PRO018

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date1804/05/01 00:00
titreOpinion de Chabaud-Latour, 11 floréal an 12 (1er mai 1804)
texte en markdownTRIBUNAT. OPINION de CHABAUD-LATOUR, Sur la motion d'ordre relative au vœu national. Séance extraordinaire du 11 Floréal an 12. =================================================================================================================================== Tribuns, Le vœu vraiment national que vous allez émettre est depuis long-temps dans le cœur et dans la tête de tous les Français. Les puissans motifs qui viennent d'être exposés par les orateurs qui se sont succédés à cette tribune, n'ont pas besoin sans doute de nouveaux développemens ; mais il doit être permis aux hommes qui élevèrent la voix au 19 brumaire, de la faire retentir dans cette enceinte à une époque qui en est la suite et la conséquence nécessaire. Alors fatigués des vains essais d'un gouvernement qui ne s'adaptoit ni à l'étendue du sol de la France, ni au caractère et aux habitudes de ses nombreux habitans, d'un gouvernement tyrannique par foiblesse, impuissant pour le bien et tout-puissant pour le mal, nous nous jetions dans les bras du sauveur que la Providence ramenoit au milieu de nous comme par la main ; alors nous nous disions : celui qui a fait triompher la France, saura y ramener l'ordre et la justice ; celui qui a vaincu l'Europe coalisée, saura la forcer à la paix. Nous concevions donc les espérances les mieux fondées… Mais enfin ce n'étoient que des espérances… Quatre années ont suffi pour les réaliser, pour les surpasser de telle sorte, qu'elles ont produit ce qui jadis étoit l'ouvrage des siècles. Nous devons tous ces bienfaits à un seul homme ; et tandis qu'il a tout remis à sa place dans la France régénérée, lui seul n'est pas encore à la sienne. Les meilleurs esprits, ceux que de vains systèmes n'égarent point, ont toujours pensé que la France ne pouvoit être gouvernée et administrée que par un seul ; l'expérience des siècles sanctionnoit cette opinion ; dix ans d'erreurs, de folies et de crimes l'ont irrévocablement consacrée. Mais si la France avoit besoin d'une magistrature suprême, à la fin du dernier siècle, comme dans ceux qui le précédèrent, elle repoussoit depuis long-temps la féodalité, la distinction des ordres, les abus inhérens aux deux premiers, l'exclusion du Tiers de tous les emplois, les entraves de toute espèce mises au développement des facultés humaines, et tout ce qui servoit de base à l'ancienne royauté féodale. Elle croula donc lorsqu'elle fut dénuée de ses appuis, et le fantôme de pouvoir que l'Assemblée constituante mit à sa place s'évanouit. Cette Assemblée, exaltée par les uns, violemment attaquée par les autres, commit l'immense faute de croire sa mission remplie lorsqu'elle eut achevé ce qu'elle appela une constitution, abandonnant aux orages des passions et à la tourmente révolutionnaire ces feuilles légères sur lesquelles elle croyoit avoir tracé les destinées immuables de la France. Elle remplit donc en partie les vœux de l'immense majorité du Peuple français, en détruisant toutes les institutions qui n'étoient plus en harmonie avec l'esprit du siècle ; mais elle ne les remplaça par aucun ordre de choses durable, puisqu'elle remit la nouvelle magistrature entre les mêmes mains dont elle venoit d'enlever l'ancienne royauté. Aussi le reproche le plus grave que lui fera l'histoire, sera de n'avoir pas senti la nécessité indispensable de changer la dynastie, et de prendre pour gouverner le Peuple français un hommé sorti de son sein, et qui reçut comme un bienfait ce que la race ancienne des rois regardoit comme un outrage, la royauté constitutionnelle. Si la royauté féodale, si la race des Capets ne pouvoit être maintenue sur le trône dès 1789, un mur d'airain s'est élevé depuis entre eux et nous. Non jamais les avantages conquis par la révolution ne seront anéantis ; non jamais, en reconnoissant ses erreurs, nous ne nous rejeterons dans les erreurs anciennes. Irions-nous, pour guérir les maux qu'elle enfanta, en appeler de mille fois plus terribles encore, et, pour appaiser les mânes de ses victimes, leur immoler la génération présente ? Telles seroient, Tribuns, les conséquences inévitables du retour des Bourbons, de cette race dégénérée qui n'a su ni régner, ni combattre, ni souffrir. A cette seule idée, il n'est pas un Français qui ne frémisse, pas un qui ne voie son existence, celle de sa famille mise en problème, sa fortune anéantie, ses jours en péril, et la patrie éplorée rejetée dans l'océan des révolutions. Et vous-mêmes, hommes que je ne puis appeler Français, vous-mêmes qui formez ce vœu, comment ne voyez-vous pas cet abîme de vengeances et de malheurs vous engloutir les premiers ? Rendons-donc, Français de toutes les classes et de toutes les opinions, rendons d'immortelles actions de grâces à cette Providence qui a donné au monde, dans de telles circonstances, un héros fait pour les maîtriser et pour recréer l'ordre social et le tirer du chaos. Mais les législateurs des nations ne peuvent rester dans une sécurité funeste sur l'avenir, et ils doivent s'occuper de la postérité ; Bonaparte sur-tout doit se survivre éternellement dans son ouvrage, et, fondant une nouvelle dynastie, transmettre à nos derniers neveux son nom et ses grandes institutions. Ainsi disparoissent les dangers d'un avenir effrayant et sinistre pour la France ; ainsi sont déjoués les complots de ses lâches ennemis, et leurs efforts se brisent contre un ordre de choses durable comme la nature, et qui se perpétué comme elle. C'est par l'établissement d'une dynastie nouvelle, née avec les idées et l'opinion du siècle, illustrée par tout ce qui frappe et attache les nations ; c'est par l'affermissement de la suprême magistrature dans une seule famille, que la France rentre dans la grande république européenne. Les souverains, les peuples qui la composent ne pouvant plus craindre la propagation de principes subversifs de tout ordre, verront dans l'établissement d'une institution qui assure le repos et la félicité des Français, le gage le plus certain de leur tranquillité. Les intérêts de la France, de l'Europe, du monde entier sont ici confondus en un seul, si l'on en excepte peut-être celui de la puissance qui voit le sien dans la destruction de tous les autres. Je vote pour la motion. A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE. Floréal an 12.