| identifiant | CG1-0042.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1790/08/29 00:00 |
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| titre | Napoléon à Joseph |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 42. - </b>À Joseph</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">[27,28 et 29 août 1790[^1]]</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-top: 0cm">Vendredi à minuit</p><p style="margin-top: 0cm">La poste n’arrive que
demain, je suis fort inquiet de ton élection[^2].</p><p style="margin-top: 0cm">Il est arrivé à huit
heures deux courriers de France. Je viens de lire toutes les
nouvelles chez le général[^3] !
Comme je suis un peu échauffé, je vais, en attendant le sommeil,
m’entretenir.</p><p style="margin-top: 0cm">Saliceti[^4]
a fait imprimer dans le journal une réponse fort bien frappée à
une lettre où l’on disait que Paoli avait armé 8 000 corses et
s’était mis en jeu de chasser les Français pour l’Angleterre.
</p><p style="margin-top: 0cm">Il a dénoncé le 14[^5]
à l’Assemblée ces bruits injurieux. Buttafoco[^6]
menacé par le geste de Saliceti s’est levé et a dit qu’il ne
croyait pas que les [bruits] qui courraient fussent vrais, mais qu’il
était étonné que le préopinant parlât d’aristocrate quand il
était évident qu’il n’y avait pas d’aristocrate en Corse.
Saliceti lui a répondu : « Nous sommes quatre députés.
Avons-nous une même façon de penser ? Cependant il est certain
que je n’ai jamais voté pour l’aristocratie. » Là-dessus
l’Assemblée a décrété que l’on noterait sur le procès-verbal
comme calomnieux les bruits que l’on faisait courir sur la Corse.</p><p style="margin-top: 0cm">Nous avons des nouvelles
jusqu’au 17. Les apanages sont retirés. L’on donnera aux Princes
un million. Les Princes ne pourront avoir de maison militaire.</p><p style="margin-top: 0cm">L’on a décidé
plusieurs choses fort intéressantes sur les municipalités ;
l’on a déterminé son pouvoir judiciaire sur la police.
</p><p style="margin-top: 0cm">L’on a avancé tellement
l’ordre judiciaire que l’on espère qu’il commencera à prendre
consistance le premier septembre.
</p><p style="margin-top: 0cm">Le nom du procureur du roi
est changé en celui de commissaire du roi. Il ne pourra pas accuser
mais seulement veiller à l’exécution des lois. Mais les gazettes
t’instruiront mieux.
</p><p style="margin-top: 0cm">J’ai sommeil. Encore
deux mots. Les régiments sont dans le plus grand désordre, les
soldats se révoltant.
</p><p style="margin-top: 0cm">Barnave[^7]
et Cazalès se sont battus à coup de pistolet. Cazalès a été
blessé mortellement. C’est un grand aristocrate de moins[^8].
</p><p style="margin-top: 0cm">Gaffori[^9]
est arrivé à Paris le 12 août. Il dit vouloir abandonner la Corse.</p><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-top: 0cm">Bastia, samedi matin</p><p style="margin-top: 0cm">Le jour de Saint-Louis[^10]
au soir plusieurs personnes arborèrent l’épaulette. Les officiers
les mirent en prison. Le peuple s’attroupa. Une heure après la
municipalité s’assembla et les fit sortir leur donnant les arrêts.
Dans le même temps écrivirent au colonel pour le sermonner sur ses
droits. Les officiers ont fait une assemblée où l’on a arrêté
d’obéir aveuglément aux ordres de la municipalité, de ne faire
aucun pas sans qu’elle ne l’ait réglé. Le lendemain, fut criée
la défense de porter épaulette à ceux qui ne le devaient pas, en
attendant du moins que le [soupçon] qu’avait donné le décret fut
plus clairement développé…</p><p style="margin-top: 0cm">Vendredi, pendant la nuit,
l’on a planté une potence à la marine avec l’inscription :
<i>La lanterne de Paris. </i>La municipalité l’a fait ôter.
Vendredi, à onze heures du matin, l’on a assemblé le peuple pour
l’éclairer et tout parait fini. L’on sait que l’aide major du
Maine a prêté son épaulette à un tailleur pour qu’il la mît,
etc., etc.</p><p style="margin-top: 0cm">À Piedicorte[^11]
il y a eu du tapage. Celui de Cervione est fini paisiblement. Nous
n’avons pas trouvé la lettre de Conti au général. Il l’a
cherchée exprès.</p><p style="margin-top: 0cm">Fozzanello est parti pour
la Rocca.<sup> </sup>Les Bonifacini[^12]
sont en grande rumeur[^13].
