| identifiant | CS_Hinard_27.md |
|---|
| fait partie de | lettres_soldats |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1804/07/08 00:00 |
|---|
| titre | Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 27 - </b>Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Des Pennemares, le 8 juillet 1804</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, je m’empresse de t’écrire pour te donner de mes nouvelles, d’après ma dernière lettre, mais sans avoir le plaisir d’en recevoir des tiennes depuis deux mois. Ce silence, ma chère amie, ne laisse pas que de m’occuper beaucoup, ne sachant si tu jouis d’une bonne santé, ainsi que nos chers enfants, nos mères et toute notre famille. Pour la mienne elle est passable, car jamais il ne m’a ennuyé comme ici, ne pouvant aller à aucun endroit soit pour t’écrire ou m’assurer qu’il n’y a point de lettre ou qu’il y en a, ne mettant point le pied à terre aucunement. Ma dernière lettre de Bénodet t’invitait à ne m’écrire que lorsque je t’aurai donné moi-même le premier de mes nouvelles, étant sur le point de partir, et comme nous l’avons fait, et à mon arrivée aux Pennemares, je t’y ai écrit et fait mettre la lettre affranchie à la poste de Quimper par un militaire à bord d’une des péniches qui y avait été faire des vivres et ma dernière de cet endroit que j’ai fait mettre à terre, et par laquelle je t’annonçais la résolution de notre commandant. En effet, trois fois nous avons appareillé le soir pour sortir, mais les brumes qui sont survenues étant si épaisses, et se levant le soir, nous empêchèrent de pouvoir y voir devant nous à nous débarrasser des rochers : toute la division témoignait son mécontentement d’une pareille action, lorsqu’un ordre est arrivé de Brest défendant à aucune division de sortir jusqu’à nouvel ordre. Les officiers de la division d’après cet ordre observèrent au commandant tous les dangers où il aurait peut-être exposé sa flottille et le désavantage pour lui d’une pareille action, mais lui qui ne cherche que l’occasion de faire un coup pour lui procurer de l’avancement, ne regardait point à cela. Et le jour Saint-Pierre[^1], je manquais avec mes camarades de subir le même sort que ceux de la canonnière d’Audierne : ce jour-là, à cinq heures du soir, un petit bâtiment parut dans le sud. Notre commandant voulant savoir ce que c’était envoya une péniche vers lui, et fit mettre à bord des militaires et des sergents de tous les bords armés ; moi étant de quart à cette heure, je me trouvais pour y aller. Enfin, après une heure de marche vent arrière, nous joignîmes ce bâtiment à demi portée de canon, et qui d’après un coup que nous lui tirâmes pour assurer son pavillon, fut reconnu neutre. À notre coup de canon, la frégate qui était mouillée à son lieu ordinaire mit aussitôt à la voile et dans trois quarts d’heures nous joignit ; l’ayant aperçue, nous primes le parti de marcher à l’aviron. Ayant le vent contraire pour revenir, nous ayant joint à demi portée, elle nous tira deux bordées à mitraille, qui heureusement partirent toutes dans l’eau et par-dessus nos têtes. Résolus à ne point nous rendre, nous nageâmes de toutes nos forces et parvînmes à gagner les rochers où nous nous mîmes derrière à l’abri de ses boulets et à portée de fusil, tandis que notre division dépêcha les deux autres péniches pour venir à notre secours et faisait un feu terrible sur la frégate pour l’empêcher de mettre des embarcations en mer qui seraient venues nous capturer. J’en réchappai donc d’une belle, et en remercie Dieu. Notre capitaine a été à un bourg nommé Pont-l’Abbé changer des louis, et a payé les militaires : il m’est revenu trente-deux francs sur quarante-huit, il nous a gardé le surplus pour avoir des effets d’ordonnance et qui nous sont dus. J’attends mon arrivée à Audierne pour te les faire passer, je ne puis mettre le pied à terre, et il n’y a point de poste qu’à Quimper et au Pont-Croix à une lieue d’Audierne. Daigne donc, chère Rosalie, répondre à ma lettre si tu ne l’as déjà fait sur mes précédentes, donne-moi la douce satisfaction d’apprendre de tes chères nouvelles. Si je suis privé de ta présence et de celle de nos chers enfants, et au milieu des dangers, mon sommeil est toujours mêlé de songes où tu présides et nos chers enfants, et je puis dire, comme j’y ai fait attention, que depuis quinze jours je n’ai pas fermé l’œil que tu n’aies reposé avec moi. Ces songes m’occupent, ne recevant point de tes nouvelles : on a apporté une infinité de lettres de terre à bord du commandant pour toute la division, des camarades de notre bord et de Coutances en ont reçues, et je n’ai point ce plaisir. Réponds-moi donc poste pour poste aux Pennemares, par Pont-l’Abbé, arrondissement de Quimper, ou à la suite de la division pour Audierne, donne-moi des nouvelles de ma mère et l’embrasse pour moi, ainsi que la tienne, nos frères et sœurs et Victoire, tu diras bien des choses de ma part à Victor et son épouse, ainsi qu’à Passelais et son épouse, et Jules. Embrasse tendrement nos chers enfants pour moi, et reçois de ton fidèle époux le baiser le plus tendre.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Bonjour, bonjour ma chère Rosalie. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton époux,</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Donne-moi des nouvelles du Vée et du nouveau à Coutances, tu me marqueras s’il y a quelques conscrits de mon temps de restés en passant par Grandville. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Un nommé Drouet de Saint-Denis-le-Gast, conscrit vendu[^2], part ce jourd’hui pour aller à l’hôpital à Quimper, et c’est ce qui me procure le plaisir de t’écrire. J’affranchis la lettre, tu me marqueras s’il l’a fait. Nos péniches ne vont plus y faire de vivres, elles y ont été bloquées la première fois 8 jours, nous sommes réduits aux biscuits, au bœuf salé et à l’eau-de-vie deux fois par jour.[^3]</p>
[^1]: Fêté le 29 juin.
[^2]: Vraisemblablement, conscrit qui aura signé un contrat de remplacement pour partir à la place d’un autre.
[^3]: Collection Martin Jaillet.</body> |
|---|
| |