CS_Hinard_13.md

identifiantCS_Hinard_13.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1803/09/30 00:00
titreCaporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 13 - </b> Caporal François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Quélern, le 7 vendémiaire an XII [30 septembre 1803]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma chère Rosalie, si j’ai autant tardé à te faire réponse à ta dernière lettre, ce n’était que l’attente où j’étais chaque jour de retourner à Brest après les ordres qui nous avaient été donnés lorsque je t’écrivis. Tu m’y crois, comme je le vois par ta lettre, et pourtant je suis encore à Quélern, et je ne sais pour combien de temps, mais ça ne peut être pour long, car aussitôt que les vents changeront, nous partirons. Il ne tiendrait point à notre détachement ni à ceux des forts des environs à partir, mais ceux de l’île Ouessant ne peuvent repasser, vu que par les vents les Anglais leur coupent le passage : à ce moyen les troupes de Brest ne peuvent partir pour nous relever que celles de Ouessant ne soient de retour. Nous l’aurions été à l’époque où je t’écrivais, mais le soir même sept Anglais ont débarqué dans notre fort pour soi-disant s’emparer d’une des batteries. Mais par les vents contraires et la marée, leur barque fut jetée sur Camaret[^1] et de suite on fit des perquisitions sur la côte, et ils furent trouvés à sept heures du matin dans les rochers armés de sabres et de fusils. Ils ont été conduits de suite à Brest ; le général en conséquence ordonna que les détachements ne seraient relevés qu’à la fin du mois, et comme tu vois c’est les vents qui sont cause que nous ne le sommes pas. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ta lettre m’apprend, ma bonne amie, que tu te portes assez bien, ainsi que notre cher Séraphin, mais quant à Paul je n’en sais encore aucune nouvelle depuis qu’il est en nourrice, je te prie de m’en donner des nouvelles certaines par ta prochaine lettre. Il paraît également que toute notre famille se porte assez bien ; pour moi, ma santé est assez bonne mais toujours de plus en plus je m’ennuie, et ne sais comment imaginer quelque chose à me distraire. Voilà néanmoins huit jours que je suis très occupé, mon capitaine a fait venir à Quélern notre sergent major pour rendre les comptes de la compagnie pour la fin de l’année, j’ai été très occupé à ce travail. Il m’a remis tout ce qu’il avait pour moi aux mains, je puis maintenant en disposer, et je n’attends que mon retour pour exécuter mes promesses. Je te dirai qu’avec une petite économie de pain qui m’est revenue à Quélern, j’ai mis à ma masse douze francs, elle est maintenant de 14 francs 13 sols et dans trois mois je compte que je l’aurai complétée, ce qui me mettra à portée d’avoir les effets qui pourraient me manquer. J’ai acheté un pantalon bleu qui me coûte huit francs et une paire de souliers cent dix sols, tu sais à qui est destiné le restant. Je ne puis écrire à Madame B…[^2] comme je te le marquais, le port de lettres te coûterait au moins vingt sols, et je ne puis savoir combien il en coûterait à Brest. Je confie encore ma lettre au batelier avec le port ; tu ne m’as point marqué si ma dernière t’était parvenue affranchie. Quant à l’embarcation, le major du Génie qui est à Quélern m’a assuré que l’escadre de Brest n’était destinée que pour tenir l’Anglais en respect dans ces parages, mais je ne m’y fie point nullement, et si le hasard pouvait m’être favorable, je jouis d’avance du plaisir de retourner près de toi. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Ta lettre ne m’annonce point que tu sois entièrement convaincue de ce que je te fais part au sujet de mes prétendues visites. Tu devrais l’être à juste raison, mais oublions ceci et crois que j’ai encore assez de sentiments pour n’avoir jamais pensé à m’unir à de la crapule. Méprisons les nouvellistes qui t’ont rapporté de semblables propos et le sujet, et désormais ne nous entretenons que de ce qui peut nous intéresser et nous réunir. Je suis satisfait du succès du vaccin à Séraphin et à Jules, et de ce que tu l’as fait habiller, marque-moi s’il est bien grand et s’il parle bien, tu ne m’en dis plus rien dans tes lettres. Je présume que ma lettre te trouvera délogée[^3], c’est pourquoi je t’adresse chez ta mère ; fais-moi part aussi comme tu es dans cette chambre. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Dis à Passelais qu’il m’excuse de ne lui avoir point fait de réponse, mais ce ne sont que les mêmes motifs qui m’en ont empêché ; embrasse-le pour moi ainsi que son épouse et Jules. Embrasse aussi nos mères, frères et sœurs et Louison Duclos ; je leur souhaite une bonne santé et désire apprendre de tous de leurs nouvelles. Marque-moi si ma mère est avec Louison et si elle se porte bien. Embrasse mon cher Séraphin et mon petit Paul que j’ai tant envie de voir ; tu ne m’en as encore pas parlé en aucune manière. Et toi ma bonne amie conserve des jours pour moi précieux, crois que si j’écris des erreurs, tout me fait rentrer en moi-même et ne vois plus en moi que celui qui n’aspire que le moment de retourner à tes côtés. Je t’embrasse mille et mille fois tendrement</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il est huit heures du matin, je te souhaite un bon jour.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton fidèle époux,</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Dis à Nanette que je désirerais bien pouvoir aller au pays pour lui enseigner à danser, car je profiterais du plus grand avantage de retourner près de toi. Fais-moi part du bombardement de Granville[^4], j’ai vu ça dans les nouvelles à Quélern, et des nouvelles du pays. Marque-moi aussi comment Victoire se porte et l’embrasse pour moi.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Même adresse, à Quélern[^5].</p> [^1]: Camaret-sur-Mer, de l’autre côté de l’anse de Quélern, à 5km. [^2]: Mme Billard, voir CS-Hinard-12. [^3]: Rosalie Passelais recevait les lettres « rue d’Egypte à Coutance ». A compter de cette lettre, les missives sont adressées : « chez sa mère, Rue Saint-Pierre, au Grand Coq, Manche à Coutances. » [^4]: Après la rupture de la paix d’Amiens, Granville est sous le feu anglais le 14 et le 15 septembre 1803 sans subir de dégâts majeurs. La défense de la ville parvient à repousser la flotte anglaise. [^5]: Collection Martin Jaillet.</body>