CS_Hinard_35.md

identifiantCS_Hinard_35.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1805/09/29 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 35 - </b> Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> À 2 lieues de Spire[^1], en Allemagne, le 7 vendémiaire an XIV [dimanche, 29 septembre 1805]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère et tendre Rosalie, par ma dernière lettre de Boulogne, je t’annonçais notre départ pour l’armée du Rhin ; notre division est en effet partie le jour que je te marquais, et nous autres fourriers à minuit et par un mauvais temps, chargés de tous nos effets et ustensiles de campement. Nous fûmes coucher à huit lieues dans les campagnes, les autres régiments de la division également dans les villages, et le lendemain les troupes se réunirent sur la route à un lieu assigné et continuèrent leur route. Je sentis toute la peine d’une route que j’étais obligé de faire, au sortir d’une maladie ; mais j’étais loin d’attendre qu’on nous eu fait marcher à grande journée comme on l’a fait, ne pouvant loger en ville par le grand nombre de troupes et étant obligés d’aller dans les campagnes à deux et trois lieues. Nous avons suivi la frontière en passant par Douai, Cambrai, Metz, Charleville, etc. Notre destination était comme je te l’avais marqué pour Strasbourg. À Metz, nous reçûmes des ordres pour Wissembourg[^2]. Nous changeâmes donc de route, et au fort de Bitche[^3], nous reçûmes de nouveaux ordres pour Spire, et de forcer la marche. Déjà nous avions essuyé et le mauvais temps, et de brûlantes chaleurs ; il fallut encore essuyer plus de fatigue et arriver le 7 ; nous traversâmes les montagnes et les bois de la Champagne pouilleuse et de l’Allemagne française, n’entendant un seul mot de leur langage, et nous sommes arrivés ce jourd’hui à onze heures du matin aux environs de Spire[^4], et où j’ai été faire les vivres à ce dernier endroit pour le régiment avec les autres fourriers. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère Rosalie, à mon départ de Boulogne, je ne croyais en m’éloignant de toi chaque jour, que changer de garnison et de cantonnement, et d’aller en garnison dans quelques villes ou campagnes sur la rive du Rhin. Mais il en est autrement ! Chère amie ! Demain à quatre heures nous passons le Rhin[^5] pour aller sur le pays ennemi. Trois divisions sont déjà passées et sont à dix à douze lieues dans le pays ; nous avons des vivres pour six jours d’avance, et sommes munis de cartouches. Il me faut donc passer par tous les hasards que procure mon malheureux état, privé de recevoir de tes chères nouvelles, n’en ayant point reçu depuis mon départ, et peut-être ne pouvant d’en donner ni en recevoir. Tendre amie, ma position est bien triste en ce moment, et la tienne me donne la plus grande inquiétude. Je ne puis avoir la douce consolation de savoir l’état de ta santé, celui de nos chers enfants et de nos mères, et quand en apprendrai-je. Ne néglige malgré tout aucun moment à m’écrire. Comme le pays où nous allons bivouaquer est gouverné par le Duc de Bavière et qu’il n’est point d’accord de faire la guerre avec son Empereur[^6], peut-être pourra-t-on avoir communication libre. Il te sera plus commode de m’écrire que moi à raison du port des lettres qui seront fort chers et ne pouvant les affranchir. Malgré tout, si Dieu me conserve des jours, que ce soit pour nous réunir un jour. Mais si le malheur nous sépare, chère Rosalie, je te recommande nos enfants et ma mère. Parle-leur souvent de moi, et qu’ils prononcent mon nom dix ans après ma mort. Quant à toi, ma bien aimée, je connais ton cœur, il m’est un […] garant de ton souvenir. Je te laisse libre[^7], mais de grâce ne m’oublie jamais, et crois que mon cœur ne fut jamais qu’à toi. Il est huit heures du soir, je t’embrasse mille, mille et millions de fois, ainsi que nos mères et nos enfants et te souhaite le bon soir. Je pleure, mais mes larmes ne peuvent me guérir de la perte de celle que je ne cesserai de nommer Rosalie Passelais, femme </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Répond : Hinard fourrier à la 7<sup>e</sup> Compagnie du 1<sup>er</sup> Bataillon du 40<sup>e</sup> régiment d’infanterie de ligne, faisant partie de la 4<sup>e</sup> division de la 4<sup>e</sup> armée commandée par M. le Maréchal Soult[^8], de l’autre côté du Rhin par Spire. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Levée[^9] se porte bien. Je l’ai vu hier. Il part également demain. Je n’ai pu le voir avant de fermer ma lettre.[^10]</p> [^1]: La ville de Spire, sur les bords du Rhin, fait alors partie du territoire français, en tant que sous-préfecture du département du Mont-Tonnerre. Elle fait office de porte d’entrée vers l’Allemagne. [^2]: Ville française située dans le département du Bas-Rhin, sur l’actuelle frontière avec l’Allemagne. [^3]: La citadelle de Bitche, chef d’œuvre de l’art militaire, est située en Moselle, à environ 60 km au nord-ouest de Strasbourg. [^4]: Le trajet Boulogne-sur-Mer-Spire se sera donc fait en 29 jours, du 1er au 29 septembre 1805, pour une distance d’environ 615 kilomètres. Cela fait une moyenne de 21 kilomètres parcourus par jour. [^5]: Le corps du maréchal Soult a passé le Rhin le 26 septembre pour se porter sur Heilbronn, Hinard a donc quelques jours de retard sur l’avant-garde. La route de Soult depuis Heilbronn passe alors par Oeringen, Hall, Gaildorf, Abtsgmünd, Aalen et Nördlingen. [^6]: Le duché de Bavière est un État membre du Saint-Empire romain germanique, placé sous la tutelle symbolique de l’empereur du Saint-Empire, qui n’est autre que François Ier, empereur d’Autriche et adversaire de Napoléon. Dans la guerre de 1805, le duc de Bavière Maximilien Ier est néanmoins l’allié de Napoléon contre « son » empereur, ce dernier ayant tenté d’envahir ses terres au début du mois de septembre. [^7]: Comprendre : libre de te remarier après ma mort. [^8]: Par un courrier adressé au maréchal Berthier, ministre de la Guerre, le 29 août 1805, Napoléon annonçait la répartition de la Grande Armée en sept corps, dont le quatrième, composé de trois divisions et d’une division de cavalerie légère, est placé sous le commandement du maréchal Soult. [^9]: Pierre Levée (1783), cousin d'Hinard, conscrit de l'an X, caporal en 1808, réformé le 21 janvier 1810 (SHD/GR, 21YC 350). [^10]: Collection Martin Jaillet.</body>
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