| identifiant | CS_Hinard_15.md |
|---|
| fait partie de | lettres_soldats |
|---|
| est validé | oui |
|---|
| date | 1803/10/17 00:00 |
|---|
| titre | Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais |
|---|
| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 15 - </b> François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Brest, le 24 vendémiaire an XII [17 octobre 1803]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, j’ai reçu ce matin ta lettre datée du 17 du mois qui m’apprend l’état de ta santé, celle de nos enfants, de nos mères et de toute notre famille. Pour la mienne, elle on ne peut affligeante, je ne sais comment m’y prendre pour retourner près de toi, ce qui m’occupe sans cesse. J’ai donné des larmes à la perte de notre bonne Louison, elles ne sont point encore taries, mais j’ai donné aussi sur ton état et le mien, car en ce moment il est très embarrassant pour moi. Oui ma chère Rosalie, le désir de retourner près de toi me retient à t’envoyer ma petite économie, car je me trouve réduit à suivre le corps, n’ayant plus de moyens de pouvoir faire la route sans pain ni étape et logement. L’ordre du ministre est arrivé : notre second bataillon embarque pour Boulogne sous dix jours. Quant au nôtre on ne sait la route qu’il tiendra. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Par ma dernière lettre, je te demandais quelques chemises et mouchoirs, ne pouvant savoir ce qu’on fera de nous. Je serais bien aise de les recevoir, et peut-être serons-nous partis avant qu’elles soient arrivées, et le port en deviendrait fort cher. Tandis que si nous allons par terre comme il le paraît, je peux les prendre en allant à Coutances si elles sont à la messagerie, au hasard. Si elles n’y sont pas, fais-en à ton idée, car je ne puis prendre aucune résolution, étant aussi tourmenté de cette marche. J’attends ta réponse à ma dernière pour me faire part de ton opinion : qu’elle soit pour notre réunion, c’est ce que je désire. Tu me dis que je puis encore, avec ce qui me reste, faire le jeune homme : 54 sols tous les 5 jours sur quoi il faut payer 25 pour l’ordinaire, vois ce qu’il me reste pour l’entretien et l’économie. Je m’attendais certainement à plus de bénéfices dans la place de fourrier qu’il n’y en a, le tout c’est la tranquillité. D’ailleurs ce n’est point envers celle que l’on aime qu’on lui tienne un pareil langage, tout mon unique désir est de venir à ton secours tant que mes petits moyens me le permettront. Je ne te ferai point de vaines promesses, je vais t’envoyer par la prochaine lettre ce que je te promis, mais je suis dans la cruelle nécessité d’être privé d’aller te voir si je n’ai pas le sol pour faire ma route. Voilà ma chère Rosalie les observations que je te fais, désirant de tout mon cœur te revoir.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tu me fais des reproches de ce que je n’ai point écrit à Mme Billard : dans ma dernière je ne lui écris point encore. Je te charge de la poster, mais tu trouveras dans celle-ci une pour lui remettre que tu cachetteras, et selon la réponse qu’elle aura pu te faire, remets celle-ci à ma mère et cachète-la, tu verras ce que je lui mande. J’attends donc ma chère Rosalie ta réponse, puisse-t-elle m’être satisfaisante car si j’étais privé d’aller te voir, l’hôpital ne ferait pas de même. Ce désir doit te prouver combien je mets d’attache à rester à Brest : il m’est si odieux que plus j’y reste, plus l’ennui me dévore. Vivons donc, ma bonne amie, dans l’espoir de nous revoir sous peu, et que ce soit pour rester à jamais ensemble.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il m’est pénible de voir que Séraphin ait pris un semblable accent de parler, fais-lui en perdre l’habitude et que la trop grande amitié que tu as pour lui ne lui soit point funeste. Tu aimes bien, châtie bien, fais-le surtout aller à l’école, et ne le laisse pas entrer dans la […] pernicieuse des enfants du temps. Que je le trouve à mon arrivée doux, et poli, et il trouvera un papa qui certainement l’aime bien. Quant à notre petit Paul, combien l’amour de douceur qu’il témoigne me plaît, et la ressemblance de celui qui ne cesse de me faire verser des larmes ; je le verrai donc, une fois, si le malheur m’éloigne pour toujours de tout ce que j’ai de cher.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je trouverai donc bien du changement dans notre ville, qu’il me plaît de t’entendre m’en faire un détail, nous les visiterons ensemble ces changements, et ils auront pour moi une double jouissance. Tu me demandes ce que tu dois faire du plan qui était chez Passelais. C’était un plan qui m’avait été donné pour renvoyer dans le tribunal de l’arrondissement auquel il appartenait. L’expertise étant faite et le procès jugé, il n’est utile à rien puisque le procès est fini, ainsi tu peux le brûler, ce n’est point intéressant aucunement. Dis-moi où demeure ma mère et comment elle est, remplace-moi auprès d’elle, à son âge, privée de tout, qu’elle trouve en toi à mon absence, un sujet de consolation. J’aime à croire qu’elle ne sera point assez dénaturée de t’en payer de gratitude. Delisle a donc loué la chambre à Victor, et à qui se marie-t-il ? Est-ce à la même ? Je n’ai pu lire le nom de la femme que le François a épousée mais je présume par le nouveau-né que c’est la petite l’Ecoutant. Tu me fais du plaisir en me donnant l’avantage d’avoir du goût, sur quoi tu as appris pour l’arrangement de ta chambre, […], il me serait doux de garnir ta couchette je l’aspire, et avec grand envie, [à mon ?] retour j’emploierai tout mon art pour rendre ta demeure moins […]. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Embrasse nos mères, frères et sœurs pour moi, ainsi que Passelais et so[…], et Jules et Séraphin, et qu’il continue toujours à prier Dieu, je l’aimerais bien. Reçois ma chère Rosalie de ton époux le baiser le plus tendre, et attends-moi de jour en jour. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Bien des choses à Victoire et une meilleure santé. </p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle époux, </p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> <i>P.S.</i> : au moment où je suis pour cacheter ma lettre, les compagnies qui nous ont relevés sur les côtes arrivent pour enrégimenter la demi-brigade pour notre départ. Presse ma chère Rosalie les moyens qui peuvent nous servir. Et ne m’envoie pas les chemises, si elles ne sont pas à la messagerie je présume que je ne pourrais pas les recevoir.[^1]</p>
[^1]: Collection Martin Jaillet.</body> |
|---|
| |