Russes dans la Pologne russienne ont donné lieu à de nouveaux préparatifs de guerre par les Français. On dispose tout pour notre entrée en campagne et tous les corps d'armée font un mouvement pour se porter sur la frontière de Prusse, le nôtre a commencé à s'ébranler voilà deux jours et nous devons suivre le mouvement dans peu de jours. Notre 3<sup>e</sup> compagnie de grenadiers est partie de hier à 18 lieues en avant pour faire partie d'un bataillon d'élite qui doit former l'avant-garde de notre division. On nous a fait faire de nouveau des marmites, gamelles, grands bidons, petits bidons, haches, etc. et de petits sacs de toile pour porter de la farine ou du riz, et au moment de notre départ chaque soldat doit être muni de 4 livres de pain et 2 livres de viande cuite : preuves que nous allons dans un pays où on espère qu'on aura de la difficulté à se procurer des vivres.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère Rosalie, quel sort funeste, quel barbare destin m'éloigne de toi, il me fait acheter cher le bonheur de te revoir ! Si Dieu daigne prendre garde à moi, les plus grandes fatigues, les plus grandes misères et les plus grands dangers n'auront pour ton Hinard aucun sujet de plainte. Courageux comme je suis, je veux mériter de nouvelles considérations et récompenses pour un jour nous être utiles.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je t'engage à m'écrire de suite et à le faire suivamment, la […] toujours plus à même que moi, mais tu peux être sûre qu'en toute […], je ne négligerai rien pour te donner de mes nouvelles, ne te mettrais-je […] une feuille de papier que je me porte bien. Ce sont les circonstances qui me font t'écrire : elles sont claire[ment ?] […] guerre, l'Empereur est parti de Paris et toute sa garde, le camp que […] doit être en route, et toutes les troupes repassent le Rhin.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J'ai vingt-un francs par mois chez le colonel et ma paye, ce qu'il m'avait fait avancer pour m'habiller compte pour les mois de juillet et août. On attend de l'argent et des ordres pour payer l'armée avant de se mettre en campagne : aussitôt je te ferai passer quelque chose, car sois sûre qu'on ne touche rien et qu'on emploie l'argent du soldat à cinquante choses qui ne sont que pur éloignement de lui donner de l'argent.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis surpris de ton long silence depuis le premier jour d'août, je n'ai point reçu aucunement de tes nouvelles. Tâchons malgré notre éloignement de n'avoir aucun sujet de reproches, nous sommes assez malheureux, et au moment de mon entrée en campagne tâche de me dédommager par tes lettres.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Embrasse nos mères pour moi, ainsi que nos chers enfants à qui je ne cesse de penser, et crois mon cœur pur et digne de Rosalie. Je t'embrasse mille fois avec tendresse, mes larmes ne démentent point mon cœur qui ne s'afflige que trop du malheur qui m'éloigne de toi. Chère et tendre épouse, si mes jours durent assez pour t'appeler de ce nom, confère-moi une place dans ton cœur au-delà même du tombeau.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je t'embrasse de tout mon cœur avec le plus vif désir de pouvoir le faire réellement.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton époux,</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard, secretaire du colonel </h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon adresse : Hinard sergent, secrétaire de M. le colonel du 40<sup>e</sup> régiment de ligne ; 5<sup>e</sup> corps d'armée, commandé par M. le Maréchal Lefèbvre[^1], division Suchet, ou à la suite de l'armée. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Bien des choses à nos frères et sœurs, cousins et cousines. Réponse de suite.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> <i>P.S. </i> ma lettre est écrite de Rothenbürg. Je ne l'avais pas encore pliée que nous avons reçu l'ordre de partir le lendemain de grand matin. Nous avons passé le fleuve du Main et sommes entrés sur le territoire du prince Ferdinand, et sommes arrivés hier 30 septembre au bivouac devant Schweinfürt où une partie de l'armée se réunit. Déjà notre avant-garde est entrée en Prusse et les troupes marchent toujours en avant. Quel changement ! Du repos que nous goûtions, nous avons passé dans les tracas de la guerre. Nous avons éprouvé la nuit la plus dure : la pluie n'a point cessé de tomber et nous n'avions aucun abri, étant au milieu d'une plaine éloignée de bois. Les vignes nous ont servi à nous sécher, la pluie continue encore aujourd’hui : nous sommes avec la boue jusqu'à demi jambe. Nous n'avons que jusqu'au 6 d'octobre à rester au bivouaque auparavant que de marcher sur l'ennemi si les arrangements ne se terminent pas dans ce délai. Mais il n'y a malheureusement pas d'apparence, c'est donc le 6 que commenceront les hostilités.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis à la garde du caisson du colonel[^2], ce qui me donne espoir d'être éloigné du champ de bataille, mais les fatigues, les dangers ne me sont pas moins communs. Je t'invite chère amie à me dédommager comme je te l'ai déjà dit par tes lettres à l'infini ; crois au sincère désir de celui qui cherche toujours les moyens de vous conserver des jours en cherchant les moyens de me rendre attaché à mes chefs et obtenir quelques récompenses. Si Dieu me prive de ce bonheur, emporte mes regrets, j'emporte les tiens. Adieu chère et tendre amie. Je t'embrasse mille et millions de fois et crois-moi jusqu'au dernier soupir ton époux tendrement attaché.</p>
<h4 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h4><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je viens de recevoir ta lettre dernière. Même adresse, mais à la suite [de] l'a[rmée].[^3]</p>
[^1]: François-Joseph Lefebvre (1755-1820), maréchal d’Empire.
[^2]: Thomas Jean Chassereaux (1763-1840) major du 32<sup>e</sup> de ligne (1803), qui a pris le commandement du 40<sup>e</sup> de ligne le 16 mai 1806.
[^3]: Collection Martin Jaillet.</body> |
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