| identifiant | CS_Hinard_25.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/06/05 00:00 |
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| titre | Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 25 - </b>Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Des Pennemares[^1], le 16 prairial an XII = vieux style, 5 juin 1804[^2]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, par ma dernière lettre, je te faisais part de l’ordre que nous avions reçu de partir de Bénodet et de l’appareillage que deux fois nous avons également fait pour sortir, mais, sans que les vents nous l’aient permis. Depuis ce moment, tous les équipages étaient consignés à bord, et nous avons effectivement sorti, mais à la rame, et fait quatre lieues le premier jour, de cette manière, ce qui n’était point une petite peine. Enfin, après avoir relâché le samedi au soir qui suivait le jeudi du Saint-Sacrement[^3] en mer, nous avons parti le dimanche qui est avant-hier de cet endroit, et avons été pour faire route pour Audierne, mais on a signalé deux frégates anglaises mouillées à une lieue de l’autre côté des Pennemares ; nous avons continué notre route et avons arrivé à cet endroit le plus propre pour notre abri, à dix heure du matin. Mais à peine étions-nous mouillés dans cet endroit que les deux frégates nous ayant aperçus ont mis à la voile et sont venues vers nous, et enfin, après avoir pris leurs bordées, elles nous ont approchés à trois heures et demie d’après-midi. Aussitôt notre commandant a signalé l’ordre de combat et a envoyé vers l’ennemi nos trois péniches pour reconnaître sa position ; l’ennemi de son côté en mit quatre en mer qui prirent le large, une des frégates fit feu sur les nôtres qui se retirèrent, de suite notre division s’étant embossée[^4] fit également feu de tous les bords, et leurs péniches s’étant approchées parmi les roches, on fit sur elles un feu très vif, qui fut répété par les deux frégates, et après une heure et demie de combat, elles se retirèrent, ne voulant avancer plus près, crainte d’échouer sur les roches qui nous sont d’une grand secours. Heureusement, personne de notre division ne fut blessé ; hier, elles sont revenues, mais les vents ayant changé, elles n’osèrent aborder, et ce jourd’hui à onze heures, elles ont profité de la marée haute et sont revenues nous attaquer. Nous avons encore répondu à leur attaque mais avec plus de force que la première fois, car comme nos canons sont de 24 et 36, et qu’elles n’en ont que de 18, nous les atteignons de plus loin : nous en sommes encore quitte après deux heures de combat pour la peur, j’ai donc ma chère Rosalie le plaisir de pouvoir t’écrire, mais je n’aurais point eu ce plaisir sitôt si on n’eut point été faire des vivres à Quimper. Je t’engage à me donner de suite de tes nouvelles, tu m’adresseras ta lettre par Quimper, en relâche aux Pennemares, ou à la suite de la division pour Audierne, mais je ne pense pas que nous y allions sitôt, ne pouvant bouger, l’ennemi étant toujours devant nous. Je désirerais néanmoins y arriver bientôt pour pouvoir être payé, car où nous sommes, il n’y a que des roches et de l’eau. Je te prie de me répondre sur ma dernière lettre pour au sujet des jeunes gens qui ont été au pays, je ne puis t’en dire davantage pour le moment, seulement qu’il m’ennuie on ne peut plus d’être loin de toi. Nous ne dormons point depuis trois jours, nous veillons tout l’équipage toutes les nuits, et le jour, à peine avons-nous le temps de nous livrer au repos, toujours être prêts à se battre, voilà comme nous sommes ici. Embrasse nos mères, frères et sœurs pour moi, ainsi que Passelais et son épouse et Jules ; tu diras bien des choses de ma part à Victor et à son épouse, marque-moi l’état de notre petit Paul, embrasse-le pour moi, ainsi que mon cher Séraphin, sans oublier celle que mon cœur adore qu’est toi, ma chère Rosalie. Épargne ta santé et vis pour nous réunir un jour avec le secours de Dieu. Au moment où je t’écris, une des frégates vient encore vers nous et l’on appelle tout le monde sur le pont.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle époux,</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
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<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> La fin de ma lettre poste qu’il vient encore une frégate vers nous. En effet, nous venons encore d’essuyer notre canonnière seule sa décharge comme étant la plus avancée de la division : il n’y a encore aucun mal, l’autre frégate fait voile pour Audierne et l’autre est mouillée devant nous, son canot sonde le terrain pour voir si elles peuvent aborder. Bonsoir ma Rosalie, je vais souper, et veiller. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je charge un militaire de la péniche qui va faire les vivres d’affranchir ma lettre, tu me marqueras s’il l’a fait.[^5]</p>
[^1]: Pennemare, toponyme connu uniquement au singulier dans la bibliographie, « entre Lorient et Brest » (Mercure historique et politique de Bruxelles, 1781, p. 123), également cité dans Journal historique et littéraire, I, tome CLIX, Luxembourg, mai 1781. Il correspond aujourd’hui à la pointe de Penmarc’h, à l’extrémité sud de la baie d’Audierne, à une trentaine de kilomètres de Quimper ; la carte de Cassini de 1740 porte bien l’orthographe « Penmarc’h ».
[^2]: La conversion de date est de l’auteur. L’Empire étant proclamé (18 mai 1804), pour Hinard le calendrier républicain est aboli et devient pour lui du « vieux style ». Pour un temps ses lettres ne sont plus datées que du calendrier grégorien.
[^3]: Vraisemblablement le jeudi 31 mai 1804 : la fête du Saint-Sacrement, à cette époque, se déroule le jeudi suivant la fête de la Sainte-Trinité, soit soixante jours après Pâques. Le samedi qui suit est donc le 2 juin, ce qui correspond bien à la datation du dimanche au 3 juin.
[^4]: C’est-à-dire fixée dans une certaine position grâce aux ancres et aux câbles de mouillage.
[^5]: Collection Martin Jaillet.</body> |
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