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PRO009| identifiant | PRO009 |
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| fait partie de | proclamation |
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| est validé | oui |
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| date | 1804/04/30 00:00 |
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| titre | Discours du tribun Duveyrier, séance du 10 floréal an 12 (30 avril 1804) |
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| texte en markdown | TRIBUNAT. Discours prononcé par Duveyrier, sur la motion d'ordre relative au gouvernement héréditaire.
Séance extraordinaire du 10 floréal an 12.
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Tribuns,
C'est une circonstance bien extraordinaire pour le Tribunat, pour tous les corps constitués, pour toutes les autorités de l'État, pour la France entière, de n'avoir pu proclamer qu'aujourd'hui une vérité que provoquent et appellent, au moins depuis trois ans, la nécessité manifeste, le vœu de tous les cœurs, la conviction de tous les esprits.
Et ce qui est plus remarquable encore, ce qui n'a pas d'exemple, c'est d'avoir trouvé l'obstacle le plus long et le plus difficile à vaincre, dans la crainte de contredire les principes, et d'affliger les sentimens du héros sur lequel étoit fixée notre unique espérance.
Vous ne l'avez point oublié. Tels étoient notre conviction intime et nos desirs secrets, lorsque, le 16 floréal an 10, sur la proposition du président, Chabot (de l'Allier), nous avons émis le vœu public qu'il fût donné à Napoléon Bonaparte un témoignage éclatant de la reconnoissance nationale.
Nous savions bien que dans les grands États, le mode d'élection temporaire, accidentelle, toujours forcée à chaque vacance du chef du Gouvernement, étoit un système d'alarmes permanentes, d'ambitions individuelles, de tentatives étrangères, de révoltes intestines, de révolutions, de destruction.
L'histoire nous offroit, à cet égard, des exemples rares, et toujours funestes.
Dans les temps anciens, l'empire du monde, livré aux fureurs légionnaires, aux irruptions barbares ; et, dans les temps modernes, l'un des plus beaux royaumes de l'Europe démembré et détruit.
La raison dégagée de tout enthousiasme nous disoit hautement qu'il n'étoit pas sage de confier l'expérience de nos malheurs, le prix de notre courage, notre gloire, notre force, notre existence, aux hasards d'une épreuve déja condamnée par l'exemple des siècles et des nations, et contraire au système politique de nos voisins comme à nos habitudes nationales.
Qui d'entre nous pouvoit ignorer que chez les Français le droit immémorial d'élire ses chefs fut, pendant quatorze siècles, conservateur de l'empire et de lui-même, parce qu'entraînant toujours avec lui l'hérédité de puissance dans la famille du chef élu, comme une nécessité politique bien plus que comme une conséquence indirecte de la loi salique ; ce droit d'élection n'étoit exercé que pour réparer les maux d'une hérédité corrompue et transporter ailleurs le droit héréditaire, lorsque celui-ci ne trouvoit plus que des successeurs ineptes, vicieux et dégradés.
Il fut exercé lorsque la débauche et la mollesse eurent subjugué les enfans de Clovis, plutôt que l'ambition des maires du palais.
Charlemagne n'a-t-il pas trouvé dans l'élection seule de son glorieux père le droit légitime de saisir sur l'autel et de poser sur sa tête la couronne que ses descendans avilis et dégénérés n'ont pu conserver ?
L'institution salutaire de l'hérédité, et six cents ans de possession, sembloient fixer la troisième race sur des fondemens inébranlables ; lorsqu'en France, ses derniers rejetons, tombés au dernier rang des hommes méprisés, auteurs constans de l'humiliation nationale et de la misère publique, proscrits par l'indignation générale, et condamnés par une loi solennelle, ont forcé le peuple français de reprendre, de conquérir, d'exercer encore son droit immémorial d'élire ses chefs.
L'histoire dira comment l'élection de Napoléon Bonaparte fut un acte de l'estime, de la gratitude, de la confiance d'une grande nation, le plus solennel et le plus unanime dont les annales du monde puissent conserver le souvenir.
Ces vérités étoient bien senties par chacun de nous ; et s'il nous parut possible de respecter encore ses vertueux scrupules et sa touchante réserve, c'est qu'enivrés de notre bonheur, le danger imminent de le perdre ne nous montroit pas encore ouvertement la nécessité de le garantir.
Mais, depuis, l'imprudente scélératesse de nos ennemis a trahi leur espérance, et laissé à découvert le seul péril qui nous reste, mais un péril qui menace chaque instant de notre existence.
