| identifiant | CG1-0064.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1792/06/18 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 64. - </b>À Joseph[^1]</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">[Paris], 18 juin 1792</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="text-indent: 0cm; margin-top: 0cm">Il y a en France trois
partis : l’un veut la constitution comme elle est parce qu’il la
croit bonne ; l’autre croit la constitution mauvaise, mais veut la
liberté, en adopte les principes. Il désire un changement, mais
voudrait que ce changement s’opérât par les moyens de la
constitution, c’est à dire la cour de révision qui devra avoir
lieu d’ici à quelques années. Ces deux partis sont unis et
tendent dans ce moment à un même but, le maintien de la loi, de la
tranquillité et de toutes les autorités constituées. Ces deux
partis sont […][^2]
et font la guerre à l’étranger ; ainsi nous les confondons et
nous n’en faisons qu’un. Le second parti veut la constitution,
mais, au lieu du roi, voudrait un sénat. Celui là s’appelle le
républicain, ce parti est celui des Jacobins. L’on voudrait
profiter de la guerre du frère de la reine[^3]
pour opérer cette grande révolution. Le troisième parti croit la
constitution absurde et voudrait un despote. – Parmi ceux-ci même,
il y en a beaucoup qui voudraient les deux chambres ou un système
modéré, mais cette troisième classe pense que, sans le secours des
armées ennemies, l’on n’obtiendra jamais rien.</p><p style="margin-top: 0cm">MM. Servan, Roland,
Clavière, Dumouriez, Lacoste[^4]
étaient ministres et tous de la clique jacobite[^5].
L’on est parvenu à les désunir, car unis, ils étaient
inattaquables, MM. Servan, Roland et Clavière ont cédé à
l’intrigant Dumouriez et le roi leur a demandé leur portefeuille:
mais, à son tour, M. Dumouriez a été remercié. L’opinion
publique était à son comble contre lui ; les ministres qu’il
avait fait nommer n’ont aussi resté que trois jours en place. L’on
dit que M. Lacoste a rendu son portefeuille, de sorte que le
ministère est tout neuf. M. Chambonas[^6],
ministre des Affaires étrangères. M. Dejailles adjudant général
de la garde nationale, ministre de la Guerre.<sup> </sup>M.
Beaumarchais[^7],
ministre de l’Intérieur[^8].
Cependant, l’Assemblée, alarmée de l’état où se trouve le
pouvoir exécutif dans un moment où il devait avoir toute son
énergie, vient de nommer une commission de douze personnes pour
aviser aux moyens que l’on doit prendre pour sauver la république.
Les faubourgs Saint-Antoine et Saint-Marceau voulaient venir hier
armés de piques pour forcer le roi à sanctionner les décrets sur
les prêtres réfractaires, sur le camp de 20 000 hommes et à
reprendre pour ministres MM. Servan, Roland et Clavière. La garde
nationale s’y est opposée.</p><p style="margin-top: 0cm">Point de nouvelles de
l’armée.</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai vu avant-hier
Marianna[^9]
qui se porte bien. Elle m’a prié de la faire sortir si jamais l’on
changeait leurs institutions.</p><p style="margin-top: 0cm">Il parait clair qu’elle
n’aura pas de dot[^10]
soit qu’elle sorte actuellement, soit qu’elle reste encore quatre
ans. Il en est sorti sept à huit qui avaient vingt ans et n’ont
pas eu de dot. Il paraît clair que cette maison va être ou détruite
ou changera tellement de face qu’elle n’aura plus aucune
similitude avec ce qu’elle est. Marianna est neuve, s’accoutumera
très facilement au nouveau train de la maison. Elle n’a point de
malice. Sur ce point-là elle est moins avancée que Paoletta[^11].
L’on ne pourrait pas la marier avant de la tenir six ou sept mois à
la maison. Ainsi, mon cher, si, actuellement que je te suppose à
Ajaccio, tu crois que son mariage peut s’effectuer, tu me l’écriras
et je l’amènerai. Si tu penses que cela soit plus qu’incertain,
alors l’on pourrait courir le risque de la laisser parce qu’on ne
peut pas s’imaginer comment les choses tourneront. Une raison qui
influe beaucoup sur moi, c’est que je sens qu’elle serait
malheureuse en Corse si elle restait dans son couvent jusqu’à
vingt ans au lieu qu’aujourd’hui elle y passerait sans s’en
apercevoir. Ne perds pas un moment à m’écrire là-dessus ce que
tu en penses.
</p><p style="margin-top: 0cm">Il faudrait essayer si
Lucien pourrait rester avec le général[^12].
Il est plus probable que jamais que tout ceci finira par notre
indépendance. Conduis-toi là-dessus.</p><p style="margin-top: 0cm">Je te recommande de nommer
de préférence Leonetti à Casabianca. Traîne cette affaire en
longueur d’autant plus que le Roi n’a pas encore sanctionné le
décret sur les colonels de la gendarmerie[^13].
Je pourrais ici avoir besoin de Leonetti.[^14]</p>
[^1]: Masson qui publia cette lettre n’en précise pas le destinataire.
Son contenu et le tutoiement laissent penser qu’elle s’adresse à
Joseph.
[^2]: Mot manquant.
[^3]: <span></span>Léopold II était bien le frère de Marie-Antoinette. Il est mort
le 1<sup>er</sup>mars 1792. Son successeur est son fils François
qui est donc le neveu de la reine.
[^4]: Jean de Lacoste (1730-1820), ministre de la Marine du 16 mars au 20
juillet 1792.
[^5]: C’est ainsi que l’on dénommait parfois les Jacobins.
[^6]: Victor Scipion Louis Joseph de Lagarde, marquis de Chambonas
(1750-1830), ministre des Affaires étrangères du 18 juin au 23
juillet 1792.
[^7]: Pierre Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799), diplomate, espion
et dramaturge.
[^8]: Le bruit court à Paris que Beaumarchais va entrer au gouvernement.
C’est le marquis de Terrier de Monciel qui recevra le portefeuille
de l’Intérieur.
[^9]: Élisa.
[^10]: La maison de Saint-Cyr dotait en principe à ses élèves à leur
sortie, en vue de leur mariage.
[^11]: Pauline.
[^12]: Paoli.
[^13]: La
Législative a décidé qu’il n’y aura plus qu’un seul
officier supérieur de gendarmerie pour la Corse. Leonetti aura
cette place.
[^14]: <span></span>Frédéric Masson, <i>Napoléon dans sa jeunesse 1769-1793</i>,
Ollendorf, 1907, p. 298, d’après les archives Lévie-Ramolino.</body> |
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