CS_Hinard_23.md

identifiantCS_Hinard_23.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1804/04/19 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 23 - </b> François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Toujours rivière de Quimper, le 29 germinal an XII [19 avril 1804]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, je me croyais enfin privé de recevoir de tes chères nouvelles, quand j’ai reçu ta lettre par l’agent comptable de notre bord, et par laquelle j’ai appris l’état de ta santé, ainsi que celui de ma mère auquel je donne réflexion. Celui de tes parents paraît être assez bon, excepté notre bonne Victoire qui n’a cessé un moment d’occuper mon esprit ; Dieu veuille que toutes vos santés soient meilleures, et la continuation bonne de nos chers enfants. Pour la mienne, elle est passable, car je ne verrai jamais le moment d’être sur nos côtes pour me rapprocher de toi. Ô ! ma chère Rosalie, que les instants que je passe loin de toi sont amers ! Ils n’ont jamais oublié qu’une épouse m’est chère, ou plutôt, que les moments que je passe absent de toi me sont cent fois plus cruel que la plus grande misère. C’est, ma bonne amie, la seconde lettre que j’aie reçue de toi depuis mon départ de Paimboeuf, et la première je l’ai reçue ici voilà huit jours, datée du 2 février, et celle-ci ce jourd’hui. Je te laisse, chère épouse, à apprécier combien j’ai eu de plaisir à recevoir de tes nouvelles depuis près de trois mois que je n’en avais reçues, et ayant relâché autant de temps dans chaque endroit que nous l’avons fait. J’en attribue justement la cause aux postes qui ne se suivent point à raison des diverses relâches que font les flottilles dans les rivières et anses de la côte. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Voilà bientôt un mois que nous sommes ici, et nous n’avions aucune nouvelle. Mon capitaine m’invita il y a trois semaines de faire sur la côte des recherches du bateau plat où était mon sergent-major : j’ai été trois jours en route et je l’ai rencontré à Audierne. J’ai appris les détails de la sortie de la division, et on s’est trompé en disant que le sien était pris : c’est au contraire un du second accompagné de la perte d’une canonnière de notre premier bataillon, et un du second [sic]. Quant à nous, je désirerais bien que nous désarmerions, mais nous n’avons encore aucune nouvelle, plut à Dieu que nous passions de quelque manière que ce soit du côté de Granville, car les fers me sont préférables à l’envie d’aller d’embrasser [sic]. Quant à la division 1re, partie de Nantes, il paraît certain qu’elle a été attaquée proche Port-Malo, et qu’elle a perdu plusieurs bâtiments. Je te prie de m’en faire part, si tu en as connaissance. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère Rosalie, deux raisons m’ont porté à te faire une réponse à deux arguments que contiennent ta lettre : sache, chère amie, que Brest ne renferme point nulle personne capable de me faire penser autrement que je ne pense (et vers toi), que nous ne relâcherons jamais à Brest, mais bien à Camaret, et que ce que j’ai promis à mon cher Séraphin n’a jamais été dicté que par mon cœur. Je ne te ferai point une litanie de mots à cet égard : il me suffira de te dire que nous n’avons point été payés depuis Nantes, et que d’après les états qui nous ont été demandés par le sous-inspecteur, nous devons toucher deux mois nets. Sitôt touchés… je t’écrirai. Mais ma bonne amie, nous n’avons encore reçu depuis notre embarcation que 7“ 10s pour indemnité de cambuse, et seulement les sous-officiers : les soldats n’ont rien touché. J’ai appris avec plaisir la santé de notre chère […] et l’envie de notre mère de lui faire d[…] mais tu me dis que tu n’as pas pu, ni elle […] rien de Mme Caille. Je partage cette mauvaise foi de sa part, en ce qu’elle se constitue débitrice. Vous, ma chère mère, c’est pour la première fois que j’ai vu tracés de votre main des préceptes que je ne saurais enfreindre ; soyez de votre fille, de votre fils qui ne cesse de penser à vous, l’appui. Et que le plus grand danger soit pour me rapprocher de vous ; trouvez près de ma chère Rosalie la consolation que je ne puis vous donner, elle est digne d’une telle charge, et vous ne sauriez que trop couler de jours avec celle qui n’a cessé de vous louer et vous estimer en moi, daignez apposer votre seing à ses lettres. J’embrasse tendrement nos chers enfants, ainsi que nos mères, frères et sœurs, Passelais et son épouse que je désire bien voir, et comptez à jamais sur la fidélité de celui qui ne vit que dans la plus grande impatience de te donner le plus tendre baiser. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle et sincère époux, </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard, fourrier</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Nota : quoique je finisse ma lettre, je ne suis pas sans te demander de me faire part de notre cher Paul ; toi mon bon Séraphin, et toi mon cher Paul, loin de vous, je n’oublierai jamais ce que l’amitié paternelle et l’amour me commandent pour vous, je n’envie que l’instant d’être prêt de votre chère mère pour vous prodiguer mes amitiés. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je n’ai reçu aucune de tes lettres où tu me faisais le détail du procès de Dumont : tu ne peux craindre de m’en faire un détail, n’y ayant aucune part, et je trouve étonnant que ceux qui étaient au greffe du temps y aient été ramenés pour le sauver. C’est une grande ignominie : fais m’en part dans ta lettre prochaine. Même adresse. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Marque-moi si les lettres que je t’ai écrites depuis Paimboeuf t’ont été remises affranchies, j’en ai toujours payé le port avec l’argent de ma cambuse, je ne puis t’affranchir celle-ci. Il [existe ?] une correspondance à la division maintenant qui n’en reçoit pas.[^1] </p> [^1]: Collection Martin Jaillet.</body>