CS_Hinard_22.md

identifiantCS_Hinard_22.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1804/03/18 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 22 - </b>Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> De l’embouchure de la rivière de Quimper, le dimanche 27 ventôse an 12 [18 mars1804]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère Rosalie, il m’est bien doux de profiter d’une relâche et des besoins de vivres pour notre division pour avoir le plaisir de t’écrire, mais il n’est point égal à celui que j’aurai de recevoir de tes nouvelles, depuis deux mois que j’en suis privé. Je comptais en recevoir de toi à Lorient comme je t’avais invitée à m’y écrire, mais notre division n’a relâché qu’à une lieue de Lorient devant le port Louis[^1] et nous avions défense de communiquer avec la terre, ce qui m’en a privé. Du moment où je t’ai écrit de la rivière d’Auray, nous n’avons pas pensé arriver où nous sommes, car journellement les mauvais temps et l’Anglais nous en empêchaient. Je suis donc bien inquiet de savoir de tes nouvelles et de nos chers enfants, car je suis privé de tout, tout à la fois, et ne vois plus personne de connaissance ni autres avec qui je pus m’entretenir du pays. Nous désirerions bien être tous débarqués car plus nous allons, nous sommes mal et il paraît que notre arrivée à Camaret[^2] proche Brest où nous devons relâcher ne sera pas si tôt, malgré qu’il faille nous y rendre. Nous avons appris, depuis deux ou trois jours que nous sommes ici, que le bateau plat où était mon sergent-major et une de nos canonnières qui étaient restée en arrière, ont été pris par l’Anglais. Mais la première division de nos gens qui était partie de Nantes et qui était relâchée dans la baie d’Audierne[^3] proche Brest, ayant voulu sortir, a été surprise par l’Anglais et a eu de grands malheurs, puisque l’Anglais leur a pris une ou deux bâtiments, en a coulés autant et en a brulés, et obligés les autres de se jeter à la côte où ils se sont brisés. Tels sont les rapports qui viennent d’être faits à la chambre de nos officiers et que l’on tait et que l’on met sous secret. Dieu veuille que nous n’ayons point une semblable rencontre ! Nous sommes maintenant réunis dans cette rivière une corvette, quinze canonnières et quarante bateaux plats au moins, mais depuis cette réunion nous sommes également visités tous les jours par une frégate et une corvette anglaise, aussi nous ne pouvons savoir combien nous serons encore de temps à nous rendre à Brest ou ailleurs pour relâcher, aussi récris moi de suite ici, ou à la suite de la division à Brest. Je n’ai pu entrer à l’hôpital à Lorient pour me soustraire à la continuation de la route par mer mais d’après encore tous les rapports, peut-être n’irions-nous pas à Boulogne par mer. Chère Rosalie, il est douloureux pour moi de n’avoir pu accomplir mon désir, ayant été trompé à notre départ de Nantes comme on nous le promettait et comme il avait été fait aux précédents embarquements, et par ma gale. Tu m’auras accusé d’ingratitude et d’insouciance : ô tu te seras trompée, car jamais je ne me fis une semblable injustice, et je ne sens que trop combien il est dur, le temps que je passe loin de toi et de nos chers enfants, et l’ennui que j’éprouve n’est pas à apprécier. Je désire bien apprendre de tes nouvelles pour savoir l’état de ta santé et de celle de nos chers enfants ; je te prie de ne point y mettre de retard.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je finis ma lettre en t’embrassant tendrement et mon cher Séraphin sans oublier mon pauvre petit Paul, nos mères que tu embrasseras pour moi, frères et sœurs… et suis pour la vie le plus fidèle et sensible époux, </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Au citoyen H…. fourrier de la 10<sup>e</sup> compagnie du 40<sup>e</sup> régiment à bord de la canonnière 89<sup>e</sup> en relâche à l’embouchure de la rivière de Quimper ; par Quimper à Bénodet ou à la suite de la division en route pour Brest = à Quimper =[^4]</p> [^1]: La citadelle de Port-Louis, bastion érigé au XVIe siècle, protège l’accès à la rade de Lorient, ville dont elle séparée de 15 km par terre mais seulement de 3 km par mer. [^2]: Camaret-sur-Mer, qui protège la rade de Brest dont elle séparée par mer de 15 km. [^3]: Fragment du littoral du Finistère borné par la Pointe du Raz au nord et par la pointe de Penmarc’h au sud, il se situe à env. 50 km à vol d’oiseau au sud de Brest. [^4]: Collection Martin Jaillet.</body>