CS_Hinard_06-2.md

identifiantCS_Hinard_06-2.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1803/05/01 00:00
titreFrançois Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 6 bis - </b> François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> [Brest, 27 avril - 19 mai 1803][^1] </h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ma bonne amie, par ta lettre en réponse à celle de Louison, tu me fais part que ton frère Desnoyers est venu te voir et te parler de l’invitation que j’avais faite à son épouse pour lui de nommer l’enfant que tu portes[^2], et que vu son état actuel il t’a conseillé après les attentions de Passelais et de sa femme pour toi de les visiter à sa place. Victoire, me dis-tu, t’a fait la même offre ; rien ne me ferait plus de plaisir que ça fût ton frère et ta sœur. Et tu me demandes à cet égard mon conseil sans lequel tu ne feras rien ; tu pouvais toujours agir, tu peux penser que je n’aurais pas été contre, mais puisque tu me fais l’amitié de me le demander, comme je ferais de même, je vais te dire ma façon de penser : primo, je crois bien que M. le Provost quartier-maître me payera de mon travail chez lui ; ou ce qui me surprendrait beaucoup. Je crois bien également entrer fourrier. Que ces deux choses-là soient, rien de mieux ! C’est pour toi ma chère Rosalie ce fruit de travail et d’économie, car quand je songe que je n’ai qu’un sol par jour pour me blanchir, me raccommoder, avoir de la poudre[^3], de la pommade, de l’huile pour les souliers, tous nos habillements de mauvaises étoffes qu’il faut à chaque instant raccommoder, que je trouve mon sort fâcheux. Quand je pense que tu es seule sans fortune avec un enfant, bientôt deux, et que je n’ai rien reçu pour t’envoyer. Ô ! Que de larmes je verse seul et sans pouvoir me confier à personne. Faire plutôt fortune contre bon cœur. Je te conseillerai donc, et cela comme tu voudras, de faire nommer par Passelais et sa femme. Et pourquoi ? Parce que si Passelais nomme seul, ne le voudra-t-il pas avec Victoire ? Le voudra-t-il ? Il a peu de réflexion et ne pensera pas à donner quelque chose à notre enfant. Si au contraire sa femme nomme avec lui, l’objet qui nous est quelque chose nous porte au souvenir et à la reconnaissance, et elle songera à lui faire des petits présents et à avoir pour toi pendant tes couches toutes attentions. Que Victoire nomme, il sera notre enfant chéri d’elle. Mais sa maladie lui coûte, et avec la meilleure intention, elle ne pourra faire ce qu’elle aurait fait auparavant. Si elle commence à travailler, elle aura des dettes sans doute à remplir que sa maladie lui aura occasionnées. Voilà toutes les observations que je te fais à cet égard ; au surplus, ma bonne amie fais-en comme tu croiras le mieux et pense que j’en serai autant satisfait. Que cela ne te porte à faire rien contre ton cœur. Tu es là, moi ici ; hélas ! Tu me dis que tu es embarrassée de savoir si tu dois nourrir[^4] ou non. J’entre dans ton embarras ; mais tout à l’heure, je te dis non. Je ne puis croire que le quartier-maître ne me donne rien pour travailler dans son bureau, puisqu’il m’a donné même un travail assidu. Et si j’ai le grade de fourrier, n’aurais-je rien du quartier-maître. Je t’assurerai six francs par mois ; je ne sais si j’aurai plus, mais la paie est de cela. Mais attends à chercher une nourrice jusqu’à ce que je t’aie marqué si je suis reçu fourrier. D’ailleurs ma bonne amie je compte aller au pays pour tes couches et je t’en chercherai une. Voilà tout ce que j’ai à te faire part ; ma douleur est grande, je pleure mais inutilement ; je ne suis point près de toi, et j’épanche mon cœur par mes larmes. Récris-moi sitôt la présente reçue. Je t’affranchis cette lettre. J’ai amassé deux prêts pour la payer. Je te recommande surtout de ne point prendre de peine. Il faut tout mettre en la miséricorde de Dieu, lui seul fait ici mon soutien. Je t’embrasse de tout mon cœur et mon cher Séraphin.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm Ton époux pour la vie, </p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> J’ai eu hier un habit et un gilet neufs.[^5] </p> [^1]: Si la lettre n’est pas datée avec précision, il est tout à fait possible, par recoupement avec les autres courriers datés, de l’identifier chronologiquement. La présente lettre livre deux informations essentielles : le choix des parrains pour l’enfant à venir (ce qui rend cette lettre nécessairement antérieure à la naissance de Paul, le 9 juillet) et la possibilité pour Dominique-François de monter en grade en prenant les fonctions de fourrier, lesquelles lui ont été confiées avec le grade de caporal au moins dès le 27-30 mai 1803 (lettre n°7), et en fait dès le 19 mai pour le grade de caporal et le 31 mai pour le poste de fourrier (registre matricule). Autrement dit, le présent document est forcément antérieur au 19 mai 1803. Mais il est aussi assurément postérieur à la lettre n°6 du 27 avril 1803 dans laquelle les mots de « fourrier » ou de « caporal » sont totalement absents ainsi (et surtout) que l’empressement pour le sort de l’enfant à naître. Ce sont ainsi deux lettres non datées (n°6 bis et n°6 ter) qui se sont succédées entre le 27 avril et la fin du mois de mai 1803 (et même probablement le 19 mai, cf. lettre n°7, note 3). Ce rythme étonnement effréné explique le début de la lettre n°7 : « je m’empresse de nouveau à t’écrire »… [^2]: Il faut comprendre la proposition de Dominique-François pour que Desnoyers soit le parrain de l’enfant et qu’à cet effet, il choisisse le prénom de son filleul. Dominique-François tout comme Rosalie ont été eux-mêmes été nommés par leurs parrain et marraine, et non par leurs parents (cf. extraits de l’état civil en appendice). S’agit-il d’un us familial ou régional ? [^3]: Pour les cheveux que les soldats doivent avoir poudrés. [^4]: Allaiter. [^5]: Collection Martin Jaillet.</body>
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