CG1-0062.md

identifiantCG1-0062.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1792/06/05 00:00
titreNapoléon à Joseph Fesch
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 62. - </b>À Joseph Fesch</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Paris, 5 juin 1792</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Je n’ai pas encore reçu de vos nouvelles, ce qui me fâche un peu, mais j’espère qu’à l’heure qu’il est vous m’aurez écrit.</p><p style="margin-top: 0cm">Les nouvelles de la guerre sont toujours les mêmes. L’agitation interne croît toujours et l’Assemblée prend des mesures si extrêmes, si imprudentes que le nombre des ennemis augmente à tout instant. Les prêtres ne peuvent plus aller habillés, le costume religieux étant prohibé. Les confréries séculières sont supprimées et leurs biens seront nationaux. Tous les évêques ici sont habillés absolument comme les autres, en blanc ou en rouge, avec des cravates blanches. Il est vrai qu’il n’en est pas de même dans les départements. Plusieurs curés se sont mariés. Plusieurs évêques ont voulu se rassembler pour établir une espèce de discipline et représenter les conseils gallicans. Ils ne l’ont pas pu.</p><p style="margin-top: 0cm">L’Assemblée a beaucoup d’ennemis et presque tout le clergé constitutionnel commence à être mécontent.</p><p style="margin-top: 0cm">Il y a à Paris douze églises où officient les prêtres non assermentés. Il y va peu de peuple, mais beaucoup de personnes en carrosse. Les prêtres sont substanciés par des aumônes abondantes.</p><p style="margin-top: 0cm">Vous aurez déjà reçu quelques-unes de mes lettres. Si j’avais les écrits de la pépinière[^1], je travaillerais déjà à cette si<i><b> </b></i>importante affaire. Mais je ne les ai pas et le temps s’avance.</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai vu Mme Depermon[^2] qui m’a demandé de vos nouvelles. Elle avait dit à Ferrandy de m’inviter à dîner, lorsque celui-ci y fut 2 jours après moi, et ce nigaud l’oublia. Mais elle m’a fait des honnêtetés. Elle est bonne patriote, quoique modérée, comme qui pense et qui a à perdre. Il serait très possible que j’allasse demain voir Marianna[^3]. J’en ai parlé si longuement à Joseph que je ne doute pas qu’il ne vous ait communiqué ma lettre. Elle est grande, bien taillée, sait coudre, lire, écrire, faire des coiffes, danser et quelques mots d’histoire. Elle a l’œil vif et perçant, le teint blanc, le menton de famille, le nez un peu gros, mais, en tout, un air très piquant. Elle me paraît vive, ardente et fière. Elle a le sang de la famille. Du reste, elle est absolument neuve. Elle ne se souvient de rien, pas plus que si elle fût née à S[ain]t-Cyr. Elle est aristocrate. Si elle me supposait d’être du parti de la Nation, elle ne voudrait jamais me voir, m’a-t-elle dit.</p><p style="margin-top: 0cm">L’on a bien célébré la fête de Simmoneau[^4]<b>,</b> maire d’Etampes, tué par la populace pour ne pas avoir voulu taxer le grain, comme le défend la loi. Sa famille y était. Cette fête était superbe.</p><p style="margin-top: 0cm">L’on croit que le roi sera gardé toujours par la garde nationale de Paris. Sa garde a été cassée par un décret spécial.</p><p style="margin-top: 0cm">Il serait possible que deux bataillons corses vinssent en France, et deux du département du Var passassent en Corse. Cela n’est encore qu’un projet.</p><p style="margin-top: 0cm">Saluez-moi Gabrielli[^5], Bonnelli[^6]. Donnez ces nouvelles au maire et à tous nos amis.</p><p style="margin-top: 0cm">Cette lettre est supposée écrite à maman. Ainsi, lisez-la-lui et, si vous n’êtes pas dans le même endroit, écrivez-lui les nouvelles qui y sont contenues. Embrassez-la ainsi que Paoletta[^7]. Saluez Lucien et Louis.[^8]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm; "> <br/> </p> [^1]: Ci-dessus, n° 9 et suivant. [^2]: Madame Permon, mère de la future duchesse d’Abrantès. [^3]: Élisa. [^4]: Jacques Guillaume Simmoneau (1740-1792), maire d’Etampes, tué sur la place du marché lors d’une émeute alors qu’il tente de calmer les meneurs. La Législative lui accorde des funérailles nationales. [^5]: <span></span>Philippe Gabrielli [dit Gabriel], capitaine du 2<sup>e</sup>bataillon de volontaire Corse. [^6]: <span></span>Bonelli (1760-1843), ami corse de Bonaparte avec qui il avait servi au 2<sup>e</sup>bataillon de volontaires. Chef de bataillon en 1794, il est envoyé en Corse en mai 1796 où il commande une colonne mobile dans le Liamone. [^7]: Pauline. [^8]: Expédition autographe, Archives nationales, 400AP 137.</body>
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