Ils ont tourné contre nous les résultats mêmes de notre sentiment trop discret, et de notre politique trop circonspecte, l'acte imparfait sur lequel nous bercions notre sécurité.
L'impossibilité de toute élection pendant la vie de Bonaparte a dirigé contre la vie de ce grand homme tous les complots, tous les attentats médités contre nous, avec l'espoir homicide d'une élection nouvelle.
L'enfer a dicté tout ensemble et les projets et les moyens : un nouveau sacrilége a perverti les idées pures, profané les notions saintes, brisé les nœuds sacrés ; l'ordre moral du monde a été bouleversé, et les élémens du bien façonnés en instrumens du mal. La paix a rallumé les torches de la guerre, et la foi des nations a masqué et guidé la trahison et l'assassinat.
L'image de la paix sur le front, des hommes inviolables par-tout, pour écarter du milieu des hommes le carnage et la destruction, ont semé, fomenté, armé par-tout le meurtre et le carnage.
Les débris dispersés de la famille bannie ont mendié contre la terre natale le refus honteux de leurs bras efféminés.
La guerre elle-même a trouvé de nouvelles horreurs et transformé ses armes, opposant le poignard au glaive et le poison au courage.
Le crime nous enveloppoit de toutes parts, et nous dormions dans notre force et notre loyauté.
Notre salut fut un don du ciel ; mais l'abîme creusé pour un seul s'est ouvert sous les pas de tous, et le même cri a porté dans tous les cœur français la terreur du danger et l'impatience du préservatif.
La crainte altère les jouissances et suspend les résolutions ; l'incertitude du lendemain énerve les forces du jour ; l'avenir empoisonne le présente : tout est mort au milieu de la vie. Un tel état est intolérable.
Les départemens, les cantons, les familles, tous les états, toutes les professions, tous les ordres des citoyens, nos guerriers pour la sûreté de leur gloire et de leur récompense, les acquéreurs nationaux pour le gage de leurs contrats, les propriétaires pour le maintien de leurs propriétés, le commerce pour la solidité de ses transactions, la religion pour le calme de ses offrandes et de ses prières, le ministre des lois pour la stabilité des lois elles-mêmes, les pères pour la jeunesse de leurs enfans, les enfans pour la vieillesse de leurs pères ; la France entière se soulève et demande cette antique garantie, fondue dans son système politique et dans ses institutions, cette garantie qui a fait de l'empire français le plus ancien comme le plus puissant empire moderne, et qui donne aux grands Etats, non pas la promesse de quelques années, mais la permanence des siècles.
Seul il résiste encore ! il balance ! Peut-il balancer ? en a-t-il le droit ?
C'est à cette tribune à porter jusqu'à lui, avec la volonté nationale, l'ordre immuable de sa destinée.
Un chef héréditaire, des institutions garantes de la liberté publique, et des lois universelles ; voilà le vœu du Peuple français en 1789, vœu spontané, unanime, universel ; vœu trahi par la perfidie des possesseurs et des partisans du trône, autant que par l'excès des fureurs opposées.
Nous réclamons aujourd'hui le pacte solennel demandé et promis en 1789.
Et c'est ainsi que la révolution doit rentrer dans sa carrière, terminer sa course, et remplir son objet.
Depuis la fondation de l'empire français, l'élection d'un chef a toujours fixé le Gouvernement dans sa famille.
Les temps sont arrivés où la troisième race, effacée du livre héréditaire, laisse voir la race de Charlemagne demandant vengeance, et un successeur digne des trois héros qui l'ont fondée.
Ce successeur, la Providence l'a formé pour nous, et elle le montre par d'assez nombreux et éclatans témoignages, par les œuvres héroïques dont elle a déja surchargé sa vie.
Elle l'a fait grand pour nous, victorieux pour nous, sage et magnanime pour nous. Sa personne, sa vie, sa famille, sa gloire, son exemple, son souvenir, tout ce qui est lui nous appartient : le bien qu'il a fait, le bien qu'il doit faire, sont nos titres absolus. Le passé et l'avenir le dévouent, le consacrent à la France.
Peut-il se dérober à sa patrie, qui veut splendeur et prospérité ; à l'Europe, qui demande harmonie et repos ; aux décrets éternels qui, par ce qui a été, et par ce qui est, règlent et annoncent ce qui doit être ?
A PARIS, DE L'IMPRIMERIE NATIONALE.
Floréal an 12. |
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