CS_Hinard_03.md

identifiantCS_Hinard_03.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1803/02/10 00:00
titreFrançois Hinard à son épouse Rosalie Passelais
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-HINARD</i> - 3 - </b> François Hinard à son épouse Rosalie Passelais</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Brest, le 21 pluviôse de l’an XI de la République [10 février 1803]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Chère Rosalie, je suis enfin arrivé à Brest d’avant-hier 19 à midi[^1]. Assez bien portant, quelle a été ma surprise, lorsque j’ai été à la poste croyant prendre de tes nouvelles et que je n’y ai rien trouvé ! Quel motif pourrait t’avoir empêché de m’écrire, quand tu as déjà eu deux fois de mes nouvelles, et que je n’en sais nullement des tiennes ? Ce retard, ma Chère Rosalie, me fait frémir ; deux jours se sont écoulés du moment de mon arrivée au jour où je t’écris et rien ne m’apprend de ta sant[é ni de] celle de mon bien aimé. Ô ma Rosalie, serait-il possible qu[e tu ne] serais point en état de m’écrire ? Mes idées sont si confuses que je m’y perds. Juge donc quelle doit être ma situation, quand je [suis] à la fois privé de ta personne et de tes nouvelles ! Ah ! […][^2] m’apprendre par la main d’autrui le trop [peut-être] […] de ton impossibilité ; aurais-je lieu de penser au contraire [qu’il y ait] eu interception dans les différentes postes ? J’ai peine à [croire]. Cette idée qui ne sert qu’à accroître mes maux. Hélas, […] aussi éloigné pour encourir toutes les privations. Rép[onds] donc, ma bonne amie, à celle-ci, calme l’inquiétude qu[i…] encore accroître mes maux ; quoique grands qu’ils soient, [je les] supporte avec plus de courage, quand on a quelques jouissanc[es à] m’écrire et t’écrire, ô ! C’est bien mon unique bonheur actuel. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Quels que soient les motifs qui m’aient privé de tes nouvelles, je me ferai encore un plaisir de m’entretenir avec toi et te faire part du restant de ma route et de mon séjour depuis trois jours dans Brest. Ma route a continué d’être assez bonne ; lorsque nous sommes arrivés à Brest, une partie de la troupe était venue au-devant de nous, et nous sommes entrés au son de la caisse ; le chef de brigade nous a passé en revue, il m’a à moi seul adressé la parole, d’après que notre lieutenant de conduite [lui eut parlé] de moi. Nous avons été de suite incorporés dans les compagnies [d]u 1<sup>er</sup> bataillon, et casernés aussi vite. Je suis dans la 2<sup>e</sup> compagnie et j’ai pour camarade de lit un nommé Gauttier, caporal. Voilà donc deux nuits que je couche à la caserne et y mange ; Quesnel[^3] est de la même et de la même chambre et couche également avec un caporal. Nous avons été voir la Roque et avons soupé ensemble le soir de notre arrivée. J’ai été voir l’abbé Combrun qui nous a versé une bouteille de vin. Tu ne connais pas ce prêtre. Ma mère le connaît, mais c’est un détail exact que je te fais. Le lendemain, hier, j’ai déjeuné avec le lieutenant de conduite qui m’a fait part de l’intention qu’a le quartier-maître de me faire travailler dans son bureau d’après de mon écriture qu’il a vue dans un contrôle de notre détachement que j’avais fait, et avec soin, à Belle-Isle-en-Terre. [En] route, il l’a fait voir à différents sergents-majors du bataillon [employés] dans son bureau, et sans me faire louange, tous m’ont [a]ssuré du succès d’une place dans le bureau et d’un grade, lorsque [je] saurai l’exercice, ce qui ne sera pas long. J’ai également une grande certitude d’entrer dans la musique, ce qui sera à [m]a volonté. Je verrai ce qui me sera le plus lucratif et le plus tranquille. J’ai aussi pris le café avec notre sergent-major, qui est de Caen. Il m’a assuré également de sa protection ; je n’ai donc jusqu’à ce moment eu que des honnêtetés de tous mes chefs, et pour trois jours que je suis dans le bataillon on connaît mes petites capacités comme s’il y avait six mois, et tous les sous-officiers sans contredit me voient d’un œil favorable. Nous devions être habillés hier, mais c’est remis à plus tard, peut être donnera-t-on de vieux habits, peut-être de neufs, mais je suis plus que certain que j’en aurai un neuf. J’ai passé ce matin à Recouvrance[^4], petite ville de l’autre côté du port de Brest, en bateau, pour être plus [tranquille], je vais repasser également par bateau pour manger […] heures.