CG1-0025.md

identifiantCG1-0025.md
fait partie decorrespondance
est validéoui
date1789/04/15 00:00
titreNapoléon à Letizia
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 25. - </b>À Letizia</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Seurre, 15 avril 1789</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Je vous ai écrit d’Auxonne, et je le fais aujourd’hui de Seurre, où je suis depuis quinze jours. Seurre est une petite ville, éloignée de huit lieues d’Auxonne. Le peuple s’est mutiné et s’est révolté contre ses officiers municipaux, a pillé des magasins de blé que des accapareurs voulaient faire passer à Lyon. En conséquence, nous sommes partis au nombre de cent, pour mettre le holà.</p><p style="margin-top: 0cm">Tout est fort tranquille aujourd’hui. L’intendant de Bourgogne[^1] est venu hier, fait la visite des greniers. Nous lui avons donné à dîner, et lui nous a donné à souper. Il m’a engagé à l’accompagner jusqu’à Verdun[^2], qui est à trois lieues d’ici. Nous y avons été à cheval, afin de revenir pour souper. Nous avons trouvé à Verdun 30 000 mesures de blé. La mesure pèse 40 et se vend communément 6 livres 10 sols. Je ne sais pas combien de temps nous y serons encore. J’espère toutefois que cela ne sera pas long.</p><p style="margin-top: 0cm">Le moment des États[^3] approche. Tout s’en ressent. La fermentation est des plus grandes partout dans les villes, les bourgs, les campagnes. Fasse le ciel que cette étincelle de patriotisme soit durable, et que ce ne soit pas pour détériorer les choses ! Je le crains. Vous savez qu’avant de mourir l’on se porte toujours mieux.</p><p style="margin-top: 0cm">Fesch ne m’écrit pas. Pourquoi cela ? J’ai interrompu ma lettre par [suite d’] une visite que j’ai reçue de mon hôte[^4], qui est un bon avocat, très riche qui m’a invité à faire la Pâque avec lui. J’aimerais cependant mieux manger le ravioli ou les lasagnes à Ajaccio.</p><p style="margin-top: 0cm">Dans ce pays-ci, il n’y a pas de noblesse. Ils n’ont jamais eu de garnison, de sorte qu’ils ont la plus grande considération pour le militaire. Nous ne sommes que deux officiers.</p><p style="margin-top: 0cm">Portez-vous bien. Aimez-moi toujours. Donnez-moi des nouvelles de Corse et ne vous inquiétez pas trop de l’avenir. Je répète ce que mon père disait : « Les dents nous manqueront avant la fortune ».</p><p style="margin-top: 0cm">L’on a parlé d’une quadruple alliance entre la France, l’Espagne, la [Suède] et l’Empereur, mais c’est une absurdité. Adieu. Les Empereurs entreront bientôt en campagne. La révolution de Suède s’est terminée heureusement pour le roi[^5]. Leur acte d’union[^6], qui a passé en loi, accorde encore une autorité plus absolue au Prince.</p><p style="margin-top: 0cm">Adressez vos lettres à <i>Auxonne</i>[^7].</p><p style="margin-top: 0cm">Il est probable que ma première lettre vous annoncera des nouvelles intéressantes. L’air de ce pays est bon et me fait grand bien.[^8]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p> [^1]: Antoine-Léon Anne Amelot de Chaillou, (1760-1824), intendant de Bourgogne en 1789. [^2]: Verdun-sur-le-Doubs. [^3]: <span></span>Les États Généraux doivent se réunir le 1<sup>er</sup>mai 1789. [^4]: Lambert, procureur. [^5]: À la suite de l’échec de l’offensive déclenchée par Gustave III de Suède contre la Russie, des officiers suédois ont tenté sans succès de restreindre le pouvoir du roi. [^6]: Acte d’Union et de Sécurité qui donne à Gustave III un pouvoir quasi-absolu en échange de l’abolition des principaux privilèges de la noblesse. [^7]: Souligné quatre fois. [^8]: Expédition autographe non signée, Archives nationales, 400 AP 137.</body>