| identifiant | CG1-0048.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1791/04/18 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 48. - </b>À Joseph</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">[Auxonne], 18 avril 1791</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-top: 0cm">Tu sais que dans la ville
d’Auxonne il n’y a ni district, ni tribunal.</p><p style="margin-top: 0cm">Il y avait ici des prêtres
réfractaires qui prêchaient zizanie, surtout auprès du sexe
faible. Plus d’un ménage en était troublé. Une portion du peuple
n’allait plus à l’église paroissiale, comme étant excommuniée.
Le magistrat n’a pu se dispenser de prendre connaissance d’un
désordre aussi majeur...</p><p style="margin-top: 0cm">Le district en a été
informé officiellement, et celui-ci en a fait part au tribunal, qui
a aussitôt envoyé 2 juges et l’accusateur public pour prendre les
renseignements et examiner les témoins. Ceux-ci sont venus ici, y
sont restés trois jours et lui sont retournés faire part à leur
compagnie de leur travail. Il est probable que ces ecclésiastiques
seront décrétés [d’accusation].</p><p style="margin-top: 0cm">Monsieur le président[^1],
n’oubliez pas que les districts n’ont aucune<i><b> </b></i>autorité
pour faire emprisonner les citoyens... Il est sans exemple, en
France, que le département ou district ait fait emprisonner
personne. Il faut donc rentrer dans le cercle de vos fonctions, qui
deviennent plus limitées depuis l’établissement du tribunal.</p><p style="margin-top: 0cm">Il y a une collection de
décret<i><b> </b></i>qu’imprime Mr.<i><b> </b></i>Baudoin[^2]<i><b>,</b></i>
qui coûte 30 livres, et 3 livres pour chaque volume qui parait tous
les mois, contenant les décrets du mois. Cet ouvrage est
indispensable au directoire. Tu dois le décider à s’y abonner,
prélevant l’argent sur la somme destinée à la fourniture. Il n’y
a ni municipalité, ni district qui ne l’aient. Voila l’adresse.
Il n’est pas nécessaire d’envoyer l’argent tout de suite.</p><p style="margin-top: 0cm">"À M. Baudouin,
imprimeur de l’Assemblée nationale." Il faut lui écrire sous
l’enveloppe de MM. du Comité [d’administration][^3].</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai lu ton adresse[^4]...
Il y a du bon, mais qui est noyé dans un fatras d’inutilités, de
fleurs pédantesques. Mon ami, tu as encore beaucoup à faire. Ton<i><b>
</b></i>style<i><b> </b></i>est trop diffus, trop lâche. Il n’y a
ni énergie, ni nerf... Il fait bâiller l’homme d’affaires... Un
autre défaut, c’est que l’on voit que tu vas à l’affût des
paroles extraordinaires et qui sont impropres aux sens. Si, au lieu
de 4 pages, ton adresse n’en avait qu’une demie, elle serait
excellente. Le peu d’idées qu’il y a suffiraient pour la chose,
mais ne suffisent pas aux mots et aux phrases... Avec<i><b> </b></i>tout<i><b>
</b></i>ceci, tes tournures sont obscures par leur défaut de
simplicité et par une syntaxe innaturelle [sic]. Mon ami, lis
l’Adresse aux Français de l’évêque d’Autun[^5].
Tu verras ce qui te manque. Lis la lettre que le club des Jacobins a
écrite, il y a 2<i><b> </b></i>mois : elle est simple ; ce ne sont
pas des phrases, mais des choses.</p><p style="margin-top: 0cm">"Amis de la
Constitution, modérateurs de l’opinion publique, nous sommes les
dépositaires de ce palladium sacré de la félicité d’une grande
nation...". Ceci ne se comprend pas, c’est du Phébus tout
pur. Il est vrai que c’est la plus mauvaise phrase de toute
l’adresse. Il faut toujours commencer doucement pour s’échauffer
à la fin.</p><p style="margin-top: 0cm">Quand tu écris, n’écoute
pas ton oreille, qui dépend de ton organe et de ta voix. Dissèque
ta phrase, dissèque cela et tu verras qu’elle n’a pas de sens.
Il faudrait 2 pages pour anatomiser cette phrase. D’abord, l’on
ne dit pas "modérateur de l’opinion publique". Ensuite
"palladium" ne dit rien, ralentit le sens de la phrase. Il
faudrait donc dire :</p><p style="margin-top: 0cm">"Amis de la liberté,
vous êtes les dépositaires de la félicité d’une grande
nation.". Ceci se comprend, mais n’est pas clair dans l’idée.
C’est trop tiré, surtout pour le principe. Que dit cette phrase :
<i>Que la félicité de la Nation est dans les mains des sociétés
patriotiques</i> ? D’abord, cela n’est pas vrai. Si cela
dépendait d’eux, tout irait bien. Entends-tu que c’est de leur
vigilance que la Nation doit attendre la confusion des ennemis ?...
Pourquoi ne le dis-tu pas tout bonnement, sans prendre une tournure
inintelligible ? "Le feu de la liberté..."…"ne
perdre de son activité" est faible et même plat. J’en dis
autant...[^6]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p>
[^1]: Joseph a été élu président du Directoire du district d’Ajaccio
en septembre 1790.
[^2]: Imprimeur officiel de l’Assemblée Nationale.
[^3]: Mot incertain.
[^4]: <span></span><i>Adresse à toutes les sociétés des amis de la Constitution</i>,
rédigée par Joseph pour le club d’Ajaccio. Datée du 27 mars
1791, elle a été publiée dans le numéro 23 du<i>Journal des
amis de la Constitution</i>. Toutes les citations et les corrections
évoquées dans le reste de la lettre ont trait à cette adresse.
[^5]: <span></span>Discours de Talleyrand, du 11 février 1790, imprimé sous le titre
de<i>L’Assemblée nationale aux Français</i>.
[^6]: Expédition autographe, Archives nationales 400 AP 137. Le reste de
la lettre manque.</body> |
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