| identifiant | CG1-0030.md |
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| fait partie de | correspondance |
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| est validé | oui |
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| date | 1789/07/15 00:00 |
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| titre | Napoléon à l’archidiacre Lucien Bonaparte |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 30. - </b>À l’archidiacre Lucien Bonaparte</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Auxonne, 15 juillet 1789</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p><p style="margin-top: 0cm">Je suis l’on ne peut
plus piquer de ne pas recevoir des lettres d’Ajaccio. Il y a un
mois que l’on ne m’a écrit.</p><p style="margin-top: 0cm">Vous recevrez, ici joint,
une lettre d’examen pour Joseph. Je l’avais sollicité il y a 2
ans, avec une réponse de M. le premier président[^1]
à une des miennes où je le sollicitais d’accorder une place dans
les tribunaux.</p><p style="margin-top: 0cm">Dans ma dernière lettre
je vous ai développé mon projet d’aller à Paris. La circonstance
de la députation de Cesari[^2]
est encore une nouvelle raison. Si j’y suis, nous unirons notre
cause, au défaut de quoi, il séparera la sienne le plus qu’il
pourra. Je ne vois absolument aucune ressource sans cela pour pouvoir
terminer cette inquiétante affaire[^3].
Vous y aurez déjà réfléchi, mais il faudrait que je reçusse
l’argent que je vous ai demandé, avant la fin d’août.
J’espérerai avec cela pouvoir me procurer ce qu’il me faudra de
surplus. Je reçois dans le moment des nouvelles de Paris. Deux de
mes camarades sortent de ma chambre, après m’avoir lu celles
qu’ils avaient reçues. Elles sont étonnantes et faites pour
singulièrement alarmer.</p><p style="margin-top: 0cm">Il y a huit jours que les
ordres avaient été donnés à 40 000 hommes de se poster à Paris,
deux bataillons d’artillerie entre autres, avec ses pièces de
canon. Là-dessus, les États généraux ont fait les plus vives
instances pour montrer combien cela était fait pour les alarmer. Le
roi les avait payés de termes vagues. Cependant dimanche passé, 12
du mois, les troupes étant arrivées, l’on a été demander les
poursuites à MM. Necker, Montmorin[^4]
et Puységur[^5]
. L’on a nommé M. de Breteuil[^6]
premier ministre et M. d’Amécourt[^7]
conseiller du parlement, contrôleur général.</p><p style="margin-top: 0cm">Cette nouvelle n’a pas
plutôt été répandue à Paris que le peuple s’est armé, a mis
le feu aux barricades, a fait fermer les spectacles, a promené le
buste de M. Necker dans toute la ville, après quoi il s’est porté
en foule à Versailles[^8].</p><p style="margin-top: 0cm">Les troupes, qui étaient
à Paris pour maintenir la police, se sont mêlées au peuple, entre
autres l’artillerie, les gardes françaises et le régiment de
[<i>…</i>][^9].
Jamais l’on ne vit une pareille émeute. Les régiments suisses[^10]
et quelques dragons[^11]
ont tiré. On leur a répondu. Plusieurs soldats ont été tués.</p><p style="margin-top: 0cm">Dimanche, au soir, l’on
a appelé les troupes qui étaient à Paris à Versailles où la
fermentation n’était pas moins dangereuse.</p><p style="margin-top: 0cm">L’on ignore les détails
précis de tout ceci. Ce ne sera qu’au prochain courrier que nous
pourrons savoir ce qu’auront fait les États généraux. La
fermentation est à son comble. L’on ne peut pas prévoir où tout
cela finira.</p><p style="margin-top: 0cm">M. Necker s’est acheminé
du côté de la Picardie, probablement pour passer en Hollande.
Peut-être ce soir, peut-être cette nuit, battra-t-on la générale
pour nous faire aller à Dijon ou Lyon. Cela serait bien désagréable
et fort ruineux pour moi. Il m’en coûterait encore 10 ou 12 louis
d’extraordinaire, et où les prendre ?[^12]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/>
</p>
[^1]: Gautier. Voir ci-dessus, n° 21 et 26.
[^2]: Pierre-Paul Colonna de Cesari Rocca. Il a été élu aux États
généraux à la suite d’un « arrangement » avec
Saliceti, lui aussi élu.
[^3]: Toujours l’affaire de la pépinière. Colonna de Cesari Rocca est
lui aussi propriétaire d’une pépinière, à Porto-Vecchio,
supprimée en même temps que celle des Bonaparte. Napoléon espère
que le député pourra joindre sa protestation à la sienne.
[^4]: Armand Marc Montmorin Saint-Hérem, comte de (1745-1792), secrétaire
d’Etat aux affaires étrangères du 13 février 1787 au 11 juillet
1789, puis du 16 juillet 1789 au 20 novembre 1791.
[^5]: Chastenet de Puységur, ministre de la Guerre.
[^6]: Louis
Auguste Le Tonnelier, baron de Breteuil (1730-1807), secrétaire
d’Etat à la Maison du Roi (1783-1786), ministre d’Etat (1783),
secrétaire d’Etat à la Guerre par intérim (1787) et enfin chef
et président du conseil royal des Finances du 12 au 16 juillet
1789.
[^7]: Augustin de Ponton d’Amécourt, (1736-1808), conseiller au
parlement de Paris qui refuse le poste de contrôleur général des
Finances en juillet 1789.
[^8]: Le roi rappellera Necker le 16 juillet.
[^9]: Illisible. Il peut s’agir du Royal-Allemand, très impliqué dans
la répression de l’émeute du 12 juillet.
[^10]: Quatre régiments impliqués : Salis-Samade, Reinach, Diesbach
et Chateauvieux.
[^11]: Régiment du Royal-Dragons.
[^12]: Expédition autographe, Archives nationales, 400 AP 137.</body> |
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