CG1-0077.md

identifiantCG1-0077.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1793/03/02 00:00
titreNapoléon à Paoli
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 77. - </b>À Paoli[^1]</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Bonifacio, 2 mars 1793</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Les officiers du 2è bataillon de la garde nationale soldée, de retour de l’expédition de la contre-attaque de la Sardaigne, croient qu’il est de leur devoir de vous faire le récit succinct de cette expédition malheureuse.</p><p style="margin-top: 0cm">Ils sont partis, vendredi 22 du mois, à neuf heures du matin, sous les ordres du citoyen Colonna-Cesari et dénués absolument de tout ce qui était nécessaire pour une campagne ; ils ont marché sans tentes, sans habillements, sans capotes, et sans train d’artillerie ; ils s’en sont fié entièrement à celui qui les commandait.</p><p style="margin-top: 0cm">À quatre heures de l’après-midi, ils sont arrivés aux îles de la Madeleine. Ils ont opéré le débarquement à l’île de Saint-Étienne, ayant à leur tête leurs deux lieutenants-colonels[^2]. La résistance des ennemis a été vaine : nous n’avons eu qu’un homme de blessé. Si, à ce moment même, l’on eût envoyé les effets nécessaires pour construire une batterie vis-à-vis le village de la Madeleine et si, à l’entrée de la nuit, l’on eût tenté la descente, il est bien probable que nous eussions rempli promptement l’objet de notre mission, mais l’on a perdu le moment favorable qui, à la guerre, décide de tout. L’on n’a envoyé que le jour suivant les pièces d’artillerie nécessaires, de sorte que ce n’a été que la seconde nuit que notre batterie a pu commencer son feu.</p><p style="margin-top: 0cm">Pendant la journée du 23, nous nous sommes emparés de la Tour de Saint-Étienne, tour bien flanquée, avec un fossé, un pont-levis, vingt-cinq hommes de garnison et trois pièces de canon. L’on s’est emparé de cette tour malgré la vive résistance de la garnison et avec une seule pièce de deux. Nous le disons avec confiance : le courage de notre troupe a suppléé à tout.</p><p style="margin-top: 0cm">Dans la nuit du 23 au 24, nous avons commencé à tirer des bombes et à jeter des boulets rouges dans la ville de la Madeleine. Nous avons continué toute la journée du 24 et du 25. Nous avons quatre fois mis le feu aux maisons de la Madeleine. Nous avons incendié un chantier de bois et nous avons à peu près écrasé quatre-vingt maisons. La ville de la Madeleine est défendue par deux batteries, deux forts et dix-huit pièces de canon. Par l’avantage de notre position, par la supériorité de notre tir, seulement avec deux pièces de quatre, nous avons démonté l’artillerie de notre ennemi et l’avons obligé de discontinuer ses feux. Tout cela, citoyen ministre, nous l’avons fait seulement par notre bonne volonté.</p><p style="margin-top: 0cm">Pendant ces quatre jours, nous avons été exposés à la pluie, au vent, au froid, sur une île escarpée où l’on trouvait à peine du bois. Nous avons toujours été soutenus par l’espérance du succès.</p><p style="margin-top: 0cm">Telle était notre position. L’île de la Madeleine avait été ravitaillée et avait reçu un renfort de huit cents Sardes : trois ou quatre mille Sardes se faisaient voir sur les côtes de la Sardaigne. Ils avaient placé des batteries contre le fort où été réfugié notre convoi. Pour faire face à ces différents ennemis, nous n’avions que six cents hommes ; mais nous occupions un poste avantageux : ainsi nous redoutions peu les efforts des Sardes. Cependant ce qui nous étonna, ce fut la fuite précipitée de notre corvette qui abandonna son convoi pour prendre le large. Le citoyen Colonna-Cesari qui s’embarquait dessus, nous envoya, le 25, l’ordre de nous retirer promptement et, vu la périlleuse position où nous nous trouvions, de jeter dans la mer tous les effets que nous n’aurions pas pu transporter. Cet ordre nous remplit de confusion et de douleur. Nous prîmes la résolution de tout tenter plutôt que d’abandonner nos effets militaires, d’autant plus que nous nous trouvions dans une position assez heureuse pour pouvoir encore espérer du succès. L’abandon de la corvette était la seule chose qui nous inquiétait ; mais nous étions bien loin de soupçonner l’équipage d’avoir conçu l’infâme projet de se sauver. Nous travaillâmes sans perdre de temps; unis à tout le reste de notre petite armée, nous parvînmes à transporter toutes nos pièces avec des peines infinies jusqu’au bord de la mer. Mais, arrivés là, nous trouvâmes que les bâtiments du convoi s’étaient déjà mis à la voile. Nous n’eûmes plus que le temps de faire embarquer notre troupe et de jeter à la mer notre mortier et nos canons. Notre convoi s’était effrayé par la crainte des demi-galères, maîtresses de la mer par l’éloignement de la corvette.</p><p>Voilà le récit fidèle, citoyen ministre, de cette honteuse expédition. Nous avons fait notre devoir ; et les intérêts comme la gloire de la République exigent que l’on recherche et que l’on punisse les lâches ou les traîtres qui nous ont fait échouer.[^3] </p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Les officiers du 2<sup>e</sup> bataillon des volontaires nationaux</h3></p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">des districts d’Ajaccio et de Tallano</h3><p style="margin-top: 0cm; "> <br/> </p> [^1]: <span lang="it-IT">Pascal Philippe Antoine Paoli (1725-1807), leader corse.</span> [^2]: Quenza et Bonaparte. [^3]: <span></span>Frédéric Masson, Guido Biagi,<i>Napoléon inconnu, papiers inédits 1769-1793 accompagnées des notes sur la jeunesse de Napoléon</i>, tome 2, 1895, p. 439. D’après Masson qui a consulté l’original dans les fonds Libri, cette lettre a été rédigée par Bonaparte seul et a été adressée trois fois : une première fois à Paoli, seconde fois, en date du 28 février, à un général non désigné, une troisième fois au ministre de la Guerre signée Ottavi capitaine, Gabrielli capitaine, Robaglia quartier-maître trésorier. Les responsables de la bibliothèque laurentienne, qui conserve les fonds Libri, nous ont indiqué que les copies publiées par Masson sont conformes aux originaux.</body>
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