| identifiant | CS_Hinard_45.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1806/08/05 00:00 |
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| titre | Sergent François Hinard à son épouse Rosalie Passelais |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 45 - </b> Sergent François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Rothenbourg, le [après le 5] août 1806[^1]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère Rosalie, j'ai reçu ton avant dernière lettre voilà [ ][^2] jours, qui m'a bien satisfait d'apprendre que tu jouissais d'une parfaite santé, ainsi que nos enfants et nos mères. Elle fut pour moi une bien grande consolation, puisque ce n'était que le seul bonheur que je pusse goûter loin de toi et dans l'instant où tout annonçait la reprise des hostilités. Aujourd’hui, tout annonce le contraire puisque nous avons déjà la paix avec une puissance qui seule pouvait être cause de bien des maux et de notre long séjour dans ce pays. Si l'on en croit les gazettes allemandes, les préliminaires de paix avec l'Angleterre sont signés ; il ne resterait donc que la Prusse que nous tenons en respect et à laquelle on demande une rançon très conséquente. Mais lorsqu'il n'y aura plus qu'elle, nous serons bientôt arrivés à notre but. Tout ceci à remis un peu le calme dans mon esprit car mon désir de retourner près de toi n'est pas peu grand et égale le tien.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ta dernière que j'ai reçue le 5 m'a détourné de l'erreur dans laquelle j'étais la veille et est venue me convaincre, de plus en plus, de ton souvenir et de ton amitié sincère. Nos chers enfants y ont ajouté, comme tu me le dis, le témoignage que leur faible âge et leur innocence peut permettre : je les ai baisées, ces fleurs, avec autant de désir que m'aurait donné la réalité. Cet espoir n'est pas perdu et une fois à Paris, je ferai tout ce qui dépendra de moi pour l'obtenir. Je désire aussi rentrer en France pour être payé, car le mois et [demi] qui devait être payé à l'armée ne l'a point été jusqu'à ce moment, ce qui donne un espoir de rentrer en France, l'intention du gouvernement étant de ne laisser le moins que possible aucun argent dans ce pays. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Sois donc, à l'avenir, chère amie, moins prête à m'accuser de négligence ; je sais que ce n'est qu'à de bonnes intentions, mais si tu étais sur les lieux, tu verrais que les marches, les changements de pays, l'éloignement et le peu de commodité qu'on a à écrire dans certaines occasions, à 12 lieues de la poste de la division maintenant, et le vaguemestre n'y allant qu'une fois par semaine, met dans l'impossibilité d'écrire aussi souvent que je le désirerais bien. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je suis logé avec mon colonel. Je n'ai qu'à me louer de lui, et je désire qu'il ait toujours besoin de moi. On lui a fait mon éloge, et dans la nomination d'une place de sergent major qui vient d'avoir lieu, il dit au capitaine me demanda [<i>sic</i>], qu'il me récompenserait de toute autre manière. Et j'ai tout lieu d'espérer que par la suite je quitterai le sabre pour prendre l'épée : ce serait un sûr moyen de me tirer du service, étant officier, et d'obtenir un emploi digne d'un brave. Patientons, chère Rosalie, et espérons tout de l'avenir.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tu me dis que ma mère ne veut pas gêner Séraphin : non. Mais il faut cultiver sa mémoire pendant qu'il est jeune, et lui faire apprendre par cœur quelque chose de joli qui puisse lui donner du goût, et lui former la mémoire, car il est toujours tard, quoi qu'on en dise, de plier l'arbre quand il a pris de la force, et c'est de là que dépendent et s'acquièrent les connaissances, lorsqu'on a de la mémoire.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quant à Paul, il était trop jeune lorsque je l'ai vu. Mais sa douceur me promet tout de lui et j'aspire à le revoir tant il est intéressant et continue à l'être. Ce couple, chère Rosalie, j'espère par l'avenir, si Dieu nous le conserve, nous fera oublier nos maux et passer d'heureux jours. Embrasse-les tendrement pour moi. Embrasse aussi nos mères, et les assure de mon attachement ; acquitte-moi envers toute la famille, Passelais et son épouse, et reçois avec le plus doux souvenir le plus tendre baiser que désire prendre sur la bouche de Rosalie son plus fidèle et sincère époux,</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> <i>P.S.</i> j’ai reçu voilà un mois des nouvelles de Caron, ils se portaient bien et désiraient me voir à Paris, je viens de leur écrire. Marque-moi les travaux de la route neuve et engage ma mère de ma part à apporter ses soins au reste du jardin. Marque-moi également tout ce qu'il y a de nouveau. Compte sur ma vigilance à t'écrire dans toutes les circonstances et aussitôt mon passage du Rhin. Le Journal de France marque que nous le passerons à Mannheim, à 30 lieues plus loin que Strasbourg. Levée se porte bien, je n'ai pu encore réussir cette fois à le faire passer caporal : il ne s'applique point à écrire, sa conduite ne plaît point au chef de bataillon qui n'a point parlé pour lui au colonel ; quoique j'aie parlé à ce dernier à son égard, il trouve qu'il n'écrit pas assez bien, qu'il n'y a point de hardiesse dans son écriture. Et dans l'instant où il vint chez le colonel, qui voulait voir de son écriture et qui me l'avait envoyé chercher, il sortait de boire de l'eau de vie, et n'en respirait que l'odeur. Je l'ai prévenu, je ne m'en mêle plus, qu'il travaille à s'acquérir l'estime de ses chefs et il fera bien, plutôt que de suivre un tas de grenadiers qui ne trouvent leur plaisir que dans les armes, le vin et les femmes, et il ne s'en tire pas mal. Tais-toi de tout cela, il n'est pas besoin de se faire de nouveaux ennemis.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je me suis acquitté de la commission envers Bertoux du lion verd. Il se porte bien ; il est comme tous les autres, paresseux et insouciant, et lorsqu'ils écrivent, c'est pour demander quelque chose. Gambillon est arrivé de ces jours derniers, venant du dépôt du régiment, dans le renfort qui est arrivé. Il a été on ne peut plus mal reçu du chef : il a quitté l'armée en Autriche, et s'est fait évacuer pour France. Il faut dans ce régiment savoir supporter les fatigues, les misères, à pied ou en voiture ; et vaincre ou mourir, sinon vous êtes mal vu.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La gazette allemande annonce que l'Empereur Napoléon vient à Francfort pour une diète qui doit avoir lieu : c'est à 36 lieues d'où nous sommes. Je désire être près de toi pour te raconter mon voyage et les mœurs du pays. Je ne crois pas autrement que Dieu ne maudisse l'Allemagne : la plus honnête femme ne vaut pas une de nos coquines de France. Nos soirées seront amusantes lorsque je te raconterai tout cela ! Pense bien, et tu ne te tromperas pas.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Adieu chère épouse, bonsoir.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon adresse : M. Hinard, secrétaire de M le colonel du 40<sup>e</sup> régiment, à Rothenbürg, 1<sup>re</sup> division, 5<sup>e</sup> corps d'armée. En Bavière.[^3]</p>
[^1]: Rothenbürg ob der Tauber. La date de rédaction de cette lettre est absente elle a été rédigée après le 5 août, jour de la réception de la dernière lettre de Rosalie.
[^2]: L’espace pour écrire le nombre de jours a été laissé vierge.
[^3]: Collection Martin Jaillet.</body> |
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