| identifiant | CS_Hinard_26.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/06/19 00:00 |
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| titre | Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 26 - </b> François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">À bord de la 89<sup>e</sup> canonnière, 2<sup>e</sup> division de Nantes, aux Pennemares, le 19 juin 1804[^1]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère épouse, j’entreprends avec la plus grande peine la tâche de t’écrire en ce moment, mais jaloux de te faire connaître jusqu’au dernier moment de ma vie combien tu m’es chère, je veux te le renouveler peut-être avant de mourir. Ô ! ma tendre amie, qu’il m’est cruel de t’écrire pour ne t’annoncer que des peines, et peut-être pour la dernière fois, mais enfin je ne pourrais abandonner cette vie, ou je ne mourrais pas content si je ne te donnais de nouvelles preuves de mon amitié. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Notre commandant a la cruelle résolution de vouloir prendre une frégate anglaise qui nous bloque, à l’abordage, dans une nuit calme, et déjà nous avions reçu l’ordre ce matin de se tenir prêts pour ce soir si le calme durait comme ce matin, mais Dieu merci il vente et ce ne sera point peut-être cette nuit, si le temps dure. Cette tâche est surnaturelle, mais il faut obéir : je fais donc des voeux pour que le temps ne se calme point et mon espoir de te presser contre mon coeur et nos chers enfants ne sera point perdu ; nous avons fait aujourd’hui la manœuvre de l’aviron et le simulacre de l’abordage pour y exercer les équipages.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma dernière lettre te faisait part de l’attaque que nous avons eue avec les deux frégates anglaises : elles sont revenues différentes fois nous canonner, mais elles ne nous ont rien fait, n’ayant pu approcher, crainte des rochers. Je désirerais plutôt subir un semblable combat, et de plus près, que partager l’abordage, quoique je ne sois pas du nombre de ceux qui y montent, comme je te l’ai marqué par mon avant-dernière lettre, mais je cours les mêmes dangers en approchant si près d’un bâtiment supérieur en force à nous et capable de nous couler d’une bordée.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La division d’Audierne est sortie il y a huit jours dans la nuit, la crainte de rencontrer l’ennemi leur a fait côtoyer la côte et passer par un détroit plein de rochers, la malheureuse canonnière qui était la commandante a touché sur une roche et s’est perdue corps et biens sans qu’on ait pu sauver personne, neuf se sont sauvés à la nage au nombre desquels était le commandant et 94 ont été la proie des eaux.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je n’ai point encore reçu ta réponse sur mes deux dernières lettres, et mon inquiétude augmente encore mes peines, puissé-je avoir le temps d’en recevoir avant de nous mettre en devoir de capturer cette frégate. Les craintes de la mort ne m’effrayent point, mais le regret d’abandonner ce que j’ai de plus cher au monde fait mon plus cruel tourment. Espérons néanmoins tout de la miséricorde de Dieu, mais si ce malheur m’était réservé, je te recommande nos chers enfants et ma mère ; tes vertus et ta tendresse m’assurent de l’amitié que tu auras pour eux, et de les élever dans les mêmes principes de leur mère. Si Dieu veut que j’en réchappe, ce ne sera que pour nous réunir un jour et les élever ensemble, mon regret est bien grand de ne pouvoir vous revoir, et surtout notre petit Paul que je ne connais pas, mes larmes ne se tarissent point lorsque je pense que je suis privé de nous voir, oh ! C’est bien là tout mon chagrin. Cependant, ma chère Rosalie, ayons une entière confiance en Dieu, et espérons tout de lui, il n’est quelque grande guerre qu’il n’eût réchappé, mais en te faisant une semblable lettre, mon cœur est content de te prouver qu’il t’adore. Embrasse ma mère et la tienne pour toi, et invite la mienne de signer ta réponse, ce qui me prouvera qu’elle a pour moi de la tendresse. Je t’embrasse mille et mille fois tendrement et nos chers enfants, et suis et serai jusqu’au dernier soupir celui qui ne cessa de t’adorer dans son coeur.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton époux,</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/></p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Embrasse Passelais et son épouse pour moi, ainsi que nos frères et soeurs et Victoria et son époux. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, si le malheur nous sépare, je te laisse libre de ton cœur, mais n’oublie jamais celui que tu nommas cent fois ton cher Hinard.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il est 6 heures il vente encore, je vais veiller cette nuit. Bonsoir, bonsoir la plus digne épouse. Réponse de suite.[^2] </p>
[^1]: Il est à noter qu’Hinard n’a pas noter de date révolutionnaire.
[^2]: Collection Martin Jaillet.</body> |
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