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je reprends le jour d’hie[r : le] sergent-major [de ma] compagnie m’invita hier soir avec Quesnel d’accepter qu[e] de sa part, nous fûmes prendre un pain, du fromage e[t…] bouteilles de vin qu’il paya. Comme j’étais pour revenir […] notre lieutenant de conduite me cherchait et vint d[…] nous étions, et me dit de me tenir propre pour ce jour d’hu[i…] heures, et me trouver sur le champ de bataille pour la parade du jeudi qui est aujourd’hui. C’est tout ce qu’il […] précipitation et s’en fut. Je ne cesse depuis cet […] assoti par les sergents-majors et sous-officiers, que ce[ux] que je vais recevoir. Je ne me permettrai point de te la [… par ?] le plus grand hasard ; j’aurais retardé jusqu’à […] à t’écrire pour te faire part dans le contenu de mon motif de ma réunion, mais tous les détails que je […] ne m’auraient pas permis d’avoir assez de temps pour […] la poste d’aujourd’hui. Mais je me suis réservé de […] avant de cacheter ma lettre ; je me dépêche bien [avant de] rembarquer pour Brest, je compte les minutes […] jusqu’à midi. En attendant, je ne cesse ma chère R[osalie] de t’engager à me donner de tes nouvelles, juge l’ennui que j’ép[rouve] et je vais éprouver si je ne reçois de tes nouvelles avant la rép[onse] de celle-ci ; si mon absence te coûte combien ne dois-je pas me plaindre, puisque rien ne me parle de mes bien-aimés. Je cesse donc, tendre amie, de te prier de faire cesser mon inquiétude ; peut-être serais-je plus heureux cette fois que les deux autres ; embrasse nos mères pour moi, et fais leur part de ma lettre, assure nos frères et sœurs de mon amitié, ainsi que Louison Duclos que tu [salueras ?] pour moi, et à qui tu témoigneras mes amitiés ; bien des [senti]ments à nos oncles et tantes et à Victor. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Fais part de m[a] lettre à Passelais et sa femme, qu’ils reçoivent [m]es témoignages d’amitié et de reconnaissance, embrasse-les tous deux et leur petit Jules si tu vas le voir ; j’aurai le plaisir de leur écrire sous quelques jours ; j’ai lieu d’espérer qu’ils agréeront ma lettre. Fais-moi part de la santé de Victoire et embrasse-la pour moi. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Et toi, ma chère Rosalie, conserve une santé qui m’est chère. Si quelque heureux hasard venait se présenter, pense que ton fidèle époux n’aura d’autre plaisir que celui de voler dans tes bras. Embrasse mon cher Séraphin, parle lui toujours de moi. Il m’a fait couler des larmes à [...l], en voyant un petit enfant qui lui ressemblait, par la figure [et ses] petites manières. Aussi ai-je à ce pauvre enfant que sa […] porté dans ses bras donné de tout ce dont la […] a dîné[...]ait servie, et ça a été là le seul auteur de l’indisposition que j’ai eue ; et depuis ce moment, je fuis la vue [de] tout enfant qui vient se présenter à moi, car je n’ai pas besoin de copie pour me faire resouvenir de l’original. La nuit [d]ans ses ténèbres présente chaque moment à ma vue et non [à] mes côtés mon trésor. Reçois le baiser le plus tendre et [… de] celui qui est pour la vie,</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Ton époux pour la vie.[^3]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Hinard</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Tu diras bien des choses à Géffine de ma part, [fais] moi part de ce que l’on dit de la conscription ; il […] sur qu’ils seront obligés de retirer la clôture de ma lettre à deux heures ; adieu chère [Rosa]lie ; je m’embarque pour Brest. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je quitte de la parade, le lieutenant y était, il m’a annoncé qu’il avait eu un entretien avec le chef de brigade me concernant et qu’il avait ordonné que j’entre dans la musique. Je vais être présenté à 2 heures au chef de musique. J’ai également l’avantage de travailler chez le quartier-maître et lorsque je serai au courant des bureaux militaires, le chef de brigade a promis qu’il me prendrait dans son bureau pour son secrétaire.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> <i>[En marge de la 4<sup>e</sup> page] </i> Je ne sais combien ces deux emplois me vaudront ; j’attends de tes nouvelles et te ferai savoir des [miennes] aussitôt, et […] de mes emplois.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> <i>[En marge de la 1<sup>re</sup> page]</i> Tu auras soin de payer 3 sols pour ma lettre afin qu’il ne m’en coûte pas 14. […] [miennes] aussitôt, et […] mes emplois[^5].</p> [^1]: Cette date du 19 pluviôse (8 février) correspondant à l’arrivée à Brest coïncide exactement avec l’enrôlement officiel de Hinard et son inscription dans les registres matricules (n°1005). [^2]: La lettre est en mauvaise état de conservation et a de nombreuses lacunes de papier. [^3]: Charles Quesnel, matricule n°1255 au sein 40<sup>e</sup> de ligne. Fils de Jacques Quesnel et de Louise Belle Etoile, il est né le 1er septembre 1781 à Coutances, a été incorporé à Brest le même jour qu’Hinard [8 février 1803] comme conscrit de l’an X. Nommé caporal le 24 août 1805, il obtient son congé de retraite le 23 septembre 1806. [^4]: Recouvrance. Quartier historique de Brest, en rive droite de la Penfeld, rattaché à la ville depuis 1680. [^5]: Collection Martin Jaillet.</body>
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