CS_Hinard_28.md

identifiantCS_Hinard_28.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1804/07/25 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 28 - </b>Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Des Pennemares à bord de la 89<sup>e</sup> canonnière, le 25 juillet 1804</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère épouse, j’ai avec le plus grand plaisir reçu ta lettre, datée du 1<sup>er</sup> de ce mois, le 19 : elle est venue apporter à mon esprit le repos que je ne goûtais plus depuis plus de deux mois, et me retracer les sentiments dont ton cœur est pénétré pour moi, quoique je n’en eusse pas besoin, le connaissant que trop généreux. J’apprends donc que ta santé est assez bonne maintenant, ainsi que celle de nos chers enfants, après les craintes que t’a occasionné ma dernière lettre. Béni soit l’être tout puissant qui m’a encore conservé mes jours et ma santé ; et puisse ma lettre vous trouver de même, ainsi que nos chères mères.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tu as dû recevoir ma lettre dernière que j’ai fait remettre à la poste par un de tes pays : un semblable motif me procure encore l’avantage de t’écrire en ce moment, mais sans te parler aucunement de notre départ. Depuis ma dernière lettre, notre commandant a voulu partir une fois par un temps calme, mais il est surventé au moment où nous levions l’ancre pour sortir et nous sommes restés. Depuis ce moment nous avons éprouvé de mauvais […] qui n’ont pas laissé de nous faire craindre pour nos bâtiments dans un endroit aussi plein de rochers que celui où nous sommes, et nous ne voyons pas revenir le beau temps pour nous redonner encore l’espoir d’aller à Audierne. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La lettre que tu me dis m’avoir écrite et adressée à bord de la 48<sup>e</sup> canonnière ne m’est point parvenue, je vais profiter aussi de ce départ pour l’hôpital d’un marin de notre bord, et qui porte ma lettre, pour écrire au directeur de la poste de Quimper pour savoir s’il l’a encore en son bureau, et me l’adresser sous le n° 89. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’ai vu par ta lettre, chère Rosalie, la sainte ardeur qui t’animait à prier notre Sainte Mère pour la conservation de mes jours, je pourrais donc dire en avoir ressenti l’effet dans mon voyage dans la péniche où je me vis entre la mort et la vie. Je ne cesse depuis ce moment de l’en remercier par de nouvelles prières, quoique depuis mon embarquement je n’aie cessé de m’acquitter de ce pieux devoir. C’est donc avec le plus grand plaisir que depuis la réception de ta lettre je m’unis avec toi de cœur et d’esprit pour prier ensemble à la même heure pour la conservation des jours de l’un et de l’autre, et ce moment m’est le plus doux de la journée en ce qu’il semble nous réunir. Mais je ne peux maintenant te rendre une si digne preuve d’attachement, en m’acquittant par une semblable peine, mais bien douce pour moi : c’est à mon arrivée à Audierne que je te remercierai doublement et par de semblables actions. Quoique toutes mes lettres ne t’annoncent chaque fois qu’une mauvaise situation de notre flottille, et que par celle-ci, je ne puisse encore te dire que nous sommes hors de danger, mon cœur est pourtant satisfait et joyeux après un si long temps d’avoir appris le bon état de ta santé. Le récit que tu m’as fait des caractères de nos chers enfants n’y a pas peu contribué ; et comme je vois, notre Séraphin promet un caractère comme sa mère et il paraît être vif et d’un esprit délié. Remercie ma mère des attentions qu’elle a pour lui, et prie-la pour moi de les lui continuer. Embrasse-la, et lui l’assure de mes sentiments d’amitié, de respect et d’attachement. Par tes lettres tu ne me parles plus de Victoire ; je t’engage à ne pas l’oublier dorénavant, et à lui dire de ma part mille choses honnêtes, ainsi qu’à ta mère que tu embrasseras pour moi, tes frères et sœurs, Passelais et son épouse et Jules, tu me feras savoir si Victor est marié, s’il ne l’est pas je t’engage à accepter la noce s’il t’en prie, et de lui faire bien mes compliments ainsi qu’à son épouse, son père et sa mère. Marque-moi s’il est resté quelques jeunes gens de mon temps à Coutances à leur passage par Granville, et des nouvelles du pays. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tu trouveras ma lettre mal écrite : nous dansons si fort par le mauvais temps qu’il m’est impossible d’écrire. Il est 6 heures, je vais souper, je suis de quart jusqu’à minuit. Tu pourras savoir le moment de la nuit que je veille : tous les jours impairs, je suis de quart depuis huit heures du soir jusqu’à minuit et le lendemain depuis minuit jusqu’à six heures. Je cesse pour le moment de t’écrire, t’embrassant mille et mille fois tendrement et nos chers enfants, et suis en attendant de tes chères nouvelles </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle époux,</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Même adresse : À bord de la 89<sup>e</sup> en relâche aux Pennemares ou à la suite de la division pour Audierne par Quimper et Pont l’Abbé.[^1]</p> [^1]: Collection Martin Jaillet.</body>