| identifiant | CS_Simonet_23.md |
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| fait partie de | lettres_soldats |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/01/13 00:00 |
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| titre | Sergent Jean-Antoine Simonet à son parrain Jean-Pierre Darlay |
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| texte en markdown | <body><h1 style="text-transform: uppercase; font-family: Chivo; font-size: 1.5rem; line-height: 1;"><b style="text-transform: none"><i>CS-SIMONET</i> - 23 - </b> Sergent Jean-Antoine Simonet à son parrain Jean-Pierre Darlay fils, marchand de bois à Neuvey département de l’Yonne</h1><h2 data-kind="letter-context;" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Du camp de Boulogne-sur-Mer, ce 22 nivôse an XII [13 janvier 1804]</h2> <p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon cher parrain, et marraine, je me fais l’honneur de mettre la main à la plume pour vous assurer de mes respects au commencement de cette nouvelle année comme mon devoir m’y oblige envers des personnes aussi majestueuses que vous, je voudrais bien être auprès de vous pour vous exprimer les souvenirs que j’ai de vous, vu qui sont gravés dans mon cœur pour jamais. Je vous ai promis de vous donner un détail de mon embarcation : j’ai embarqué le 13 vendémiaire et débarqué 11 frimaire.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Voilà les peines que j’ai soufferts : Bonaparte est arrivé à Boulogne le 9 brumaire[^1], les vents étaient contraires nous n’avons pas pu sortir du port. La nuit du 10 au 11, nous avons sorti en rade où nous avons resté tranquilles jusqu’à 11 h du matin, Bonaparte est venu voir la flotte, nous l’avons salué de quatre coups de canon, mais nous n’avons pas tardé à être interrompus par les Anglais qui ont salué autrement que nous, le feu a duré quatre heures, il y a eu 8 000 coups de canon de tirés tant d’une part que de l’autre. Le feu a cessé tant d’une part que de l’autre, les Anglais se sont retirés, nous avons passé la nuit en rade. Le lendemain les ordres sont venus de rentrer dans le port, mais les vents contraires ont opposé la rentrée de plusieurs, dans la nuit en mer mugissante, un vent impétueux s’est élevé, et nous au désespoir plusieurs bateaux ont été jetés sur la côte et perdus de tout. Et nous nous sommes trouvés du nombre de ceux qui ont eu le moins de mal quoique nous n’attendions plus que la mort, dans ce moment nous avons vu périr nos camarades sans pouvoir leur donner du secours. Deux jours se sont passés, le troisième on nous a fait des signaux de faire voile pour Calais, ce que nous avons fait de suite, mais nos vergues étaient cassées, nous n’avions plus de voiles, malgré tout cela nous avons arrivé à Calais à bon port. Mais plusieurs autres ont été obligés de faire côte à cause de l’Anglais qui nous a foutu une chasse, mais la mer nous a favorisés car plusieurs auraient été la proie des Anglais où il n’y a eu qu’une de prise. De Calais, nous sommes revenus à Boulogne, et sitôt que j’ai été arrivé je vous ai donné de mes nouvelles, sous la lettre que vous m’aviez envoyée, mais je suis bien surpris de ce que vous ne m’avez pas rendu de réponse, dites-moi pourquoi ? Je vous prie de me faire passer deux louis si vous avez de l’argent, vous m’obligeriez.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"> Mon cousin Davion[^2] est embarqué à l’automne et moi je suis débarqué jusqu’à nouvel ordre, vous direz à son père qu’il est bien en peine il ne lui rend pas de réponse.
Voilà mon adresse : S. sergent dans la 2<sup>e</sup> compagnie, 2<sup>e</sup> bataillon, 55<sup>e</sup> régiment, au camp de Boulogne.</p>
<p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm">Rien autre chose à vous marquer pour le moment, je finis en vous embrassant de tout mon cœur et je suis pour la vie.</p>
<h3 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal"> Simonet, sergent</h3><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
<p lang="fr-FR"> Vous ferez bien des compliments à mon beau-frère et à ma mère, à tous mes frères et sœurs ainsi qu’à tous mes parents et amis. [^3]</p><p lang="fr-FR"><br/></p><p lang="fr-FR"><br/></p>
<h4 data-kind="letter-signature" style="text-align: right; font-size: 1em; font-weight: normal">Simonet, sergent</h4><p style="text-indent: 1.25cm; margin-top: 0cm"><br/>
</p>
[^1]: Napoléon arrive à Boulogne le 4 novembre 1803 [12 brumaire] et y reste jusqu’au 17 novembre. Le combat avec les anglais dont parle Simonet a lieu le 5 novembre 1803.
[^2]: Jean-Baptiste Davion (né le 25 novembre 1769), entré au 55<sup>e</sup> de ligne le 22 octobre 1797, il sert à la 5<sup>e</sup> compagnie du 1<sup>er</sup> bataillon. Il est réformé à la revue du général Carra Saint-Cyr et congédié le 3 octobre 1805.
[^3]: Expédition, collection privée, copie, Fondation Napoléon.</body> |
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