CS_Hinard_14.md

identifiantCS_Hinard_14.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1803/10/11 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 14 - </b> Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Brest, le 18 vendémiaire an XII [11 octobre 1803]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, je suis enfin de retour à Brest du 14 de ce mois, en assez bonne santé. Je t’aurais donné de mes nouvelles dès le jour même ou le lendemain, mais pendant trois jours j’ai été tellement occupé au casernement vu son mauvais état qu’il ne m’a pas été possible d’avoir un seul instant à moi pour m’y livrer, et le jour de poste fut passé. Je souhaite que ma lettre te trouve en bonne[^1], ainsi que nos chers enfants et notre famille, et j’en attends la certitude par ta lettre en réponse à ma dernière de Quélern du 7 de ce mois.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je crois, ma chère Rosalie, avoir le plaisir d’aller te voir sous un mois au plus tard, mais ce plaisir est bien mêlé d’amertumes par les suites, car notre demi-brigade part et l’on dit qu’elle va à Boulogne faire partie de l’expédition pour l’Angleterre. Ô ma bonne amie, qui pourrait venir à notre secours pour nous rapprocher pour jamais ? Déjà je t’avais enseigné un moyen, mais il me paraît infructueux par toutes les raisons que je t’ai dites dans ma dernière et qui m’ont été confirmées depuis mon arrivée. Néanmoins, il faut essayer : vois Mme Billard en mon nom, ou fais-la parler soit par ma mère, ou quelque personne de sa connaissance, le plus secrètement possible, ou informe-toi de ce que je pourrais faire pour me soustraire à une embarcation qui ne peut que nous éloigner, et peut-être pour jamais.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Décide de mon sort, prescris-moi tes volontés, je suivrai ton conseil, quelles que soient les suites, puisque tu me l’auras prescrit : je laisse à ta sagesse, à ton bon cœur, à ta tendresse, de régler ainsi ma destinée, trop heureux de l’être de toi. Je ne puis aux sus t’assurer positivement notre marche, elle est cachée, et notre départ est pourtant bien certain. Les uns disent que toute la demi-brigade part, les uns par mer les autres par terre, d’autres disent qu’il n’y aura que deux bataillons qui partiront, un par terre et l’autre par mer. Hélas s’il en était ainsi, je suis du premier : Dieu veuille que ce soit celui-là qui reste. Tout ceci me met dans la cruelle nécessité d’attendre quel sera mon sort pour les besoins qui me sont nécessaires, soit pour faire ma route ou autrement. Je te prie néanmoins de m’envoyer poste pour poste trois ou quatre chemises et quelques mouchoirs de col et de poche, ne sachant ce qu’on nous destine. Si nous avions le bonheur d’aller par terre, il est plus que certain que nous ne passerions pas par Coutances, mais nous n’en passerions qu’à vingt lieues, et soit par permission ou non, tu peux compter que ton Hinard ira près de toi. Et s’il en était ainsi, ça nous mettrait à même étant au pays de prendre quelques arrangements quand je désirais entrer dans les garde-côtes du pays. Vois malgré tout cela, ma bonne amie, Madame Billard, informe-toi, fais et décide envers et pour celui qui n’a déjà que trop longtemps vécu loin de toi. Récris-moi aussitôt, et m’envoie ce que je te demande. S’il est vrai que nous allons par terre et que notre bataillon parte, j’aurai le plaisir d’être à Coutances sous peu de semaines, car je demanderai la permission dès le deuxième jour de marche à mon capitaine d’aller en avant. Tu recevras souvent de mes lettres pour t’apprendre ce qu’il sera décidé, mais tout confirme notre départ : le chef de brigade a donné ordre de lui acheter deux chevaux, on n’a point voulu changer tous les mauvais effets de casernement à notre retour, demain on nous fait faire l’exercice à feu, et tous les ouvriers cordonniers ont été mis au magasin à faire des souliers. Partout cela, rien ne démontre plus notre départ, ne perds point de temps ma chère Rosalie, je t’en conjure. Embrasse ta mère, et la mienne pour moi, nos frères et sœurs, Passelais et son épouse et Louison Duclos, ainsi que mon cher Séraphin et Paul. Serait-il possible que je serais privé de le voir ? Reçois de ton époux le baiser le plus tendre et vivons sur l’espérance en mettant notre confiance en Dieu.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle époux,</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Levée est mal portant, il est toujours malade. Si tu as une lettre de Mme Billard, voici l’adresse de son cousin : à M. Billard, chirurgien en chef de l’hôpital Saint-Louis à Brest. Tu la mettrais dans une lettre de toi à mon adresse.[^2]</p> [^1]: Santé (le mot manque). [^2]: Collection Martin Jaillet.</body>
destinataire
lieu