CS_Simonet_41.md

identifiantCS_Simonet_41.md
fait partie delettres_soldats
est validéoui
date1811/09/16 00:00
titreSergent Jean-Antoine Simonet à son parrain Jean-Pierre Darlay
texte en markdown<body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-SIMONET</i> - 41 - </b> Sergent Jean-Antoine Simonet à son parrain Jean-Pierre Darlay fils, marchand de bois à Neuvey département de l’Yonne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Grenade, le 16 septembre 1811</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon cher parrain, je me presse de vous faire part du malheureux sort que je viens de subir. Je vous dire que le six d’avril, je fus fait prisonnier avec douze hommes de la compagnie par une bande de brigands qui étaient au nombre de six ou sept cents ; je me suis battu une heure avec eux et après avoir fait des démarches dans la montagne je crus m’échapper par le moyen d’un malheureux village qui m’a mis bientôt au pouvoir de ces scélérats qui m’ont dépouillé de tout ce que j’avais sur le corps jusqu’à ma chemise et après m’avoir retiré tout, m’ont fait une distribution de trente coups de bâtons sur le dos et m’ont séparé des sept voltigeurs qu’il me restait ensuite m’ont attaché avec des cordes et m’ont conduit à Carthagène petit port de mer où je reste un an et cinq mois jour pour jour. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je fus embarqué pour le royaume du Maroc qui fait partie de l’Afrique. Nous sortîmes du port de Carthagène le quatre septembre faisant voile pour Algésiras petite ville et port de mer situé sur la Méditerranée et à deux lieues de Gibraltar, nous entrâmes dans le port et nous y passâmes la journée du cinq ; le six nous mîmes voiles au vent à deux heures du matin et poursuivant notre route nous aperçûmes un bâtiment qui tenait la même route que nous et s’approchant de nous demande la route que nous tenions, d’où nous venions, on lui répond que c’est un bâtiment chargé de vin qui allait en Afrique et que en chemin faisant transportait des prisonniers de guerre.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Le capitaine du corsaire leur demande : Eh bien sont-ils aussi diables sur l’eau comme sur terre ? lui répond : je ne sais pas s’il parle en même temps il ouvre l’écoutille et dit par risée : « montrez ici un Français, voilà un bâtiment français et le capitaine veut vous parler » un d’entre nous monte sur le pont l’autre lui dit mille sottises après il lui dit : « les Espagnols sont beaucoup » il lui répond que non qui est au nombre de douze ou quinze ; achevant ces paroles, il jette le grappin et monte à l’abordage et nous délivre des mains des bourreaux. </p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> En voyant cela le courage ranima nos cœurs et nous nous emparâmes bientôt de l’équipage et de tout ce qu’il avait dans le bâtiment et nous revenons à Malaga où nous avons débarqué et pour comble de bonheur l’on nous mit en prison où nous restâmes quatre jours et delà l’on nous fit conduire à Grenade au quartier-général pour savoir comme nous fûmes pris, de quel régiment nous faisions partie.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Il s’agissait donc d’écrire au colonel[^1] pour obtenir ma liberté ? ce que je fis mais le régiment se trouvait dans l’Estrémadure et moi qui suis dans le royaume de Grenade ce qui fait que j’ai fait de la prison mal à propos.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je vous ai écrit une lettre datée de [Jaen] et une datée de […] dont je m’attendais de trouver les réponses, lorsque je suis rentré, je demande au facteur s’il avait des lettres pour moi, m’a dit qu’il n’en avait pas vues.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je vous prie de me faire passer une cinquantaine de francs.</p> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Je finis en vous embrassant des plus tendres amitiés ainsi que marraine, je suis pour la vie votre filleul. [^2]</p> <h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Simonet, sergent</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/> </p> [^1]: Henry César Auguste Schwiter (1768-1839) colonel du 55<sup>e</sup>de ligne 1807-1812, nommé général le 4 septembre 1812. [^2]: Expédition, collection privée, copie, Fondation Napoléon.</body>