CS_Hinard_18.md

identifiantCS_Hinard_18.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1803/12/25 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 18 - </b>Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Nantes, le 25 décembre 1803[^1] = le jour de Noël </h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, c’est avec le plus grand plaisir que je viens de recevoir de tes nouvelles et de celles de tous nos parents depuis mon départ de Brest. Tu n’avais appris de mes nouvelles que par les lettres de Le Rendu et Levée, et par celle de ce dernier je te demandais de m’écrire, n’étant point embarqué comme l’ordre à notre arrivée à Nantes nous le marquait. Il m’en a coûté de n’avoir pu recevoir tes chères lettres, et il en a coûté à ma santé malheureusement, tu l’as dû apprendre par la lettre de Levée, et celle-ci ne t’annonce point une parfaite santé. J’ai donc reçu tes deux lettres, mais ce n’était que le 26 frimaire[^2] à mon retour de la Vendée, où notre corps a été pour apaiser les bruits et faire tirer[^3] les conscrits qui s’étaient révoltés et avaient assassiné un gendarme et dix chasseurs de 12<sup>e</sup> légère ; mais dieu merci dans notre route, il n’y a eu aucun accident. J’ai eu le désagrément d’être obligé d’y aller avec ma gale, n’ayant point d’hôpital à Nantes. Je croyais pouvoir aller à Rennes, mais plusieurs en ont été renvoyés, n’y en ayant point non plus. J’ai donc pris sur moi, comme je te l’avais marqué, de la traiter, avant et depuis mon retour, et je n’ai pu parvenir à la faire passer. J’aurais eu un billet d’hôpital pour un autre endroit si je l’eus voulu, et si je n’eus été obligé aussi de rendre les comptes de la compagnie à la fin du trimestre avec mon sergent-major. Mais voyant que je m’éloignais de Nantes, et que je ne me rapprochais pas du pays, j’en suis resté là jusqu’à il y a quatre jours, qu’il a été établi par notre corps un hôpital pour le mal où je suis, n’ayant pu me croire à même de pouvoir subvenir à la traiter. Levée est malheureusement parti à La Roche-Bernard avec elle pour embarquer, je ne sais s’ils le sont. On ne parle point du restant du bataillon que nous sommes pour embarquer, et le bruit serait plutôt que nous irons par terre conduire le drapeau à Saint-Omer. Encore ? quelle sera notre route : Dieu le veuille. Eh ! Tu peux le juger.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, je n’ai pas été peu surpris de ta première lettre, en apprenant combien notre pauvre petit Paul a été, et peut-être est ; et de voir que ma mère n’ait point été touchée de nos maux. Si le malheur nous poursuit, même au milieu de notre famille (la mienne), quel souvenir peut au loin les rappeler à ma mémoire ? Je ne puis penser jusqu’à quel point ma mère refuse, à mes prières, des secours à sa petite-fille. Les sentiments de la nature ne peuvent être étouffés en elle.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Par ta dernière, j’ai reçu l’annonce des effets que tu m’envoyais : j’ai été à la messagerie et j’ai touché le paquet. Je n’y ai point trouvé de lettres, mais j’y ai trouvé un témoignage bien doux de ta pensée. Au milieu des sabots, on a besoin de chaussons et on ne peut s’en procurer avec un plus grand plaisir. J’y aurais fait honneur dans mon hôpital, mais un gibier nantais plus fin que moi n’a su m’en dérober qu’un (et mon sac serait bien petit), s’il ne revoit la main de celle qui l’a offert. Elle ne m’annonce encore, ta dernière, une parfaite santé de notre petit, et ce qu’à juste raison tu réclames d’un époux qui ne doit songer qu’à vous. Je partage votre peine, et si je puis y venir au secours, ce sera le plus grand plaisir que j’aie ressenti depuis un an. Je ne t’annoncerai rien par cette lettre, je n’ai point d’argent à moi à l’instant. Lundi prochain, lendemain de l’an, je mettrai à la poste un louis, avec le reçu dans la lettre que je t’écrirai. Daigne, ma chère Rosalie, patienter jusqu’à ce moment. Il n’est que trop vrai que les maux que je t’annonce sont encore une suite du retard que j’ai mis, joint au plaisir que j’espérais avoir d’aller au pays en allant à l’hôpital. Fais part de ma lettre à ma mère si tu le juges à propos. Embrasse-la pour moi, ainsi que la tienne, tes frères et sœurs, Passelais et son épouse et Jules.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il n’y a rien de nouveau au sujet des oiseaux : le far les contient toujours, et il y a plus de deux mois que je ne les ai vus, n’ayant point voulu défaire la boîte ; je veux les porter moi-même. Tu dois sous peu de temps entendre parler du convoi de bateaux plats qui porte nos troupes, il est en route voilà quinze jours. Fais m’en part. Embrasse nos chers enfants pour moi et reçois au commencement de cette année les témoignages de la plus constante amitié de la part de ton fidèle époux.</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Assure s’en tes mères, frères et sœurs, cousins et cousines. Je vais écrire à ma mère, ignore s’en et souhaite-lui une bonne année pour moi, si tu juges à propos de lui dire que je t’ai écrit.[^4]</p> [^1]: On relèvera l’unique recours au calendrier grégorien. [^2]: 18 décembre 1803. [^3]: Le tirage au sort des conscrits est instauré par la loi du 3 décembre 1803. [^4]: Collection Martin Jaillet.</body>
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