La première députation n’était pas partie qu’il en est arrivé
une seconde, le maire à la tête.
</p><p style="margin-top: 0cm">MM. de Vico sont en
<i>bisboute</i>. Il est bien ridicule que Vico prétende faire une
ville.</p><p style="margin-top: 0cm">L’exclusion de Cuttoli
et di Bozio m’a fait grand plaisir… Comment a fait la Cirnaca et
Celavo ?</p><p style="margin-top: 0cm">Dimanche au matin</p><p style="margin-top: 0cm">Il est bien indécent que
tu ne donnes pas la peine d’écrire un mot. Le prétexte de tes
occupations n’est point légitime. Lucien m’écrit sans me parler
de l’affaire de la Confina[^14]
et sans me donner aucun détail ni sur les assemblées ni sur la
citadelle.[^15]</p>
[^1]: Lettre écrite sur trois jours.
[^2]: Joseph brigue un siège au directoire du département. Il sera élu
et obtiendra même le poste de président.
[^3]: Paoli.
[^4]: <span></span><a class="sdfootnotesym" href="#sdfootnote320anc" name="sdfootnote320sym"></a>Antoine Christophe Saliceti (1757-1809), député du tiers-état
corse aux Etats généraux, il est d’abord proche de Paoli qui
favorise son élection à la Convention. Il s’en sépare ensuite
et doit fuir l’île de Beauté dont il a été procureur syndic
(1791-1792). Représentant en mission dans le sud de la France, il
aurait favorisé la carrière de Bonaparte qu’il rejoint ensuite
en Italie, comme commissaire du Directoire. Il rentre à Paris après
son élection aux Cinq-Cents (avril 1797). Il est alors un des
organisateurs du coup d’Etat de Fructidor.
[^5]: Août.
[^6]: Matteo
de Buttafoco (1731-1806), officier de l’armée royale et chevalier
de Saint-Louis, colonel du Royal-Corse (1765) puis d’un régiment
qui porte son nom (1769), maréchal de camp après la dissolution de
cette unité (1781), député de la noblesse corse aux Etats
généraux, leader du parti royaliste en Corse, il s’oppose à
Paoli et doit émigrer.
[^7]: Antoine
Pierre Joseph Marie Barnave (1761-1793), député à la
Constituante, membre fondateur du club des jacobins, il défend
finalement la monarchie ce qui lui vaut d’être arrêté après le
10 août et d’être guillotiné un an plus tard.
[^8]: Le duel a eu lieu le 12 août 1790. Blessé à la tête, Cazalès
survivra.
[^9]: François de Gaffori (1744-1796), fils de l’ancien général de la
nation corse Giovan Pietro Gaffori, beau-père de Buttafoco, envoyé
en Corse en 1790 pour rétablir l’ordre, il n’y parvient pas.
Devenu la figure de proue des royalistes, il est sommé par Paoli de
quitter l’île et s’exécute le 27 juillet.François et Cuttoli
sont deux gafforistes ; ne voulant pas quitter l’île comme
leur leader, ils furent emprisonnés puis expulsés de force.
[^10]: Mercredi 25 août 1790.
[^11]: Village situé à une trentaine de kilomètres à l’est de Corte.
[^12]: Habitants de Bonifacio.
[^13]: L’affaire
dont il s’agit est racontée par Filippo Trani président de
l’assemblée primaire du canton de Bonifacio, dans une lettre à
Paoli. Pendant que se tenait une réunion, l’avocat Brandi arbora
à sa fenêtre un pavillon étranger, ce qui créa un trouble dans
la cité (A. D. de Corse-du-Sud, 1 L 57).
[^14]: À
l’exception de l’expulsion des royalistes Cuttoli et di Bozio,
aucune des autres affaires évoquées par Bonaparte dans les trois
derniers paragraphes n’a pu être précisée.
[^15]: <span></span>Frédéric Masson,<i>Napoléon dans sa jeunesse 1769-1793</i>,
Ollendorff, 1907, p. 244, d’après les archives Lévie-Ramolino.</body> |
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