CG1-0017.md

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titreNapoléon à la Guillaumye, intendant de Corse
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CG1</i> - 17. - </b>À La Guillaumye, intendant de Corse</h1><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">[1787-1788]</h2><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="margin-top: 0cm">Letizia Ramolini veuve de Buonaparte d’Ajaccio, a l’honneur de vous présenter un état comparatif de ses engagements pour l’établissement d’une pépinière de mûrier et de la manière dont elle les a remplis[^1].</p><p style="margin-top: 0cm">Feu son mari passa un contrat en 1782, où il s’était engagé de fournir 100 000 arbres en dix ans en commençant la distribution en 1787. Le Roi résilia son marché et, en avril 1786, l’on dressa un état de la pépinière ; il constata l’existence de 25 000 mûriers. Avec ce nombre d’arbres était-elle dans le cas de remplir ses conditions ? Il y avait 7 à 8 000 arbres de 1784 bons à délivrer à la fin de 1787. Il y en avait 12 à 13 000 de 1785 bons à livrer en 1788. Or n’est-il pas admissible que 2 ou 3 000 de ces derniers, de la meilleure réussite, puissent servir à compléter la livraison de 1787, ce qui devient d’autant plus probable, que la livraison ne se faisant que dans le mois de décembre, etc. à cette époque la plantation de 1785 aura eu 2 ans et demi. Elle avait encore à cette époque 5 000 arbres d’octobre 1785 à mai 1786. La suppliante était occupée de la plantation de 1786, lorsque l’ordre arriva de suspendre ses travaux et conséquemment, ne put pas achever la plantation qui aurait dû fournir à la livraison de 1789. Elle eut en 1787, fait la plantation pour la livraison de 1790, en 1788 pour celle de 1791, ainsi de suite jusqu’à l’extinction de son engagement. C’est donc avec la plus stricte rigueur qu’elle a suivi la lettre de son contrat.</p><p style="margin-top: 0cm">Les chaleurs excessives de l’été, les pluies abondantes de l’hiver, la voracité des bestiaux sans guide, etc. etc. ont été des inconvénients auxquels il a fallu prévoir pour la plantation de 30 000 arbres avec la même dépense que pour la plantation des 100 000, le terrain se trouvant être le même. L’espoir de toucher 30 000 l[ivres] t[ournois] avait seul été capable de résoudre la suppliante à changer la nature de son domaine et de lui faire entreprendre les travaux aujourd’hui presque inutiles pour elle. Ceci senti, a engagé le ministre de permettre à M. l’intendant de s’occuper des moyens de l’indemniser.</p><p style="margin-top: 0cm">Cette affaire, Monseigneur, est sur le point d’être décidée et la suppliante après avoir montré son exactitude à remplir ses engagements, va vous mettre sous les yeux la seule manière admissible de l’indemniser.</p><p style="margin-top: 0cm">Le seul point de vue sous lequel a dû être agitée cette affaire, est celui-ci : elle devait toucher 30 000 l[ivres] t[ournois] pour fournir 100 000 arbres. Dans les cinq premières années, elle a dû avoir pour remplir son contrat, environ 30 000 arbres qui ont exigé les mêmes dépenses qu’auraient exigé les 100000, leur culture non comprise 30 000 l[ivres] t[ournois] [moins] 7 500 l[ivres] t[ournois] valeur des 25 000 arbres existant dans notre pépinière, moins la valeur des frais de cultivation des 75 000 autres arbres, serait la somme qui devrait constituer cette indemnité. Ce raisonnement est fondé sur la nature des choses et pour cela même, seul infaillible. L’analyse ne prouve aucune démonstration mathématique avec plus de précision.</p><p style="margin-top: 0cm">Pour remplir mon contrat, j’ai été obligée de faire des dépenses considérables. Quand je suis sur le point de recueillir les fruits de mes travaux, vous le résiliez. Vous devez donc me donner toutes les dépenses que j’ai faites, évaluables par celles qui sont encore à faire.</p><p style="margin-top: 0cm">Les frais de cultivation de 75 000 arbres se réduisent à élever 25 000 arbres pendant 7 ans, 800 l[ivres] t[ournois] pour la culture d’entretien, 400 l[ivres] t[ournois] pour le plantage du semis à la pépinière, 400 l[ivres] t[ournois] pour la greffe, par an, forment une totalité de 1 600 l[ivres] t[ournois] par an qui répétée 7 années, fait une somme de 11 200 — onze mille deux cents livres pour les frais de cultivation de 75 000 mûriers. 30 000 – 7 500 – 11 200 = 11 300 l[ivres] t[ournois] – onze mille trois cents livres représentant l’indemnité. Cette méthode de l’évaluer est claire et ne demande ni procès-verbaux. Ce sont les choses elles-mêmes qui parlent toujours plus infaillibles que les hommes.</p><p style="margin-top: 0cm">Il est ruineux pour le Roi de donner 12 300[^2] l[ivres] t[ournois] sans profit, sans doute, mais il est encore bien plus ruineux d’avoir fait des travaux considérables, d’en avoir avancé l’argent et de ne pas en tirer le profit que l’on pouvait espérer.</p><p style="margin-top: 0cm">Il vous a cependant plu, Monseigneur, de faire dresser un procès-verbal de l’estimation des dommages que lui avaient produit la cassation du contrat. La suppliante est condescendue à cette démarche et n’a pas ambitionné à traiter d’égal avec son souverain. Le procès-verbal ne monte qu’à 7800 l[ivres] t[ournois] — sept mille huit cents livres. Il a été dressé par une personne que vous avez nommée conjointement à votre subdélégué et le député des douze. Il l’a donc été par des personnes plus intéressées pour le Roi que pour la suppliante. Elle eût peut-être pu montrer combien il est inférieur en bien des articles, mais non, il a été fait légalement, elle s’y tient et n’y fait aucune difficulté. Il est bien loin de l’indemniser, mais du moins, il la met à peu près au niveau de ses affaires.</p><p style="margin-top: 0cm">Elle ose se flatter, Monseigneur, que vous daignerez présenter sous un point de vue favorable cette affaire. Monseigneur le contrôleur général est prévenu favorablement. Les bureaux sont convaincus de la justice de l’indemnité et ce serait faire le tort le plus réel à la suppliante.</p><p style="margin-top: 0cm">Quant aux avances qu’elle a reçues, elle a dans sa pépinière de quoi y satisfaire.[^3]</p><p style="margin-top: 0cm"><br/> </p><p style="text-align: right; margin-top: 0cm">La suppliante et pour Madame sa mère, </p><h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Buonaparte, officier d’artillerie</h3><h3 style=""><br/> <br/> </h3> [^1]: Voir ci-dessus, notamment n° 9 et 15. [^2]: Certainement une erreur. [^3]: <span></span><span lang="de-DE"> Copie</span>d’expédition<span lang="de-DE">,</span>Archives<span lang="de-DE"> nationales, 400 AP 137.</span></body>